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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 14:17

Chapitre V

NEMO et la Science

 

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme »

François Rabelais

 

C’est avec surtout à partir de la création de l’Association Jean Jacques Rousseau que Maxime Nemo en marge de ses écrits en vers ou en prose, va s’entourer de scientifiques et surtout de médecins pour éclairer les tourments et la pathologie de Rousseau.

Il a bien sûr lu, cité et annoté le fameux livre «  l’Homme cet inconnu » d’Alexis Carel (1873-1944) paru en  1935, qui fut l'objet de multiples traductions et rééditions, et dont le succès mondial dure jusqu'aux années 1950 mais surtout les ouvrages de Jean Rostand depuis un curieux « l’Aventure humaine : du germe au nouveau né » paru chez Fasquelle en 1933,  les Pensées d’un biologiste de 1939, les nouvelles pensées de 1947 et bien sûr la Biologie et l’Avenir Humain de 1950. Ses prises de note sur Biologie et Humanisme Essais CXII de 1964 montrent bien que Nemo les a  abondamment utilisées  pour ses Essais et conférences.  

On doit bien sûr citer la correspondance inédite entre Maxime Nemo et le Père Teilhard de Chardin durant l’année 1948 avant le départ de l’auteur de la « Noosphère » pour l’Amérique et dont il s’explique à mots couverts pour échapper aux foudres de Rome. Les entretiens qui ont suivi cette correspondance rue Monsieur le Prince à Paris et le leg des exemplaires de la « Noosphère » à Maxime Nemo sont évidemment essentiels pour comprendre la portée du dialogue entre cet athée et le grand homme qui le chargeait ainsi de diffuser sa pensée. Le geste symbolique n’est pas resté  lettre morte puisque Nemo relate cette relation dans le détail  et s’en ouvrira plus tard  à Claude Cuénot. Enfin, en  1965 dix ans après la disparition du  jésuite, chercheur, théologien, paléontologue et philosophe Maxime Nemo signe dans la revue Europe, « Présence de Teilhard de Chardin » et s’associera au « Colloque Teilhard-Einstein » organisé par l’Unesco en novembre 1965 avec marc Gevaert  et Piero Sanavio chef de la division d’Etudes des Cultures. .

Yves Lelay infatigable traducteur germaniste qui a traduit « Cinq leçons sur la psychanalyse » de Freud en 1921 puis dès 1953, se plonge dans l’œuvre de  CG Jung « Métamorphose de l’âme et ses symboles » de puis « l’Energie psychique » dès 1956 et enfin « les problèmes de l’âme moderne » ne cessera s’entretenir des liens affectueux et profonds avec Maxime Nemo et c’est un nom que j’ai entendu enfant très souvent prononcer. Les dédicaces fidèles en attestent. C’est ensuite la rencontre avec le Dr Jacques Ménétrier (1908-1986) ancien interne des Hôpitaux de Paris, le créateur de la médecine fonctionnelle et de l'utilisation des oligo-éléments en thérapeutique. On  rappellera brièvement, si cela est possible, tant la rencontre fut déterminante et  les parcours  indissociablement liés. On verra que chacun de ses livres fait l’objet d’un envoi affectueusement dédicacé, de 1958 à 1962 avec un éditeur commun : la Colombe. Dès 1932, le Dr Jacques Ménétrier met au point des solutions de différents oligo-éléments et définit une méthode thérapeutique qui bouscule les principes de la médecine officielle. Médecine du terrain, ou fonctionnelle, l'oligothérapie ne s'attaque pas aux symptômes, mais aux causes tissulaires et métaboliques des maladies. Pour le praticien, la réceptivité aux maladies est en rapport avec les échanges organiques. En 1942 Jacques MENETRIER avait réuni, au sein de la Fondation Alexis CARREL, une équipe de médecins et de biologistes. Pressentant l'intérêt que pourrait présenter l'utilisation de ces éléments minéraux en médecine humaine, il va étudier leur incidence thérapeutique et dégager les indications propres à chacun d'eux. Les bases de la Médecine Fonctionnelle sont jetées.

Maxime Nemo lui rendra en 1967 un hommage dans la revue Europe dans un article intitulé : « Jacques Ménétrier, humaniste. »

En 1952, « l’Ilôt » publie un Manifeste : « A la recherche de l’Humain » qui évoque les influences de Jean Rostand et de Teilhard de Chardin dans la pensée de Maxime Nemo :

A   LA   RECHERCHE   DE   L’HUMAIN

C'est le propre de l'homme d'action de ne pas s'inquiéter des conséquences de son geste. Il est semblable au poète, à l'artiste qui trouve, dans l'acte créateur, une justification qui lui suffit.

Exalter la fonction humaine, au lendemain de nos catastrophes ; prétendre le culte de l'homme capable d'empêcher leur renouvellement, est, sans doute, un geste insensé ; c'est néanmoins, le seul qui nous semble plausible. Il faut, ou participer à une nouvelle hystérie collective, ou s'adosser à l'état de foi qui demeure celui de quelques esprits. Chose étrange, le sens de l'Homme continue de progresser.

« De quelque façon qu'il s'envisage, dit Jean Rostand ; qu'il le veuille ou non, qu'il le croie ou non, l'Homme ne peut qu'il ne soit pour lui chose sainte. Il ne peut qu'il ne voie en lui l'ob­jet le plus haut el le plus précieux de la planète, l'aboutissement d'une lente et laborieuse évolution dont il est loin d'avoir pénétré tous les ressorts : « l'être unique », irrefaisable et irrempla­çable, qui, dans l'immense univers, peut-être, n'a pas sa répli­que ; miracle du hasard, d'il ne sait quoi d'innommé, voir d'in­nommable, mais miracle... Toucher à cela, quelle responsabilité I... » (Conférence à l'Université des Annales. 1952). Et, encore, J. Rostand indique : « Faire l'Homme », c'est : « modeler du mystère » et   « construire de l'inconnu ». (id.)

Nous l'avons noté (un « Humanisme constructeur »), il est réconfortant de découvrir cette heureuse coïncidence entre certains aspects de la pensée scientifique (J. Rostand ; P. Teilhard de Chardin ; Julien Huxley ; Lecomte du Noüy ; Bogomoletz  etc) et notre inquiétude humaniste. Est-il trop tôt, demandons-nous («  la Destinée humaine », Revue Guillaume Budé, juin 1952), pour esquisser la jonction de l'acquis scientifique et d'une forme de Poésie, dont l'Homme constituerait le mobile inspirateur ? Nous pensons que la simple hantise d'un pareil accord justifie l'existence. « Les grandes exigences, a écrit Goethe, rien que par elles-mêmes, sont déjà estimables, même si on ne les réalise pas ».

Chercher l'Homme ; tenter, par conséquent, de le penser ; l'aider à concevoir la permanence de son phénomène, peut-être l'attitude d'un individu qui tend à adhérer au concept de l'Espèce, avec le désir d'enrichir son moment humain par la présence d'un continu vital, sans lequel, il se sent pathétiquement ramené à l'unique contemplation de sa minuscule identité 1 Certes, la relation existe ; mais la plupart des êtres dépensent leur existence dans la parfaite ignorance de l'immanquable causalité.

 Comme on l'a dit (P. Teilhard de Chardin : « Une explication biologique de l'Histoire humaine »), l'animal sait ; mais, seul entre tous les animaux, l'Homme sait qu'il sait ». Evidemment ; cependant, il reste à préciser si l'homme se sait. Or, procéder à l'exploration de l'Univers en restant indifférent à la signification de son propre phénomène, constituerait une invraisemblable gageure... Et, cependant ?... Il importe, donc, de révéler à l'homme le sens et la grandeur de l'accomplissement terrestre ; puisque ce principe de liaison, susceptible d'unir l'individu aux générations, celles-ci à l'Espèce, est encore absent de la Connaissance actuelle, et, en particulier, du système éducatif.

Nous ne pensons pas qu'il y ait de tâche plus impérieuse que cette élaboration d'une conscience de la Vie, réalisant la synthèse de nos aspirations, comme de nos connaissances.

Cet acte n'a que la valeur des gestes symboliques ; mais nous pensons qu'il n'est pas de symboles inutiles ; car la Vie contemple ses actes. Et rien ne dit qu'à la longue, un système de « va­leurs » ne se dégage pas de la répétition de certaines indications.

L'Ilôt,

Paris, Octobre 1952.

L’Ilôt,  160, avenue Ledru Rollin Paris (XIè)

Luçon Imprimerie H.Rezeau-31.067A

 

En 1962 sur France 1 Paris Inter, le Docteur Jacques BOREL, médecin-chef des hôpitaux psychiatriques de la Seine, est interviewé  dans l’émission la Science en marche de François Le Lionnais  sur « Les deux phases de l'état dépressif chez ROUSSEAU » et Maxime NEMO, secrétaire de la Sté Jean-Jacques ROUSSEAU, est interviewé  sur «  la langueur, source d'exaltation de ROUSSEAU » puis dans une autre émission le 24 mai 1962 sur « la Folie de Jean Jacques Rousseau ».

 Rappelons le descriptif de cette émission que l’on peut écouter sur le site de l’INA :

Francois  Le Lionnais : diagnostic rétrospectif de la folie de Jean-Jacques  Rousseau.

-  l'élaboration d'un diagnostic rétrospectif est difficile, mais avec  le nombre élevé de documents concernant  Rousseau• ,il est plus aisé de séparer le vrai du faux et d'établir ainsi ce diagnostic.

- c'est le 250eme  anniversaire de sa naissance et le 200eme anniversaire de la publication  de l'Emile et du Contrat Social.  

 - présentation de Jacques Borel, médecin-chef des hôpitaux psychiatriques de la seine, auteur d'une Etude : 

«  la folie de Jean-Jacques », et de Maxime  Nemo ,  Secrétaire de la  Société  J.J. Rousseau.

 - Francois le Lionnais interviewe messieurs Borel et  Nemo : pourquoi  les 2 affirmations de  Rousseau , dans les Confessions "je naquis infirme et mourant" sont exactes.

    - il faut distinguer 2 faits dans la pathologie de  Rousseau : les vraies affections somatiques, et les fausses. Comment ces affections apparaissent a la conscience du sujet.

 - -- les maladies réelles : il avait une très bonne sante physique, et n'a jamais eu d'affections graves ; énumération de ses maladies ; paradoxe : il jouit d'une bonne sante, et sa correspondance le montre toujours souffrant ; il manifeste une réelle vigueur lorsque l'occasion s'en présente, plusieurs exemples.

 - -- les maladies imaginaires : sa maladie de vessie, qui l'a beaucoup affecte ; énumération de maladies correspondant a des moments de langueur ou de dépression ; sa vessie n'est malade qu'aux périodes ou il est déprimé  pendant ses grands voyages, ou quand il vit dans le monde, la maladie disparait.

 - -- ses états d'humeur : la dépression nerveuse est a peu près continue ; mais  il a des périodes de bonne humeur, révélées dans les confessions, quelques exemples de sa gaieté ; la dépression se manifeste surtout en hiver : nostalgie, inquiétude, anxiété, amertume, quelques exemples ; les périodes de grande anxiété ne durent que quelques jours.

- -- sa folie : il y a un rapport entre son humeur anxieuse et sa folie cette folie, c'est un délire d'interprétation curable ; les 2 composantes de ce délire ; les différents  accès de délire dans la vie de  Rousseau il y a aussi de réelles persécutions mais, dans son esprit, les persécutions réelles et imaginaires se mêlent les persécutions, l'exil, réels, servent a alimenter le délire, mais ne sont pas les causes des persécutions imaginaires  la première période de la psychose fut le délire provenu de l'anxiété ; la deuxième période,  c'est le délire d'interprétation pure  mais cela n'atteint jamais son intelligence au sein de toutes ses crises, il demeure tres lucide ; c'est le propre de cette psychose de ne jamais atteindre aux valeurs intellectuelles du psychisme. il est remarquable de voir avec quel esprit critique il prend ce délire pour objet d'étude.

-cet homme nouveau qui possède, mais  qui avoue ses angoisses, c'est ce que nous appelons l'homme moderne  tout se tient dans ces affirmation qui forment la conscience du héros actuel.  Jean-Jacques  Rousseau  ouvre sur l'illimite de la présence humaine.

On pourrait à ce stade mentionner le séjour  que fit JJ Rousseau à Montpellier  à l’automne 1737 et comment il se fit éconduire par le Dr Fizes de la faculté de Montpellier qui le qualifia d’hypocondriaque et d’affabulateur. L’anecdote est attestée puisque  rapportée dans la Correspondance et  dans la première partie des Confessions et dans une plaquette rédigée par M.Grasset Vice président du Tribunal civil de Montpellier et membre de l’Académie des sciences et Lettres de la même ville en 1854.

La rencontre autour du micro de la  « Science en marche » de 1962 donne l’occasion en juin 1964 de recontacter le Président de l’Association des Ecrivains Scientifiques de France en la personne du même François Le Lionnais pour lui demander de s’associer au projet autour du Manifeste « Valeurs du Monde Actuel »

Biographie de Jacques Borel A quatre mois, Jacques perd son père et est élevé par sa grand-mère paternelle à Saint-Gaudens en Haute-Garonne avant qu'il ne rejoigne sa mère, femme de chambre dans l'hôtel de passe tenu par son frère à Bastille. Après des études de lettres à Henri IV et à la Sorbonne, Borel enseigne l'anglais. Il collabore à diverses revues et traduit l'œuvre poétique de James Joyce. En 1958 sa mère entre à l'hôpital psychiatrique où elle mourra en 1976.

Son premier roman 'L' Adoration' paraît en 1965 et est couronné par le prix Goncourt. Méconnu du grand public, Borel creuse le sillon de sa mémoire durant toute son œuvre, entièrement autobiographique, constituant un chef-d' œuvre du genre.

Le trauma fondateur - enfance provinciale, mort de son père et enfance dans un bordel où il découvre la pauvreté, l'humiliation et la honte -, constituera le noyau de 'Le Retour' (1970), 'La Dépossession - Journal de Ligenère' (1973), 'L' Aveu différé' (1997), 'L' Attente' (1989), 'L' Effacement' (1998, prix des Charmettes - J.J.Rousseau), 'Le Déferlement' (1993) et 'Journal de la mémoire' (1994).

Amateur passionné de Proust, Borel dépeint une réalité hallucinée, mélange de poésie des bas-fonds et de naturalisme urbain emprunt d'érotisme, où s'expriment la déchéance et la suffocation.

Borel est également auteur d'essais, notamment 'Ombres et dieux' (2001) sur les religions et la mythologie, 'Marcel Proust' (1972), 'Propos sur l'autobiographie' (1994), 'Sur les poètes' (1998).

Le Manifeste sur  « Valeurs du Monde actuel » de 1964 amènera Nemo à contacter l’Union rationaliste de France en la personne du professeur Ernest Kahane de la faculté des sciences de Montpellier. Ce Chef du service de chimie biologiste et auteur de « la Vie n’existe pas » va entamer une correspondance et une amitié plus philosophique que scientifique comme il le lui dit dans sa lettre du 24 juin 1964. Leurs échanges dureront jusqu’en décembre 1972 lorsque Kahane en réponse à la parution de « l’Acte de Vivre » il lui écrit : « Ma « sympathie se nuance de quelques réserves, car le patronage de Jean Jacques Rousseau me paraît être une arme à double tranchant. L’évolution telle que je la conçois risque d’aboutir au désastre, c’est bien certain, mais si nous réussissons à l’éviter, elle aura pour effet de placer un Eden en avant de nous et non en arrière. Il n’y a jamais eu d’âge d’or, il n’y a jamais eu de bons sauvages, la civilisation avec toutes ses tares et tous ses dangers vaut mieux que le sort misérable de nos ancêtres. »

Je brûlerais de connaître les positions de Nemo face aux thématiques actuelles face à l’écologie, à l’économie solidaire et à la décroissance mais on peut déjà quarante ans avant relire les propositions pour une causerie future en tête à tête  et sans doute polémique dans  la lettre du Pr Kahane : « Je vous entretiendrai en plus à l’occasion de la valeur qu’il me semble devoir attribuer aux équilibres naturels dont la plupart des écologistes font grand cas, et dont ils parlent d’une façon où il me paraît entrer beaucoup d’étourderies. Il se peut donc fort bien qu’après conversation amicale vous n’ayez aucun goût à renouveler l’invitation que vous me faites et que je serais disposé à accepter, quand ce ne serait que pour vous témoigner ma grande estime. »   

Dans la bibliothèque de Maxime Nemo figurent  en bonne place « Le Hasard et la Nécessité » ouvrage du professeur Jacques Monod, biologiste et biochimiste, Directeur de l’Institut Pasteur (1910 -1976) et surtout son «  Discours inaugural au Collège de France » qu’il avait adressé à Nemo. Doit on rappeler si besoin était la conclusion de son livre paru en 1970  où le prix Nobel de médecine  expose ses vues sur la nature et le destin de l'humanité dans l'univers, concluant ainsi son essai : « L’ancienne alliance est rompue ; l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers, d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. A lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres. » En février 1972, le Secrétaire général  fait part à ses membres de son intention de transformer l’Association J.J Rousseau et d’en faire «  le point de ralliement à travers le monde des mouvements qu’inquiète le phénomène de la pollution des forces de la Nature, car nous estimons que depuis l’invention de l’écriture aucun penseur n’a indiqué  avec autant de pertinence que JJ Rousseau la relation qui unit l’Homme à ce préalable qu’est la vie, dont la Nature n’est qu’une transposition légitime »

« Nous estimons que ces notions de dépendance doivent s’inscrire dans un système éducatif qui dès l’école maternelle, doit placer tout individu en face de la responsabilité qui lui incombe, par le simple fait qu’il est un être vivant, et que toute entreprise de réaction vis à vis des intérêts industriels ou financiers restera incertaine si elle ne comporte pas de base éducative. »

Et Nemo de conclure : « ce sont les assises d’un Humanisme actuel dont il nous semble indispensable de rechercher les structures afin d’aboutir à une éthique délivrée des contingences mythiques ou plus exactement mystiques qui ont entravé son développement. Vous devinez dès lors à quel degré votre pensée a pénétré la nôtre. »

Rappelons que ce projet s’inscrit à travers l’Association JJ Rousseau dont fait partie le Pr Monod dans son Comité Directeur, dans le cadre éditorial que Nemo s’était fixé par une trilogie amorcée en 1972 par « l’Acte de Vivre » et qui devait être suivi de deux autres essais inédits à ce jour : « Réplique à l’abîme » et « Occident terre de l’homme » .Le projet est resté inabouti mais les manuscrits existent. Un courrier en date du 3 avril 1975 à M. Fanfani Haut Commissaire à la Diffusion de la langue française en atteste.  

Il semble difficile de clore cette parenthèse scientifique sans rappeler le préambule que Maxime Nemo consacra à son « Prométhée » en 1941. Les conférences et lectures dramatiques de « l’Ilôt » continuent tant bien que mal malgré les difficultés d’organisation et  c’est dans l’ouverture de sa conférence qu’il est amené à donner sa position sur le rôle de la science dans le développement de la Civilisation occidentale, en voici un extrait :

 Lorsque nous étudions la civilisation humaine – nettement dominée depuis 3000 ans par la valeur occidentale – nous constatons en effet  que par l’effet d’une volonté constructive (la volonté occidentale) toutes les valeurs de la vie sont ramenées à l’estimation de la proportion humaine. Soudain, une rupture se produit. Je caractériserai cette rupture à l’aide encore  d’une image en vous disant d’un seul coup ou presque, l’homme a changé de condition : il est passé de la vie naturelle à l’existence artificielle. Depuis, le sens de son destin lui échappe. Que s’est-il donc produit ne ce moment  particulièrement pathétique de l’espèce humaine ? Ce qui  s’est produit, vous le savez, c’est la machine.

Ni vous ni moi n’avons l’intention de dénigrer la Science, en tant que moyen de connaissance. Je ne serais pas prométhéen autant que je crois l’être si je ne saluais très bas, cette admirable investigation humaine.

Mais ce salut adressé à la Science, j’ajoute qu’elle est la cause des maux dont nous souffrons – non pas encore une fois, en tant que connaissance, mais en tant qu’application. La science donne naissance à l’industrie, qui engendre les deux malheurs de notre âge : la finance et la masse. Entraîné par ses effets, l’évolution exige la concentration des capitaux et celle des hommes. Dès lors la vie sociale est soumise non plus à des idées de qualité, mais à des principes de quantité. Donc nos moyens de sélection, qui, tous : religieux ; moraux, idéaux, politiques et sociaux, ces moyens nous viennent du passé et se révèlent à l’usage, inopérants; notre triste révolution nationale  en fait l‘expérience coûteuse. C’est qu’il est plus aisé de modifier des textes législatifs que d’agir sur les lois d’une catastrophe. Il n’est pas un pouvoir au monde capable d’entraver cette catastrophe. La plupart des pouvoirs existants, religieux ou politiques préfèrent ne pas effleurer le problème et accuser la donnée adverse de maux dont l’évolution est seule responsable. 

Nous serions plongés dans l’obscurité la plus complète si quelques penseurs indépendants ne nous apportaient le secours de leur lucidité.

Remarquez, il se peut que leur diagnostic ne soit pas entendu ! Il est même probable que la nouveauté de l’évolution et la dénonciation du mal rendront vains les effets de quelques esprits. Il n’est cependant pas mauvais que quelques lueurs se produisent dans le crépuscule de cette civilisation occidentale ! Il est bon même que nous puissions vivre et mourir en sachant où est le mal, même si le remède est momentanément impossible. 

C’est qu’on sent que le malheur rôde sur l’espèce, mais on se refuse à voir le mal où il se trouve en réalité, c'est-à-dire : en nous-mêmes ».

 

La déontologie nous prive des dialogues entre les médecins de Maxime Nemo, tant le Dr Xavier le Maigat à Nantes  que ceux du  Centre de cardiologie de  la Clinique Alleray  dans le XVè arrondissement  où il s’éteindra le 9 septembre 1975 ce dernier Acte de Vivre aura eu raison de son infatigable dialogue avec la science et la médecine.    

 

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