La biographie détaillée de Maxime NEMo (1888-1975) secrétaire général de l'Association JJ Rousseau de 1947 à 1975 . Nombreux textes inédits.
Maxime Nemo Le Montaiguet par Meyreuil (B.du R)
Ce 23 décembre 1932
Très cher ami,
Un mot : pourrais-je savoir le nom de la salle dont vous m'aviez parlé l'année dernière pour une nouvelle tentative à Poitiers ? Une salle de cinéma je crois. Il faudrait que j'entre en relation avec son directeur car au cours des semaines qui viennent je vais fixer l'itinéraire de ma deuxième tournée, la première étant achevé. 46 conférences sur la Tétralogie depuis le 15 octobre. Beaucoup d'enthousiasme, de ferveur. Nous rentrons avec Tonnerre de Dieu qui s'est bien comportée.
J'ai eu tant de travail que mon enquête est restée en plan . Mais je vais profiter de deux semaines de repos vers Nice où j'ai des conférences à donner en janvier pour envoyer la « première vague d'assaut ». je viens d'envoyer à l'imprimeur le texte du premier questionnaire.
Mon manuscrit est royalement refusé_ « Destin d'un seul »- chez Grasset et chez Gallimard. On trouve le sujet très bien, si bien même qu'il ne faut pas l'abîmer en le publiant. Peisson qui habite Marseille et que je voyais avant hier me conseille de faire une tentative auprès de Denoël...
Enfin je me console aisément en me disant qu'il faut bien laisser pour après sa mort, de l'inédit !!!!
Je voulais vous écrire un mot mais cette sacrée machine va toute seule – c'est un autre tonnerre de dieu ! Tout de même me voyez vous avec (…) illisible
Je suis à Périgueux Hôtel de France jusqu'au 15.
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Maxime NEMO
Le Montaiguet
Par Meyreuil le 1 janvier 1933
Mon cher ami,
Nous voici rentrés de notre randonnée qui s’est parfaitement achevée en une course de 600 kilomètres accomplies en un jour de Tarbes à Aix.
J’ai trouvé en arrivant une lettre de mon fils qui me disait qu’il avait rencontré le commandant Rébillard, lequel l’avait fort gentiment accueilli . Il accepterait de l’embarquer après le 15 juillet sur son bateau si Monsieur Wolkowitch y consentait ; et je me disposait à écrire à votre beau-frère en me recommandant de vous lorsque j’ai constaté que je n’ai plus son adresse , envoyée à Christian il y a un mois. Je vais la lui redemander mais si vous aviez l’occasion d’écrire à Monsieur Wolkowitch avant que j’aie la possibilité de le faire , j’ose vous demander encore de bien vouloir préparer les voies. Et dois-je vous dire à quel point je vous suis reconnaissant (nous vous sommes) de votre amitié toujours si fervente et si attentive. Je vous prie de croire que je suis infiniment touché de toutes les penses amicales que vous avez pour nous et je vous en exprime ma gratitude entière cher ami… Je souhaite qu’un jour mon intervention me permette de vous restituer une partie des témoignages d’amitié que vous me donnez avec tant de générosité ; je ne puis en échange de la vôtre, que vous assurer de mon affection.
Je vous ai retourné il y a deux ou trois jours les volumes que vous aviez eu l’obligeance de me confier. J’ai trouvé « 5000 » très beau. Surtout dans la deuxième partie, là où le drame commence à apparaître. Je trouve extraordinaire que l’intérêt du livre se puisse maintenir avec cet unique élément de la course. Peut-être placerais-je encore plus haute le livre d’André Obey d’un beau muscle littéraire. C’est vraiment épatant et je ne dis pas qu’un jour je n’utiliserai pas ces deux œuvres pour une manifestation sur le sport. Il y aurait une très belle lecture à obtenir de ces textes. Je trouve le livre de Serge ( Victor Serge ?) un peu candide . C’est pauvre de réflexion. Ces gens parlent du prolétariat comme Pascal de Dieu, c’est-à-dire comme d’une chose acquise. Cette absence totale de sens critique est la cause de mon inimitié avec « les gens de gauche ». Je les trouve pauvres d’idées. Je viens encore de m’irriter en lisant le lamentable appel de Barbusse et de Romain Rolland pour un congrès pacifiste. Il n’y a pas une idée définie, rien que des vagissements sentimentaux qui sentent leur avant guerre d’une lieue. C’est crispant au possible, car on pense à tout ce que les adversaires de la pensée qui devrait être libératrice, peuvent extraire de sarcasmes de cette piètre idéologie. Je pense souvent à organiser un mouvement avec de vrais intellectuels pour remettre un peu d’ordre dans la confusion qui nous envahit.
Enfin cher ami, j’ai lu aussi le « Soldat Chveik » de Jaroslav Hasek. Je le relirai, mais mon impression première est fâcheuse. Elle confirme ce que je pense du rire allemand : il est lourd. Vous me direz que l’auteur est tchèque et (manque une page)
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18 février 1933
Regrettant le coin du feu ! « Heureux qui comme Ulysse.... !! Soit, mais pas par cette température
Enfin nous voici tous trois à l'écurie et pour trois semaines. Joie de retrouver ses livres, ses projets qui ont grandi en vous- sans que vous ne le sentiez.
Heureux Mérigotins ! Que devenez vous ? Je vous suppose cendrés autour d'un même foyer. Souvent vos figures, vos noms reviennent dans nos entretiens ; Ah j'ai lu dans « Monde » une (….) d'un monsieur Ku.... puisqu'il signe Kurella.... Ex …....
Cher ami ce facheux calembourg et croyez tous à notre affectueuse pensées. Notre cœur fait la France
Nemo
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Maxime Nemo
« L'Ilôt »
par Meyreuil (B.duR.)
Ce 1 septembre 1933
Mon cher ami,
Il faut bien que je vous fasse part d'un projet que je suis en train de réaliser.
J'écris un livre sur la Tétralogie. Ce ne serait pas le premier me direz vous et vous auriez raison mais le mien présentera peut-être une nouveauté : à l'explication musicale sera attachée la nomenclature des disques correspondant au passage analysé. Cette étude me permettrait en même temps que l'étude des pensées dramatiques , lyriques de l'oeuvre , une même étude du disque associé à mon analyse, et ainsi mon lecteur pourrait suivre phrase par phrase le mouvement musical et celui de la pensée qui y correspond. Alors, le Français moyen connaîtrait la Tétralogie, ce qui n'est pas aujourd'hui car j'ai pu me rendre compte que même à Paris la plupart des auditeurs va à ces représentations dans un état d'impréparation qui en rend évidemment la réalisation par moment fastidieuse.
Que pensez vous de l'idée ? J'ose vous le demander puisque j'atteins un domaine qui est le vôtre ! Mais voilà, qui éditera un tel ouvrage ? Il va sans dire que les disques ne seront pas vendus avec le volume et que l'acheteur restera libre de les acquérir ou don. J'ose vous demander si à Paris vous voyez une maison susceptible de s'intéresser à cette forme nouvelle de publication. Il serait bon qu'avant de mettre tout au point, je puisse établir une collaboration avec une maison d'éditrice, et aussi avec les maisons de disques dont les réalisations seront mentionnées.
A ce sujet je compte surtout utiliser les disques « His master's Voice »dont la sonorité me paraît parfaite et le style excellent.
L'ouvrage ainsi réalisé pourrait être mis en vente non seulement chez les libraires mais chez les marchands de musique.
Ceci terminé enfin que devenez vous, Mérigotins amis ? Nous venons de rentrer du Cantal où nous avons passé deux mois et nous trouvons une Provence grise, sans soleil alors que nous gémissions à l'idée de la chaleur que nous pensions trouver. On nous a changé notre climat et j'avoue que je le regrette.
Je ne suis pas très content du travail de ces deux derniers mois. On travaille mal en pension de famille, mais j'y allais pour le repos de ma femme. J'ai entièrement refait mon roman de l'an dernier « Navire : immensité » et je pense être parvenu à une forme plus haute . En somme c'est le lyrisme de l'amour que je représenterai là, et je voudrais aboutir à une langue splendide, débarrassée de ces tons heurtés si fort en honneur ces dernières années. Plus je m'avance en art et plus je me rends compte que cette belle transparence doit être l'effort suprême de l'artiste. Le repliement et le silence qui sont mon lot depuis des années m'obligent à tout puiser en moi et ce n'est peut-être pas un mal.
Je n'ose vous demander si vous venez jusqu'à nous ; hélas ! J'ai pourtant fait rentrer du vin excellent pas plus tard qu'hier ; ce serait le moment ! Et votre frère ?
A vous tous nous disons notre affectueuse amitié. Ayez la bonté cher ami de partager entre tous le souvenir dont cette lettre est abondamment chargée et croyez moi encore vôtre de tout cœur.
Maxime Nemo.
Maxime Nemo « l'Ilôt » par Meyreuil (B;duR.) 2 Octobre 1933
Mon bien cher ami,
Une bonne lettre d'ami, trouvé le le (…) ou serait inscrite sur le tableau noir – noir noir noir- aurait le créateur du hareng saur saur saur !
Nous quittons la Provence et ses brumes le 9 octobre et direction la Bretagne par Clermont- Bourgogne- Tours – Caen. Si vous aviez à m'y écrire je vous donne des adresses.
Je combine d'arriver à Poitiers le 12. et d'avoir une journée de libre et de pouvoir la distribuer à tous ceux qui l'habitent.
Nos voitures ont de communs tourments – on vient de me changer deux arbres non du pont aux ânes mais du pont arrière. Nous roulions avec un jour formidable et jamais ça n'avait si bien tourné !... Ce jour de l'amour....hmm !... et du rippage...
Liste de nos arrêts principaux :
14 octobre Bourges Hôtel de France
17 octobre Tours Hôtel de la Crouzille vieille façade renaissance et excellente cuisine.
19 octobre Caen Hôtel de la Place Royale
24 octobre Morlaix « Si Anglais te mord mord les ! » Hôtel de l'Europe très bon surtout le dimanche avec l'orthus mais il est recommandé de ne pas manger le musc.
28 octobre Quimper Hôtel de l'épée
Avec les peintures de Lemordant on n'est pas obligé non plus de le comprendre dans le menu substantiel très bon cidre bouché – un peu cher !
3 novembre Vannes Hôtel du Commerce
6 Novembre Rennes Hôtel Central ( médiocre – c'est rare)
7 Angers – Zut ! Je ne me souviens plus car je n'ai d'autres carnets que ma mémoire pour mon estomac pour ne pas dire- plus bas.
9 La Roche sur Yon Hôtel de l'Europe.
Ensuite, fêtes de la Victoire. J'espère dans les marais avec Pérochon et le 12 dans vos bras !...
Et dire que je vous quitte pour m'enfoncer dans ce dilemme : « Un laîciste ne sera pas cru il sera pathétique ». Riez pas – il s'agit des temps futurs.
Dommage que vous ne soyez pas sur les côteaux d'en face car « Destin du siècle » c'est là.
Affectueusement
Maxime Nemo.
Maxime Nemo l'Ilôt » 9 avril 1934
Mon cher ami,
J'ai reçu votre appel aujourd'hui. Peu décidé à l'action – à cause du dégoût que je me fais si (…) naître. Je réponds seulement par ce mot. Puisque vous en êtes, je (…........) Et comme je n'aime pas les choses faites à Drieu, je vous écrit aussitôt – et longuement peut-être.
Il faut barrer la route - est là – Le malheur est qu'on ne puisse partir – peut-être – pour une grande action. Je suis sollicité par Georges Valois qui dit vouloir me rencontrer – mais à quoi bon faire (…....) choses mal faites plutôt que d'essayer d'en réussir une. Ce n'est pas que le papier signé de Laugerin me fanatise mais enfin, ça y est – car vous y êtes – Et maintenant ? Est-ce qu'il est impossible de trouver en France 100000 (cent mille) types capables de trouver cent francs pour le barrage en question ? Ça ferait dix millions tout de même ! Et j'ai idée que si on les demandais avec un certain ton on les aurait. Dix millions « ça » n'est pas le Pérou mais la presse est tout de même quelque chose, un quotidien, une revue, des échanges.Ah ! voyez vous il faut recréer une âme à ce pays. C'est nous qui devrions juger les salauds qui ont compromis le peu d'idée pure qui soit dans ce mot : Démocratie. Ce n'est pas qu'elle n'ai pas besoin d'une foutue lessive, mais pour la laver, faut-il qu'elle soit encore ! Ces chausseurs la rendraient indéfendables ; c'est de notre justice qu'ils dépendent et la première chose qu'il faudrait restaurer – au risque d'être une fois ridicule!- c'est un tribunal où défileraient tous les compromis. Le moment de la purge est arrivé – et il faut la faire si amère – ou salée- soit elle sinon c'est à dire, si on ne reconstitue pas le principe d'une propreté intégrale aux yeux des gens, tout est fichu et il ne nous reste qu'à aller planter nos roses – dans un coin de France que (….) avec – un peu plus- le dégoût de la politique en nous ;
Et puis, lorsque tout cela sera fait – le nettoyage impitoyable – rien ne sera fait car la démocratie fait trop vite démocrassouille. Nous n'avons pas si j'ose dire – de vertèbres intellectuelles.Où est notre théorie de la valeur, où est notre centre civilisateur ?
Rien que le vote – et ce qui en naît. Il faut à mon sens hurler que cette forme sociale est (….) au suprême degré si nous n'arrivons pas à lui substituer un état de hiérarchie.
Il faut marier les contraires – ou alors nous mentons à l'Homme – et c'est grave- Or la hiérarchie sera possible par l'éducation. Aristocratie de l'argent, aristocratie du sang – cela est mort ou doit mourir- A sa place celle de l'esprit. Non pas une République des philosophes ou des professeurs mais la pensée raide à sa place – la 1ère – la pensée – principe – la pensée divine – ce qui suppose – je le sais – de rigoureuses exclusions.
En (…...) il faut partir non d'un plan de la Crise, mais d'un plan de l'homme.
Le bienfait de mon enquête sur la Civilisation est que ma propre personne – pas même vous – ne lui a répondu. Alors je me suis ( lorairé) et il a bien fallu que je découvre que sans un concept initial
l'homme et l'humanisme – cette fleur de l'homme dans la pensée ! - ne vaut pas.
Je sais bien que nous blanchirons sous la terre lorsqu'un peu de tout cela fleurira !...
Mais quel plu prospère repos au fond des choses éternelles que de savoir peut-être que de la tige de notre âme est née cette nouvelle éclosion.....
A mon jour, l'oeuvre est là ; le reste est foutaise.
Je vous écris fraternellement , vous le voyez- parce que je sais que nous nous aimons et que nous pouvons recracher nos pensées au fond d'elles mêmes, comme nos yeux se regardent ou sûrement de notre avis à la Mérigote – près du départ, lorsqu'ils savent que c'est le départ.
Dites notre souvenir à votre épouse et à vos enfants – à tous ce monde si près de nous ! Et saluez moi, vôtre entre toute affection
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le 9 avril 1934
que ce n'est pas la même chose. Et bien si ! Je trouve dans le livre cette épaisseur de matière que je reproche aux caricatures du Simplissimus et de George Cros. En somme beaucoup plus que Don Quichotte, le livre se rapprocherait de Candide, mais un Candide à l'ironie superficielle et lourde. Le don du rire a été refusé à ces races, même le rire douloureux et j'avoue mal digérer ces scènes, toujours les mêmes avec le feldpurat. Je pense au rire de Gogol, par exemple ou l'émotion ironique et attendrie de Gontcharoff. Le rire allemand m'a toujours semblé aussi faux que leur fantaisie. Voyez ce qu'un type comme Israël Zangwill ferait avec un tel sujet. L'ironie du Roi des Schnorrers ! N'êtes vous pas de mon avis, vous l'homme de « Dix filles dans un pré » !
Et maintenant je vais m'enfoncer dans les profondeurs de la forêt wagnérienne. Je prépare un effort sur la Tétralogie et bien que Mlle Pineau n'aime point Wagner j'apporterai peut-être ceci à Poitiers l'hiver prochain .
Mais n'aurons nous pas la joie de vous revoir avant ? Il fait à présent un temps magnifique ici ! Une chaleur d'une légèreté exquise. Je n'ai pas su vous taper cette lettre dehors tellement il fait frais ce matin. Ah si je pouvais voir un jour nos deux Ford côte à côte dans notre garage !...
Dites, je vous pris notre affectueux souvenir à votre femme, à vos charmantes filles ; ma femme et moi vous envoyons nos pensées les meilleurs et je vous serre la main comme si, encore vous descendiez de votre fenêtre comme vous l'avez fait si gentiment pour nous accueillir plus vite à la Mérigote .
De tout cœur vôtre.
Maxime Nemo.
___________________________________________________________________Maxime Nemo
par Meyreuil en Provence
de Paris , 1 rue Perrot, Diderot : 11,00
Mon cher ami,
J'ai pris connaissance du programme ébauché par le Congrès d'Ecrivains et que vous avez eu la bonté de me remettre.
Permettez moi de vous faire part de mon adhésion. Nous en reparlerons mais vous pouvez compter sur moi et j'envisage non seulement de me trouver à Paris à ce moment mais si vous le désirez, de faire connaître le congrès et de attirer des sympathies.
Bien affectueusement à vous.
Maxime Nemo
Maxime Nemo
5 av Porte de la Plaine
Paris XVè
Ce 7 décembre 39
Mon cher ami,
Où êtes vous ? J'envoie ce mot à la Mérigote, pensant que peut-être la chère maison a été votre centre d'accueil depuis les événements de septembre.
Je suppose également que l'impure politique – elles sont toutes impures – et le cessation de « Ce soir » vous auront rendu à vos amitiés et aussi – elles se rejoignent parfois!- aux Belles Lettres ( autre forme de la pureté) . Je repose donc et avec affection la question : où êtes vous et que devenez vous. J'aurai un plaisir infini à recevoir de vos nouvelles, de celles des vôtres : vos filles Pierre Abraham et, naturellement, Mme JRB, comme disait si bien notre ami Eon. Je pense parfois à ce cinéma où vous vîntes si gentiment à moi, à ces « fêtes » au cours desquelles nous nous retrouvions dans une intimité profonde. J'ai quelque peu regretté notre « éloignement » dû, je le crois à l'activité de votre vie , à Paris.
Qu'est-ce que je fais ? En apparence rien. Je vis un événement que je peux éviter, comme le Choeur vivait la violence stupide ; j'englobe en un même mépris toutes les formes de matérialisme, marxisme compris – non pas avant tout autre car il n'est que le succédané du capitalisme bourgeois
( la consécration de la bourgeoisie à l'usage des masses) et j'écris et vis en essayant de demeurer humain, même si cette attitude est seulement spéculative ( surtout si cela est!)
Le monde actuel est impensable – et c'est pour cette raison que les meilleurs « dévouements » n'arrivent pas à le penser. C'est dans le silence et en vue du seul avenir qu'il faut édifier l'éternelle logique des Idées sans se soucier des usages que l'homme – brut en pourra faire – ou le social qui lui correspond. Cette attitude ne me vaudra aucun succès, dans aucun clan (page manque) __________________________________________________________________
Troyes le 16 décembre 1939
Mon bien cher ami
A moi aussi, votre lettre fait bougrement plaisir. Il y a longtemps que je désirais vous écrire, pour vous dire en ces circonstances, mon amitié. Et puis on ne sait comment on a vécu. J'étais en Bretagne dans le coin splendide où depuis quatre ans je passe mes vacances.
Nous avons vu ces pauvres gens souffrir – en silence- leur douleur nous a pris. C'est cette chaire humaine là dont la souffrance vous déchire. Je n'oublierai jamais notre laveuse de linge nous parlant de son « petit » parti avec des larmes si graves qui coulaient de ses yeux. Et tous et tous...
Alors, et bien que j'aie dès cet instant senti votre solitude et que j'aie eu l'intention de vous écrire, je ne l'ai point fait. Et voilà ! Votre lettre chaleureuse vient me dire votre amertume – dont je me doutais un peu.. Hélas mon cher ami, l'amitié est une qualité et l'homme une quantité. La quantité est chose aisée ; rien n'est plus commun que le Nombre. L'Homme va vers le Nombre et quand nous rêvons ce Nombre dans notre générosité, nous oublions que la qualité est chose d'élite, à quoi le Nombre quel qu'il soit, ne parviendra jamais. Sauf par amitié !...
Croyez que depuis quatre ans, j'ai eu des amertumes pires que les vôtres, je les dirai pires parce qu'elles étaient intimes ; j'ai constaté des défaillances qui seraient capables d'amener en moi la haine si j'étais capable de haïr. La pitié est préférable – parce qu'il y a le destin. Et j'ai entrainé dans cette expérience, un être jeune et doux sur qui l'Administration s'est acharné, si bien que comme le Roi Jean à je ne sais plus quelle bataille, il fallait se garder de toutes parts ; La dégradation morale était notre ennemi. Sans le serveur qui m'a simplement soutenu , je ne sais ce que je serais devenu. J'ai le bonheur, nous l'avons mais pas gratuitement. Comme ça nous ne devons rien à personne.
Et voici pourquoi, mon cher ami, je suis à Troyes où elle enseigne. C'est vrai que c'est une ville déconcertante, avec une pouillerie centrale curieuse et des alentours admirables. Je travaille paisiblement. Je crois même avoir beaucoup travaillé depuis quatre ans. J'ai – plus qu'un projet ! La matière d'un sujet qui me tient au cœur. J'aimerais pouvoir réaliser deux choses : un roman dont je vous avais parlé, et une œuvre de pensée. Je dis que c'est – peut-être que ceci vous paraîtra ambitieux ! Une métaphysique de l'esthétique. C'est évidemment une métaphysique puisqu'une explication (envisagée) de la vie en soi. Cette vie en soi a toujours été placée en un être que les religions ont nommé : dieu. Ce en quoi elles ont eu raison. Ce dieu est la clef de voûte de l'existence. Plutôt les religions – et là elles ont tort – en font la base sur laquelle s'ébauche la vie. Ainsi le dieu est une forme du Passé. Or jamais nous ne rejoindrons le passé. Il est fatalement aboli. La vie étant éternelle, si haut que puise remonter nos investigations, elles s'épuisent dans l'infini. Mais si dieu ou plus exactement le divin est cause, sa révélation existe dans l'existence même. Le problème de la vie se pose par lui même. La vie devient le terrain de notre expérience où nous devrons discerner le but que la vie se propose. Dès cet instant la révélation n'est plus antérieure et faite une fois pour toute : elle devient constante et se place dans l'avenir – et non plus dans le passé. Vous apercevez déjà tout ce que je dois à Bergson et à Spinoza. Mais je crois devoir à moi même en définissant ce but existentiel.L'instinct de beauté porte en soi la suprême indication de la suprême intelligence. La vie réelle ne commence qu'à l'instant où elle peut-être comme désintéressée, où cessant de vibrer et de se mouvoir, elle devient forme.L'instinct s'idéalise alors, abandonne - mais sans l'oublier ! Son état premier, devient méditation, puis pensée, enfin : Idées pures. Des rapports sont alors possibles entre ce que nomme l'Etre et notre propre permanence . C'est par une identification de valeurs que nous parvenons au divin et plus notre art est rigoureux, plus il incarne le Temps immuable. Entendons nous bien c'est le réel que je veux diviniser. Et l'Etre , le seul, qui, selon moi est parvenu à cette réalisation, c'est l'artiste grec. Il échappe au symbole où le gothique, l'égyptien, le chinois même cherchent une expression simulée pour atteindre avec le Grec, la nature divinement réalisée.
Est-ce coïncidence ? Ma double vie mentale et affective, a trouvé en même temps sa solution. Je crois inutile de vous dire l'affection, l'estime que je voue à l'être qui m'a fait ces dons. Je vis donc ici, pensant ou tentant de le faire ; écrivant. Pour l'instant j'ai laissé momentanément ces problèmes et je réécris un livre dont je vous avais parlé : « Navire Immensité » . Un roman également. Seulement, l'être féminin y sera moins « imprécis » appartenant à la réalité.
Mes fils vont bien. Christian s'est une fois de plus débrouillé ! Il est je ne sais quoi au juste à Toulon, dans la marine ; il sait nager. Du second je sais peu de chose ; on me l'a enlevé. Il m'écrit lorsqu'il a besoin de moi, mais ce n'est pas de sa faute ; on a dû tellement lui bourrer l'entendement.
Je vais me trouver à Paris pour les fêtes de Noël et j'aimerais bien vous voir. Si vous êtes à Paris. Je serai, moi chez ma mère à Montmorency. C'est vous dire que je peux venir facilement. Je voudrais bien revoir Pierre Descaves que j'ai connu par vous. Et dites, savez vous ce qu'on a fait de Giono ? J'ose croire qu'en dépit de l'imbécilité nécessaire à toute guerre – même de Droit !- on l'a relâché. Quand on pense que c'est un Albert Sarraut qui n'a pas eu le courage de saisir Hitler au collet qui ordonne cela, c'est vomissant. Je suppose d'ailleurs que Giono s'en fout !...
Vous voyez mon bavardage ? C'est vous dire cher vieux, si votre lettre a été bien accueillie.
Laissez moi vous serrer la main avec toute mon affection en vous chargeant de mon souvenir pour vos nombreux « vôtres ». Toute cette vie future qui reprend... Malgré tout je dis : la vie est belle mais vous savez à quelle réalité correspond cette beauté.
Bien à vous.
Maxime Nemo
Jusqu'au 23 : Poste restante à Troyes.
Après, chez Mme Baugey 10 rue J.J. Rousseau Montmorency (S.et Oise)
Troyes le 5 septembre 1940
Mon cher ami,
Vous devinez qui vous écrit de Troyes ? J'adresse cette lettre à la Mérigote ignorant où se trouve votre résidence actuelle. Je pense tout de même que vous n'êtes pas dans un camp de concentration bien que vous concentriez en vous des motifs qui sont devenus d'accusation. Enfin bref, je me compromets.
Où êtes vous ? Question que je me suis posée bien des fois en songeant aux amis, depuis juin. Je suis sans nouvelles de Picart Le Doux et de tant d'autres juifs ou pas juifs. !
Nous, nous avons vécu ici dans tout ce que cette pauvre ville a subi. J'ai dirigé un centre d'accueil, recevant des milliers de ces malheureux qui venaient des départements au dessus de nous. Ce que j'ai pu constater de malheurs, de douleurs – et de courage simple aussi !...Puis, les blessés sont arrivés et en quel état, grand Dieu ! C'était l'épreuve que je redoutais le plus : soigner des blessures.
J'y suis parvenu jusqu'à faire boire un malheureux aviateur dont le visage était horriblement brûlé et auquel on avait coupé les lèvres. Mais , parfois, le soir, lorsque subitement de tels souvenirs renaissent, on sent une sueur glacée vous recouvrir. Les morts, les morts parfois si beaux ! Les jambes coupées, les crânes ouverts et dont la matière cérébrale « s'en allait ».... Ah mon ami, si je vous disais qu'au regard de ceci, les bombardements ne me semblent que peu de chose. Pourtant, la ville a beaucoup souffert, des quartiers sont anéantis – et que de morts encore... des tombes dans tous les coins de la ville, jusque dans la cour de l'Ecole Sup. Où dix corps sont enterrés.
Enfin les militaires nous ayant royalement laissés en plan sans déclarer la ville ouverte, nous sommes partis un matin, à l'aube, au milieu d'une ruée vers le Sud.... Nous sommes intacts, je vous assure que ça fait une drôle de sensation de le constater. On se demande si on n'a pas exagéré le danger ! Mais il y a les tombes.
Et maintenant, on attend le retour de cet ordre je ne sais combien de fois sacré puisque béni par tant d'Eminences présentes et futures. J'occupe une chambre avec des meubles, des affaires à mes amis, ne possédant plus rien à moi, le peu qui me restait ayant été « cédé » à tous les étrangers qui, depuis quatre ans me pillent et aux derniers d'ici qui ont pris ce qui était encore. Je suis riche de deux ou trois manuscrits – et de la liberté de mon cœur, ce qui est, foutre quelque chose ! Et je possède tout de même quelques amis. Je ne sais pas où ils sont encore mais je suis certain que ce sont mes amis. Ma vie est comme frugale ; elle ne l'est pas encore assez. Je rêve d'un coin de terre bretonne, comme dans Reynaldo Hahn, où vivre deux dans un immense ensevelissement préparatoire. Ce pays, où nous passions nos vacances me manque terriblement ; j'en ai la nostalgie, nostalgie d'un être enfin identique à soi.
Oui, je sais il y a le reste ! Mais ne peut-on à partir de l'âge où je suis parvenu, se détacher au moins en esprit de cette folie furibonde si complètement ahurissante qu'on ne la comprend pas.
M'écrirez vous. Je ne suis pas compromettant ; du moins je le suppose... car qui peut être sûr ?
Affectueusement à vous et à tous ceux qui sont vôtres.
Maxime Nemo
NDLR : C’est à cette période que les échanges avec Jean Richard Bloch vont prendre toute leur valeur ; ils s’ouvrent par une belle lettre de Bloch datée de la Mérigote du 9 septembre 1940 en réponse à celle de Nemo du 5 , qu’il juge « belle et bonne »
Troyes ce 9 octobre 1940
Mon cher ami
Votre lettre m'a fait, vous le pensez, plus que plaisir, puisqu'elle m'apprenait que vous étiez de ce monde non que cette situation soit particulièrement celle des « privilégiés », mais elle est, en somme obligatoire.
Je me doute que de vos côtés, non plus, le mois de juin n'a pas dû être drôle et, à l'amertume de ce que nous avons subi s'ajoute la répugnance provoquée par certaines campagnes. Vous êtes devenus
l'ennemi n°1 mais vous avez pas mal d'ex-aequo.
Et, hélas ! Je n'ai pas votre bel optimisme en ce qui concerne la voix de peuple. On lui fera dire ce que l'on veut comme en Allemagne et ailleurs. D'ailleurs, je ne reconnais pas au peuple le pouvoir de gestion des affaires publiques. Peut-être – je le crois personnellement sommes nous où nous en sommes parce qu'aux mystiques théocratiques, nous avons substitué celle du Nombre ou de l'incompétence en soi. Je crois qu'il faut faire le bien du peuple parce qu'on est plus qu'un homme : un humain, parce que la fraternité est une Idée éternellement amoindrie par les réalisations que nous pouvons faire, mais je doute que les valeurs du discernement s'accordent jamais avec la fonction du Nombre ; qui est avant tout celle d'une énergie aveugle. Partir du Nombre c'est établir un postulat nécessairement faux. Je sais le nombre démocratique fut une nécessité qu'il fallut opposer au Nombre-argent, le malheur est que nos prévisions ne vont pas au delà de ce stade ; au contraire à chaque déconfiture, nous pensons à un Nombre plus nombre que le précédent. Il faudra imaginer autre chose si nous voulons surgir du statu quo actuel. Hélas, c'est à l'aveuglement fatal du nombre que nous devons d'avoir porté « en haut » la médiocrité dirigeante qui nous domine depuis 50 ans.
Dans l'isolement où je vis, j'envisage des actes futurs et je songe à des « Maisons de la Jeunesse » dont l'intention et l'effet seraient intellectuels ; je songe à une Revue « la Renaissance Laïque » car là encore , notre laïcisme fut pauvre et tirait les décisions à prendre à la courte paille.
C'est une erreur fondamentale pour un principe de n'envisager que le court espace qui unit la naissance à la mort.
Faute d'une position spirituelle en face des grands problèmes de la vie totale, nous avons perdu la bataille de la laïcité. Au vrai nous avons tout perdu. Je dirai : tant mieux, si nous sommes vraiment quelque chose, car, alors, nous repartirons des bases et celles ci ne sauraient être que l'humanisme, c'est à dire un Rationalisme comprenant ou supposant un sur rationalisme. On n' »est pas neutre en face de la grande question du destin, du dieu possible et, de l'âme humaine, ou alors on est ce que nous sommes devenus : des vaincus absolus. Quand je pense à tout ce que nous avons laissé perdre, je pleure un peu secrètement. Aujourd'hui, tout est à terre, mais il reste le sol. Puissions nous y établir une hutte pour commencer..
Dire que je suis passé en avril devant la Mérigote – fermée ! Je pensais à vous ( je venais de St Maixent) Je n'imaginais pas que si peu après, votre maison se trouverait au centre de la tourmente. Que ne suis-je à quelques kilomètres de Poitiers. J'irais vous y serrer la main et échanger ce peu de chaleur humaine qui reste notre fortune. !
Je suis toujours ici : Troyes, Poste Restante, n'ayant pas l'espoir de vous y voir non plus.... Il faut vivre , c'est à dire attendre.
Je vous dis cet « au revoir » par lettre, mais vous savez que ce que je mets de fraternel dans la pensée et dans le geste....
Maxime Nemo
NDLR : Puis de sa belle écriture et dans un style irréprochable suivent des lettres du 17 Octobre 40 depuis son domicile parisien du 27 rue de Richelieu où il analyse « l’aveuglement orgueilleux ou intéressé (ou les deux) d’une petite élite oligarchique à qui le gouvernement est confié »,il ajoute « « je me suis rallié, depuis longtemps à la solution moyenne qui était – et sera – celle d’un parti, supprimé à cause de cela précisément. Un Parti assez vaste pour être immergé par la base dans la masse et imprégné à tout moment des justes aspirations du nombre, -assez restreint pour rester à tout moment une formation aristocratique au sens étymologique du mot, disciplinée, nourrie intellectuellement et instruite politiquement, apte à la manœuvre, ouverte à la compréhension et à la communication rapide des nécessités de l’action et, à la fois, de la doctrine, soumise à une obligation constante de culture et d’amélioration, animée d’un grand esprit de sacrifice, de jeunesse, d’enthousiasme et d’amour . Ce parti existait, il existera ». Et il ajoute : « Affectueusement, fraternellement à vous, ami. JR B.
PS : Je ne m’occupe d’ailleurs plus du tout de politique, mais uniquement de poétique ».
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Le 6 janvier 41 ses vœux vont à Nemo « à tous nos amis, à ce pauvre, grand et douloureux pays qui ne veut pas mourir et ne mourra pas »
Enfin le 16 mars 1941 Bloch parle de son installation précaire et provisoire à Paris mais aussi d’allers et retours à la Mérigote qui est menacée de réquisition. On connaît la triste fin de cette mise en vente de 1943 de la maison de « JR Bloch de race juive » précise l’affiche remise à jour par ses descendants.
Maxime Nemo
10 rue JJ Rousseau
Montmorency (S. et Oise)
Dimanche Janvier 1945
Mon bien cher ami,
Je ne sais si vous doutez de la joie éprouvée hier lorsque j'ai appris, à l'ambassade d'URSS que vous étiez de retour.
Je vous avais écrit à Moscou il y a huit ou dix jours. Et vous êtes ici.
Où nous voir ? J'ai tellement à vous dire !
J'aimerais vous rencontrer dès que vous serez déchargé des entretiens « officiels » dans un cadre intime. Je suis trop loin pour vous demander de venir ici. Dites moi comment nous pouvons nous rejoindre . Votre frère, vos filles.... que j'ai hâte de les revoir ; j'ai tellement pensé à vous pendant ces années.
Je suis écœuré par la veulerie des gens que je rencontre ; on dirait que le conflit nous a vidé de toute substance grise. Dieu merci ! Je l'ai pensé et je veux agir, créer une jeunesse, lui donner un destin ; former des institutions, créer, enfin ( c'est ce que vous confiait ma lettre) un Occident qui n'est pas et ne peut pas être.... pour des raisons que nous envisagerons.
Comme j'ai hâte de serrer votre main, de vous rejoindre par dessus ces cinq années de vide, car l'humanité n'a rien fait si nous ne lui faisons accomplir ce pourquoi elle a, obscurément, versé son sang.
A vous et de tout cœur.
Maxime Nemo
plus à vous demander !
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