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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 17:35

Décès de Nestor membre de l’organisation“Kogge“

Maxime Nemo est arrivé  pour la première fois à Minden pour une conférence sur Jean Jacques Rousseau et „ le Nouvel Homme „. Maxime Nemo est décédé à l’âge de 87 ans et a été enseveli au cimetière du Père Lachaise en face de Frédéric Chopin et Yvan Goll.

Maxime Nemo est né en 1888 ,originaire de Touraine. Après ses études de philosophie, il a commencé sa carrière de professeur . Il a ses premiers succès, à Strasbourg, après la première guerre mondiale. Maxime Nemo se  sentait très attiré par la culture allemande. C’est en Alsace qu’il a découvert une similitude entre la culture allemande et française.

Pour être indépendant, Nemo crée une académie libre intitulée „ l’ilot“, en 1920.

Il a travaillé pendant une quarantaine d’années pour initier la jeunesse sur la littérature et les écrivains de la culture occidentale. Il était surtout invité par les centres culturels de l’Alliance francaise.

Ses auteurs préférés étaient Aeschylos, Shakespeare, Goethe, Wagner, Baudelaire, Nietzsche, Gogol et Hoelderlin.

C’était un très bon orateur qui a été un des premier a utiliser des moyens modernes comme les films et les disques.

En 1949 avec l’aide du Président de l’Assemblée Nationale francaise Edouard Herriot, Maxime Nemo a fondé l’ Association Jean Jacques Rousseau et il y reste le Secrétaire général jusqu’à sa mort.

Avec la création de cette Association, il a voulu que les oeuvres de Rousseau soient lues comme le roman  ‚‘Julie ou la nouvelle Héloise‘‘ et attire l’attention sur l’esprit traditionnel et la langue française qui avait souffert et perdu de sa valeur pendant la Révolution de 1789.

Maxime Nemo trouvait  dans Jean Jacques Rousseau, un exemple éclatant de l’esprit antirationaliste francais. Gérard de Nerval, Baudelaire, Verlaine , Rimbaud , les surréalistes et lui même faisaient partie de cet esprit.

Pour l’association Jean Jacques Rousseau, Nemo a entrepris des voyages dans beaucoup de pays pour participer a des congrès  scientifiques et littéraires.

Il allait souvent en Allemagne qu’il connaissait depuis 1923 où il avait passé quelques mois à Berlin.

En 1956 il organise une exposition internationale sur le livre „Emile ou de l’éducation“ de Jean Jacques Rousseau.

Pour le 250eme anniversaire de la naissance de Jean Jacques Rousseau, Nemo a organisé un congrès international de l’UNESCO à l’Abbaye Royaumont

En 1978, pour le deuxième centenaire du décès de Rousseau, il avait déjà des plans détaillés pour un congrès qui n’ont pas pu être réalisés.

A  coté de ses activités culturelles et pédagogiques, il a pu laisser beaucoup d’ouvrages littéraires comme par exemple „ le dieu sous le tunnel“ de 1927 ,qui n’a jamais été traduit en allemand, „Julot, gosse de rêve“ de 1930. Parmi ses oeuvres philosophiques il a écrit „Un homme nouveau, Jean Jacques Rousseau“ de 1957 et „l’acte de vivre“ de 1973.

Il existe des manuscrits philosophiques et littéraires  sur François Mauriac qui vont  paraitre a titre posthume.

Il n’existe aucune traduction en allemand de ses oeuvres.

Les membres  de „ Kogge“ se souviennent de cet homme de lettres éloquent, charismatique et charmant. L’Allemagne a perdu un grand homme et „Kogge“ a perdu le „Nestor“ de sa section francaise .  Pierre Garnier, Horst Schumacher, Frank Zwiellinger en faisaient partie.

Article paru dans "Mindener Tageblatt", fev 1976

signé du Pr Horst SCHUMACHER

Université de Minden Dpt Langues Romanes

Université de Lyon Dpt Germanique

Ecole Polytechnique (Paris)

PS: Im Jahre 1974 wurde durch die Westeuropäische Autorengemeinschaft "Die Kogge", Minden, in der Anthologie "Kontakte europäisch" eine Übersetzung ins Niederländische durch Cosi Dalenoort vorgelegt. Die Übersetzung ins Französische besorgte Prof. Horst Schumacher vom Germanistischen Institut der Pariser Sorbonne Nouvelle.

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 15:04
Maxime NEMO l'enfant prodige
Maxime NEMO l'enfant prodige
Maxime NEMO l'enfant prodige

L’ACTUALITÉ du 20 juillet 1900
Le Moniteur Universel_La Gazette Nationale N°196

Le petit Nemo

._"Napoléon II" dit par  Nemo.

_ Influence de Nemo

_ Un autre enfant prodige:Wolfgang Amadeus Mozart
_Avez-vous vu Nemo ?

-Avez vous entendu Nemo ?

Qui est Nemo ?


Vous ne connaissez pas le petit Nemo, l'enfant prodige de la Comédie Française ? Mais c'est Coquelin des collèges et des lycées de France. Avant deux ans ce bambin sera plus populaire parmi la jeunesse de nos écoles que ne le fut jamais Talma dans la société des théâtres parisiens.
Nemo est un enfant de onze ans et demi et il est déjà attaché à la Comédie Française. Son père l'a appelé de ce nom, qui signifie personne, pour lui rappeler qu'il doit être un jour quelqu'un. Or il n'est déjà pas tout le monde.
Le père de Nemo, ex-sociétaire de la Comédie Française,frappé des prodigieuses dispositions de son fils pour la déclamation, a entrepris avec lui des tournées artistiques en province. Inspiration doublement heureuse, à laquelle eut applaudi Montaigne et dont nous le remercions.
Car en procurant au jeune Nemo l'agrément si instructif des voyages, elle ménage aux élèves de nos collèges le charme peu banal d'apprendre le bien dire  de la bouche d'un enfant comme eux, déjà artiste consommé. Encore ne parlé-je pas des sympathies que le petit blondin cueille à brassées dans ce champ si fécond et si parfumé de la jeunesse écolière. Le jour où il aura parlé devant tous les collégiens de France, il les comptera tous pour amis.
Nemo ne paraît sur aucune scène publique. La Comédie Française à laquelle il est attaché, est trop jalouse de son trésor pour le prodiguer à tout venant. Et nous comprenons cela. Mais en revanche, à son seul nom, lycées et collèges ouvrent leurs portes toutes grandes. La bonne nouvelle court comme un frémissement sur les bancs et par les groupes. Bientôt maîtres et élèves sont rangés au pied de l'estrade. Que dis-je ? notabilités de toute sorte, professionnels de la plume et de la parole, évêques même,veulent avoir leur place au parterre pour entendre l'acteur de 12 ans.

L’interprétation d’une ode


Le voici sur la scène. Un élégant petit habit fait jaillir sa fine silhouette dans la pénombre du théâtre. Sa physionomie ouverte rayonne encore la candeur de l’enfance. Déjà on l'aime. On va l’admirer. Il parle. Et tout parle en lui : la voix, la physionomie, le geste. Sur ses lèvres, que j’allais appeler ioniennes, les mots de la langue française prennent une sonorité, une ampleur, un rythme, qu’on ne leur connaissait presque pas. C'est une musique. Ce que les lèvres dirent, le visage le reflète. Joie, tristesse, crainte, espérance, extase, horreur : vous en lisez toutes les nuances sur ces traits enfantins à mesure que ces sentiments passent dans les paroles. Cependant le geste accompagne le débit comme dans un duo, avec une harmonie continue, tantôt douce, tantôt éclatante, toujours naturelle, parfois d’un effet fulgurant.
Certains acteurs sont pour le geste rare. Ils le traitent à la manière d'un coloris puissant qui ne doit rehausser que les principales valeurs de la parole. Chez Nemo le geste ne se repose pour ainsi dire pas. Avec une souplesse merveilleuse les deux mains tracent, sondent, combinent tous les éléments de l’action pour former un mouvement ininterrompu sans qu’il en résulte ni monotonie ni affadissement. Diction et gestes se mêlent sans aucun silence, à la manière de deux mélodies qui se complètent et se renforcent dans une constante unité.
On peut se figurer, ou plutôt on ne se figure pas, tout ce que la poésie, cette éloquence harmonieuse, comme l’appelait Vauvenargues, gagne à être ainsi interprétée.

Tous les éléments de la pensée poétique vous apparaissent alors avec leur relief relatif et leur coloris naturel Tel mot, tel effet de rythme, qui ne vous avait point frappé dans la lecture silencieuse du cabinet, dans cette déclamation vous éblouit tout à coup comme un éclair ou vous ébranle comme un coup de tonnerre. J’en al particulièrement fait la remarque dans "Napoléon II". Cette ode de notre grand lyrique,dite par Nerus, est comme une sonate de Beethoven jouée par un grand pianiste.
La pièce débute par une espèce de vision apocalyptique : les peuples prosternés sous un nuage, d’où l’Empereur s’élance un nouveau-né dans les mains en s’écriant :

"L’avenir, l’avenir, l’avenir est à moi!"
Il y a dans cette première page quatre ou cinq vers qui jaillissent de leurs strophes comme des éclairs de la nue.

Nemo les traduit avec une animation croissante jusqu’à ce qu’il éclate tout entier dans ce triple cri d’extase:

L’avenir, l’avenir, l’avenir est à moi !
Mais quel coup de théâtre lorsque ce géant de rôle et resserrant la voix en chantant sur un petit ton ironique- il mine, il reprend ;
"Non, l'avenir n’est à personne !
Sire, l’avenir est à Dieu ! A chaque fois que l’heure sonne
Tout ici bas nous dit adieu !
Cependant par une transition insensible, il passe avec le poète de l’ironie à la pitié et de la pitié à l’effroi :
Demain, c’est le cheval qui s'abat blanc d’écume.
Demain ô conquérant, c’est Moscou qui s’allume
               La nuit comme un flambeau !
C’est votre vieille garde au loin jonchant la plaine !

Demain, c’est Waterloo ! demain, c’est Sainte Hélène,

                Demain, c’est le tombeau !
Oh! ce dernier vers ! de quel frisson il vous glace, ainsi amené et dit avec ce frémissement d’horreur !
O revers ! ô leçon ! - Nouveau tableau.

Le déclamateur, épanouissant sa voix, son visage et son geste, se délecte et vous fait délecter A loisir dans l’éblouissant cortège de gloire, de puissance, de tendresse et d’espérance qui entoure le berceau du nouveau-né. C'est un rêve que vous rêvez avec lui, un mirage que ces yeux réfléchissent dans les vôtres, une aubade sublime qui appelle l'héritier de France au jour d’un règne sans exemple. Et avec lui vous oubliez tout dans l'enchantement, lorsque
Un cosaque survint qui prit l’enfant en croupe
Et l'emporta tout effaré !
Je ne sais si un vrai cosaque, pénétrant contre toute vraisemblance dans le palais des Tuileries et aux yeux de la cour stupéfaite enlevant le prince dans son berceau, aurait causé plus d'effarement que ce distique, ainsi déclamé, n’en jette sur la brillante tirade qui précède.
Après ce coup de foudre dans un ciel d'azur, la déclamation devient une sorte de mélopée en deuil où l’histoire, la politique, la pitié, la tendresse, les souvenirs glorieux, l’amour paternel passent successivement, chacun dans un mode nouveau. En voici les derniers rythmes;

Le père alors posait ses coudes sur sa chaise
Son coeur plein de sanglots se dégonflait à l'aise
Il pleurait,d’amour éperdu.
Enfin le poète remonte dans les hautes régions des jugements divins,
Tous deux sont morts. « Seigneur votre droite est terrible».

Et d’une voix ample, émue sous sa sérénité, le déclamateur proclame la justice suprême :
Chaque élément retourne où tout doit redescendre.
L’air reprend la fumée et la terre la cendre.
L’oubli reprend le nom !
                                                                 *.*.*

Le livre et la parole


Combien la poésie est belle, ainsi revêtue du corps qui lui convient. Dans les pages du livre, les plus belles strophes,les vers les plus sublimes, gisent sans vie sous le linceul du papier.Tout au plus, au souffle de l’imagination prennent-ils une apparence de mouvement à la manière des ombres de l'Elysée antique, vains fantômes dans un clair de lune.
Dites par un déclamateur, au contraire, ces mêmes strophes, ces mêmes vers prennent corps et vie.La pensée s’incarne dans la voix, le regard, le geste, et devient la parole. C est le verbe,fils de l’homme ; le verbe pensée et voix,fils de l’homme esprit et corps.
 Mais quand le déclamateur,d'ailleurs artiste consommé, est un enfant, comme Nemo, on trouve à la poésie, surtout à la grande poésie lyrique, un charme inattendu. Il résulte je ne sais quoi de sublime du seul contact entre le génie et 1’enfance. Une parole biblique dit que Dieu se plaît à tirer la vérité de la bouche des enfants. C’est aussi sur leurs lèvres naïves que le génie chante le mieux,
                                           Comme l’oiseau léger sur l’aubépine en fleur.
Si l’étais chef d’établissement,je nommerais le petit Nemo professeur honoraire d’éloquence dans mon collège. Et ce ne serait pas, j’en suis sûr, une vaine marque d’honneur.

Sans doute, tous nos potaches ne sont pas destinés à monter sur les tréteaux, heureusement ! ni même à haranguer la foule des modernes quirites du haut d’une plate-forme électorale, plus heureusement encore ! Il n'en est pas moins vrai que la parole est aussi peu à dédaigner que la plume,que dans notre siècle surtout,elle est l’arme suprême avec laquelle on combat les bons ou les mauvais combats. Si vous ne savez manier la parole de vérité, vous serez tué par la parole du mensonge. Mais l'effet le plus immédiat des séances de Nemo est de découvrir aux élèves la beauté de la parole littéraire, principalement de la poésie. Qu’on me permette un petit trait historique à l’appui de ce que j’avance. Il est tiré des oeuvres de Lamartine. Son stylo vaudra mieux que mes raisonnements.
                
                                                                     *.*.*

Lamartine et la tragédie de "Mérope"
« J’avais dix ans, dit-il,nous vivions à la campagne. Les soirées d'hiver étaient longues; la lecture, eu abrogeait les heures. Pendant que notre mère berçait du pied une de mes petites soeurs dans son berceau et qu' elle allaitait l’autre sur un long canapé de velours d'Utrecht rouge et râpé, à l’angle du salon, mon père, lisait. Moi, je jouais à terre avec «les morceaux de sureau (dont je faisais des flûtes).
«Mon père avait une voix sonore,douce,grave, vibrante comme 1es palpitations d’une corde de harpe, où la vie des entrailles auxquelles on l'a arrachée semble avoir laissé le gémissement d'un nerf animé. Cette voix qu'il avait beaucoup exercée dans sa jeunesse en jouant la tragédie et la comédie dans les loisirs de ses garnisons, n'était point déclamatoire mais pathétique. Il lisait dans un grand et beau volume relié en peau et à tranche dorée, la tragédie de Mérope. Sa voix changeait d'accent avec le rôle. C'était tantôt le tyran cruel, tantôt la mère tremblante, tantôt le fils errant et persécuté; puis les larmes de la reconnaissance, puis les soupçons de l'usurpateur, puis les fureurs, la désolation, le coup de poignard, les larmes, les sanglots, la mort, le livre qui se refermait, le long silence qui suit les fortes commotions du coeur.
Tout en creusant mes flûtes de sureau, j'écoutais, je comprenais, je sentais. je me figurais Mérope dans ma mère, moi dans le fils disparu et reconnu retombant dans ses bras arraché de son sein. De plus, ce langage cadencé comme une danse de mots dans l'oreille, ces belles images qui font voir ce qu'on entend , ces hémistiches qui reposent, le son pour le précipiter ensuite plus rapide, ces consonances de la fin des vers qui sont comme l'écho répercuté où le même sentiment se prolonge dans le même son; enfin cette solennité de voix de mon père qui transfigurait sa parole ordinairement simple; tout cela suscitait vivement mon attention, ma curiosité, mon émotion même. je me disais intérieurement :" Voilà une langue que je voudrais bien savoir, que je voudrais bien parler quand je serais grand".

(Lamartine - Préface des Premières Méditations)
Qui sait ce que le père de Lamartine fut pour le grand poète, le petit Nemo ne le sera pas pour plus d'un de mes collégiens ?
                                                                         *.*.*
Un souvenir

 L’enfant Nemo me rappelle un autre enfant, né à Salzbourg, celui-ci d’un maître de chapelle de la cour du prince-évêque, vers le milieu du siècle dernier. A six ans il composa un concerto pour clavecin, et à la vue de cet essai de génie, son père embrassa l’auteur avec un transport mêlé d’effroi. Bientôt après il l'emmenait en tournées artistiques à travers l’Autriche, la France, l’Italie; et les princes, les évêques, les rois, les reines se disputaient la joie de fêler le petit Wolfgang. Pour lui, il allait les cheveux frisés et |es joues roses ; il allait avec son habit lilas brodé d’or et sa petite épée en verrouil, présent d’un empereur; il allait, gracieux et candide, jouant du violon et du clavecin, jetant aux échos des salons et des églises fugues et sonates, opéras el symphonies, comme, l’oiseau fait son chant.
Or un jour - c’était, je crois, au palais de. Versailles - comme il se levait du piano et que. les dames de la cour le croquaient de baisers :
« Mais c’est trop ! Je n’en mérite pas tant, s’écria-t-il.Que serait ce si vous aviez entendu ma soeur ? Elle est bien plus forte que moi! »
Et le petit Wolfgang devint le grand Mozart.
Puisse le petit Nemo devenir le Mozart de l’art dramatique !

Henri BELHIERRE

Napoléon II (1811 - 1832)

La triste vie de Napoléon II a inspiré un drame célèbre à Edmond Rostand : L'Aiglon (1900) qui a triomphé avec la « divine Sarah » dans le rôle éponyme (on peut entendre ci-dessous un enregistrement audio de Sarah Bernhardt en 1910 - 65 ans - dans le rôle de L'Aiglon). Arthur Honegger et Jacques Ibert ont consacré à l'Aiglon, en 1937, un opéra qui, lui, n'a guère laissé de souvenir.

 

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 01:26

AVEC ROUSSEAU ET L'HOMME MODERNE

LE MONDE | • Mis à jour le |

Dans le cadre de verdure et de silence de l'abbaye de Royaumont, si propice à la méditation et aux fructueux échanges d'idées, s'est déroulé, du 28 juin au 3 juillet, un colloque organisé par la commission française de l'Unesco, qu'anime M. Yves Brunsvick, avec le concours de l'Association Jean-Jacques Rousseau. Il s'agissait, à l'occasion du bicentenaire des grandes œuvres de Rousseau, de confronter Jean-Jacques avec notre temps, de rechercher si ses idées, qui ont tant bouleversé son siècle et même le suivant, trouvent chez nous un prolongement et un écho, si, entre ce qu'on peut appeler l'homme moderne, qui épouse plus ou moins son époque, et J.-J. Rousseau, qui fut à la fois de son temps et contre son temps, philosophe et antiphilosophe, on peut discerner des rapports. Tel était le projet de M, Maxime Némo, qui fut l'initiateur de cette rencontre.

Marxistes et anti-marxistes se sont affrontés

Après quelques exposés introductifs, dont l'un replaça Rousseau dans le Siècle des lumières, dont l'autre montra combien l'existence moderne est peu compatible avec la pratique de cette vie intérieure où le promeneur solitaire trouvait son refuge et sa volupté, les chapitres essentiels - du moins ceux qui avaient été jugés tels - furent abondés successivement au cours de cinq journées d'études et de discussions : sciences et techniques, doctrine politique, idées sociales, idées pédagogiques (1), rapports de l'homme et de la nature, problèmes du langage et de la communication verbale, tous ces thèmes firent l'objet d'exposés parallèles, étant envisagés successivement " chez Rousseau " et " à notre époque ". Méthode sans doute trop symétrique, dont le caractère artificiel n'a pas manqué d'être relevé au cours de la discussion générale, car enfin il est périlleux de trop vouloir prouver, et l'idée directrice de ce colloque, qui était de montrer le prolongement de la pensée de Rousseau dans le monde moderne, parut précisément se trouver contredite par un des conférenciers, qui affirma tout au contraire qu'il y avait cassure entre la pensée politique de Rousseau et la pensée politique de notre temps.

Dans ces sortes d'entretiens il est inévitable que l'on assiste à l'affrontement de thèses ou de tendances diverses, et il ne faut pas le regretter. Ici - comme on devait s'y attendre - marxistes et anti-marxistes se sont affrontés. La contribution des premiers n'a pas été sans intérêt : ils se sont attachés à montrer non point, à proprement parler, qu'il y avait une interprétation marxiste de Rousseau, mais plutôt une méthode marxiste à appliquer à l'étude de son œuvre, et ils ont soutenu que le sentiment de responsabilité que l'individu, dans une société socialiste, éprouve à l'égard du monde était déjà préfiguré dans l'humanisme de Rousseau.

C'est d'ailleurs cet " humanisme civilisateur " de Rousseau qui fournit au professeur Michel Dynnik, membre correspondant de l'Académie des sciences de l'U.R.S.S., le thème de son exposé, au cours duquel il affirma que, compte tenu des évolutions incontestables et de la différence des époques, les " humanistes progressistes " de notre temps reconnaissaient un grand précurseur en celui qui condamna les inégalités sociales, restaura la dignité du travail humain, et notamment du travail manuel, exalta l'esprit civique, flétrit les guerres de conquête et " consacra toute son œuvre à l'affirmation du droit naturel de l'homme au bonheur ". Les ouvrages de Rousseau, dit encore M. Dynnik, sont largement traduits et diffusés en Union soviétique à des milliers d'exemplaires, ce qui atteste le caractère toujours " vivifiant " de la pensée qui les inspira.

Une importante participation étrangère

Aussi bien est-ce, croyons-nous, la participation étrangère qui conféra au colloque de Royaumont la plus grande part de son originalité et de son intérêt. Le professeur Stanciu Stoian, de Bucarest, apporta son fervent témoignage ; nous avons noté la présence d'un Norvégien, M. Tobiassen ; un universitaire américain montra combien la Constitution des États-Unis s'était inspirée, à l'origine, des idées de Rousseau, et je dois signaler tout particulièrement la participation de M. Takeo Kuwabara, de l'université de Kyoto, venu du Japon avec deux de ses collègues, et qui, dans son exposé sur " la coïncidence et l'influence de J.-J. Rousseau en Extrême-Orient ", fit état de trois penseurs, Houang-Tsong-hi (1610-1695), surnommé le " Rousseau chinois " ; Soeki-Ando (XVIIe siècle), apôtre d'un idéal de vie communautaire paysanne qui offre de singuliers rapports avec certaines idées essentielles de Jean-Jacques, et enfin Chomin Nakae (mort en 1901), authentique disciple de Rousseau, dont il fit connaître au Japon et en Extrême-Orient la pensée politique, traduisant le Contrat social en chinois classique. À l'heure même où nous écrivons, des nouvelles qui nous arrivent du Japon nous apprennent que le bicentenaire de Rousseau est célébré dans ce pays avec un éclat qui ne peut manquer de nous toucher. Ajouterai-je que l'Afrique noire d'expression française était présente à Royaumont et qu'un universitaire dahoméen, M. Aguessy, a dit l'importance attachée par la jeunesse intellectuelle africaine à l'héritage de Rousseau et du dix-huitième siècle français ? Et l'Italie parla aussi, par la voix du professeur Della Volpe.

À l'issue de ces cinq journées, il convenait de faire une sorte de bilan et de tenter une synthèse. M. Starobinski, de l'université de Genève, qui en était chargé, s'en acquitta avec talent et du mieux possible. Au fond, ce qui résulte de cette série d'entretiens (beaucoup moins systématiques en réalité que le programme ne le laissait prévoir), c'est l'extraordinaire actualité de Jean-Jacques Rousseau. Il se présente à nous sous les aspects les plus divers, et son œuvre joue sur un nombre considérable de registres. Que l'auteur du Contrat social et des Considérations sur le gouvernement de Pologne soit en même temps celui des Confessions et des Rêveries, les deux ouvrages les plus personnels, les plus intimes, les plus " affectifs " qui aient jamais été écrits, voilà ce que nous ne devons jamais perdre de vue. Or pour bien comprendre Rousseau il faut chercher à le connaître en entier, à le saisir dans sa totalité, car tout se tient chez lui : le rêveur nous instruit sur la nature du contrat social, le pédagogue et le romancier se complètent, et sans doute ne comprendrait-on pas bien celui qui, dans le dépouillement de l'être intérieur, cherchait à cerner et à appréhender le " sentiment de l'existence " si l'on ne se souvenait qu'il se considérait comme banni de la société par cette société même au bonheur de laquelle il était primitivement résolu à se consacrer.

La nature et le contrat

Certes dans les pays occidentaux, ce sont aujourd'hui les écrits autobiographiques de Jean-Jacques qu'on lit de préférence aux autres, et pourtant le colloque de Royaumont a paru porter surtout son attention sur la pensée doctrinale de Rousseau. Cet effort, d'ailleurs, n'a pas été sans fruit : comme l'a fait remarquer avec pénétration M. Starobinski, il a permis de mettre en relief deux pièces essentielles de cette doctrine, l'idée de nature et celle de contrat, et les relations étroites qui les unissent. Toutes deux sont des " commencements " (car Rousseau est l'" homme des commencements " : l'état de nature est un commencement idéal dans l'ordre du temps ; le contrat est un fondement idéal dans l'ordre du droit... Restaurant sous une autre forme les privilèges de l'origine, il est en quelque sorte une seconde origine ; la nature sociale du contrat supplée ou relaie la nature primitive. Et de même que Jean-Jacques a imaginé le contrat social irréalisable, de même il a jugé impossible le retour à l'état de nature. En somme, le contrat social serait, comme l'état de nature, une hypothèse idéale, un fait extra-historique...

" Repenser l'homme moderne "

Il n'était pas inutile de préciser ces points de vue. Au demeurant, les questions soulevées et controversées ont été nombreuses, et nous nous bornerons à citer parmi les plus importantes : la place donnée par Rousseau à la notion de raison, le caractère conscient ou inconscient de la " volonté générale ", les conceptions modernes de la démocratie et la démocratie selon Rousseau, le patriotisme et le nationalisme selon Rousseau, et dans quelle me sure celui-ci peut être considéré comme le précurseur des nationalismes modernes (thèse qui fut avancée par l'un des congressistes). Inversement certains problèmes non négligeables ont été presque laissés dans l'ombre: ainsi les rapports de la pensée religieuse de Rousseau avec le christianisme contemporain.

On le voit, si les entretiens de Royaumont ne sont point parvenus à dégager des conclusions définitives, et s'il n'en est point sorti, Dieu merci ! Une motion d'unanimité, si même ils ont fait éclater des divergences, ils n'en ont pas moins eu le très réel mérite de mettre en lumière la richesse de la pensée de Rousseau et surtout sa fécondité. Que, deux siècles écoulés, cette pensée et la personnalité de son auteur puissent susciter, jusque dans des pays lointains, tant de discussions et des controverses encore passionnées, qu'elles soient l'objet de tant de recherches et d'efforts pour les mieux comprendre, qu'elles se prêtent à des explications ou même à des interprétations si variées - voilà qui nous emplit d'étonnement et d'admiration. Et M. Maheu, directeur général de l'Unesco, qui prononça le discours de clôture, eut raison de se féliciter que J.-J. Rousseau nous ait fourni l'occasion de repenser l'homme moderne. Il fit remarquer aussi que ce colloque répondait exactement à l'esprit de l'Unesco, dont la vocation est avant tout d'organiser des échanges d'idées. Plusieurs des problèmes essentiels posés par Rousseau, notamment le problème de l'égalité (entendons aujourd'hui l'égalité entre peuples développés et peuples sous-développés) et le problème de la civilisation, des moyens de l'étendre, de la rendre plus efficace, ou même de la sauver, sont au centre même des préoccupations de l'Unesco. Et ce n'est pas un mince hommage rendu à l'homme qui commença sa carrière en lançant l'anathème contre les arts et les sciences, et contre une certaine forme de civilisation, que de lui avoir demandé d'inspirer de tels entretiens sous l'égide d'une organisation internationale vouée à l'éducation, la science et la culture.


(1) Dans ce domaine, M. Pierre Burgelin apporta une remarquable contribution.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/archives/article/1962/07/11/avec-rousseau-et-l-homme-moderne_2374808_1819218.html#ru29g8Q4plBpSlJm.99
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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 17:43

Biblioteca JJ Rousseau
Calle J Requena 1228
MONTEVIDEO
Monsieur,
J'ai connu, à travers les notices des Rousseauistes suisses, l'existence à Paris de votre Association de laquelle j'ignorais jusqu'à présent acune notice.
J'ai constitué dès l'an 1916, à Montevideo un centre, qui n'est pas une institution officielle, mais dans les milieux littéraires et sociologiques de l'Amérique méridionale représente un centre culturel, exclusivement dédié à J.J.Rousseau qui réunit les studieux et les personnes qui s'intéressent aux Etudes rousseauistes en particulier. ma bibliothèque est formée de 13 mille volumes à peu près, d'oeuvres historiques et philosophiques, spécialement sur le XVIIIè siècle; mais c'est "la Collection JJ Rousseau" qui constitue vraiment "le clou" de la Bibliothèque, tout entièrement dédiée aux études et aux ouvrages relatifs au célèbre philosophe genevois.
Maintenant après 30 années de recherches et consécration absolue, cette Collection Rousseauiste contient à elle seule environ 2000 pièces (ouvrages sur Rousseau et éditions de ses oeuvres) sans nommer les nombreux opuscules, articles de revues, albums, estampes et gravures, et ouvrages dédiés aux temps et aux personnages de l'époque de J.J.Rousseau.
A ce propos et pour me faire connaître, je vous envoie le journal "la Nacion" de Buenos Aires (Argentine) qui publie des informations sur cette Bibliothèque unique en Amérique du Sud. C'est peut-être aussi une Collection privée des plus remarquables entre les amis et les prosélytes de Rousseau.
Nombreux sont les studieux Rousseauphiles qui s'adressent à notre Bibliothèque pour avoir tout genre d'informations; elle est pourvue de la plupart des ouvrages relatifs à lavie et à l' oeuvre du célèbre penseur du lac léman (tous auteurs de livres entièrement dédiés à Rousseau), outre aux centaines éditions du fameux fils de Genève.
J'ai en préparation un ouvrage sur l'influence des idées de JJ Rousseau dans les mouvements révolutionnaires qui se sont développés au commencement du XIXè siècle dans les pays de l'Amérique méridionale, mouvements qui ont abouti à l'indépendance de ces colonies espagnoles transformées en républiques démocratiques libres, et un livre aussi sur la Bibliographie générale des ouvrages de JJ Rousseau et sur Rousseau qui existent dans les plus grandes bibliothèques publiques et universitaires de l'Amérique latine.
par suite de l'importance de cette Collection, elle sera agrégée probablement à la Bibliothèque Nationale de Montevideo.
Les Editions de JJ Rousseau que nous avons réunies dans notre Bibliothèque dépassent complexivement les 250 000 pages; les ouvrages d'étude sur Rousseau environ 150 000 pages.
Veuillez excuser Monsieur mon incorrect français; je ne domine pas cette langue si expressive. En attendant vos notices, veuillez agréer... etc....
Ottorino COPPETTI-BURLA   
MONTEVIDEO - URUGUAY  (1896-1978) 

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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 17:00

De 1970 à 1975, Maxime Nemo (1888-1975) a entretenu une correspondance régulière avec un érudit rousseauiste comme lui et avait même envisagé un voyage à Montevideo en Uruguay pour découvrir les trésors du bibliophile Ottorino COPPETTI - BURLA aussi discret que passionné et apporter une conclusion logique à cette amitié épistolaire...Hélas, tous deux sont décédés à quelques années d'intervalle sans avoir pu réaliser leurs rêves respectifs : ramener les cendres de JJ Rousseau du Panthéon à Ermenonville pour l'un, et léguer son trésor pour le faire connaître et apprécier des chercheurs, pour l'autre...

Mon enquête pour localiser cette bibliothèque de manuscrits et éditions rares n'a pas abouti, et même la Bibliothèque Nationale de Montevideo et la Société JJ Rousseau de Genève (François JACOB ) ne sont  pas au courant...!

Une nouvelle rencontre cette année m'a mis sur la piste du Père Marcelo Coppetti, parent du bibliophile méconnu.

Je vous livre donc la traduction approximative du seul article détaillé sur ce fonds Rousseau d'Amérique Latine paru dans le Supplément du Dimanche du grand quotidien argentin "La Nacion" en 1966.

NB: Je publierai plus tard la passionnante Correspondance NEMO-COPPETTI-BURLA

La Bibliothèque JJ Rousseau  de Coppetti-Burla
La Nacion - Buenos Aires - Supplément du Dimanche 3 juillet 1966
Accompagnés par l'illustre historien et essayiste Ariosto D Gonzàlez, Président de lAcadémie Nationale des Lettres et de l'Institut Historique et Géographique d'Uruguay, nous avons découvert une bibliothèque particulière aux caractéristiques exceptionnelles qui après de nombreuses années d'efforts  et d'obstination a été  constituée par Monsieur Ottorino Coppetti-Burla.
En remerciement de l'agréable surprise qui a été offerte aux visiteurs pour un moment furtif avec tant de livres tant de valeur qu'admirables dans leur ensemble, nous considérons opportun de mettre en avant certaines informations à leur propos, par cet article,  pour l'intérêt qu'ils peuvent revêtir pour les bibliophiles, les chercheurs et les lecteurs  en général.
La bibliothèque de Coppetti-Burla compte près de 13 000 volumes et des centaines de revues,livrets, dessins et feuillets qui pour leur majeure partie sont dans la même thématique que les livres. Mais si elle réunit de nouvelles éditions françaises et italiennes de genres différents et révèle les préférences de son possesseur pour la linguistique d'origine latine (il domine divers dialectes français et plus de vingt cinq italiens), la paléontologie et l'archéologie, son importance réside dans l'ensemble constitué de 2000 éditions des oeuvres de Jean Jacques Rousseau et études réalisées sur le dit philosophe.  Les experts en la matière affirment  que Rousseau est l'auteur le plus commenté de tous les temps, suivi immédiatement par Goethe et Shakespeare. Dans la collection de Coppetti-Burla figurent diverses éditions originales et d'autres considérées comme rares ainsi que qu'un grand nombre d'oeuvres imprimées du XVIIIè e XIXè siècles.Parmi celles-ci, il convient de citer les éditions suivantes de ses oeuvres complètes: Amsterdam, Jean Néaulme,1761, 6 volumes; M.M.Rey,1773,11 Vols; M.M.Rey,1774,4 Vols; Du Peyrou-Moultou, Genève, 1782, 12 Vols, où se publiaient au début "les Confessions";Sautelet, Paris, 1826, tome unique de 1708 pages à deux colonnes. Nous avons noté également les premières éditions de "la Lettre à D'Alembert sur les spectacles" (Amsterdam, M.M.Rey,1758), "Emile ou de l'Education"(Néaulme 1762), 4 tomes  avec dessins.; une autre édition par le même éditeur, 4 tomes en 1770; celle éditée à Paris par Maisonneuve en 1791, également en 4 tomes, "le Contrat Social" (M.M. Rey 1763), "Lettres écrites de la montagne " (M.M.Rey,1764); "Dictionnaire de Musique" 2è édition, avec 19 planches (M.M. Rey 1769); Ldes premières éditions de "la Nouvelle Héloïse"  et "du Discours sur l'inégalité parmi les hommes"; "Botanique pour les enfants, ou histoire naturelle du règne végétal" (Paris,Baudoin,1800); "Confessions" (Paris, Launette,1889), préfacé de Jules Clarétie, illustrée de 96 dessins de Maurice Leloir.
Il est connu que Rousseau avait le souci de la présentation graphique et typographique de ses livres; ses lettres à Marc Michel Rey, son éditeur et parent d'Amsterdam , accréditent  le soin jusque dans les moindres détails ce propagandiste de la pensée profonde et de la prose élogieuse.
Le génie polymorphe de Rousseau  se manifeste,comme le signale dans ses derniers articles Ariosto D.Gonzalez, en deux directions parallèles: "Le Discours sur légalité" et "le Contrat Social" comme études de caractère socio-politique. , "Julie ou la Nouvelle Héloïse"  et "Emile" comme études de l'éducation pédagogique. En plus de son "Dictionnaire de la musique", il a écrit et monté plusieurs opéras, en se dédiant  à la fin de sa vie à l'étude de la chimie et de la botanique, dont il parlera avec sa sincérité affichée dans les "Confessions", son journal autobiographique qui n'a pas réussi à être publié. Coppetti-Burla prépare en ce moment un travail de recherche en rapport avec la découverte d'un livret intitulé "Le nouveau dédale" où le philosophe genevois se révèle comme un précurseur des études sur l'aviation.
La Société Jean Jacques Rousseau fondée à Genève en 1905 constitue le premier centre officiel rousseauiste du monde . Dans la liste de ses premiers membres, figurent Léon Tolstoï, Gabriel Compayré, Marcelin Berthelot, Gustave Lanson, Comte de Girardin, Edouard Claparède, Georges Brandès, Benedetto Croce, Jean Jaurès, Rafael Altamira et d'autres éminentes personnalités des sciences et des lettres. La liste actuelle des membres de l'Académie est considérable. L'Amérique du Sud est représentée par le Dr. José Carlos Macedo Soarès et Coppetti-Burla.
Sans tomber dans la dythirambe , on peut affirmer que la bibliothèque rousseauiste de ce dernier n'a jamais jusqu'à ce jour été dépassée par aucune collection officielle ni particulière dans l'Amérique centrale et du Sud. Ayant exercé la charge de Consul à Genève de 1924 à 1942, il a  eu la possibilité d'être en contact avec les centres culturels européens et d'enrichir sa collection. Parmi les oeuvres qui ont éveillé l'intérêt des bibliophiles ,il convient de signaler la première traduction espagnole manuscrite du "Contrat Social", acquise en Espagne après l'avoir cherchée de nombreuses années. Il s'agissait d'une traduction effectuée en 1793, coïncidant précisément selon le témoignage du traducteur anonyme,avec la chute de la monarchie française. La seconde traduction espagnole a été publiée à Londres en 1799. On connaît seulement cette dernière  mais les chercheurs et spécialistes de l'aire littéraire espagnole, surtout Don Marcelino Menendez y Pelayo se sont attaché à localiser la première sans succès, bien que l'on était certain de son existence.  Le docteur Ricardo Levene, dans le prologue de la réimpression du "Contrat Social" publié en 1810 par Mariano Moreno réalisée en 1958 par les Editions Perrot de Buenos Aires, développe d'intéressantes considérations  sur les efforts entrepris pour trouver le manuscrit de la première traduction, celui qui plus tard parviendra à Coppetti-Burla.
De la deuxième traduction espagnole  on ne connaît l'existence que d'un exemplaire: il est conservé par l'historien nord américain  J.Rea Spell, résident au Texas. Coppetti-Burla possède également la première traduction italienne du "Contrat Social", publiée en 1797 à Genève, dont on ne connaît pas d'autres exemplaires dans les bibliothèques européennes.
Il n'est pas étonnant  en conséquence que celui qui a réuni un ensemble d'oeuvres d'une pareille valeur a donné naissance à ce qui se nomme  " Bibliographie de J.J. Rousseau en Amérique" et propose des contenus et annotations de grand intérêt pour une étude sur l'influence des idées du philosophe  dans les mouvements révolutionnaires dans les colonies hispanoaméricaines, en plus de la préparation d'un Histoire des italiens en Uruguay"   et "Apport au vocabulaire des voix de Rio de la Plata" , pour celui qui a enregistré plus de 5000 références d'applications communes  dans le delta du Rio de la Plata. Le bibliophile de Rousseau,certainement un Rousseaulâtre de noble ascendance intellectuelle - est aussi, un être studieux à la vocation multiple et solide parmi ceux qui se taisent,sans doute trouve-t-il une stimulation dqans les visites comme celle que nous venons de raconter et qui donne envie de revenir, en unissant l'action à la parole, le "anch'io" moi aussi du Coreggio devant la Sainte Cécile de Raphaël. Et son oeuvre faite d'érudition et de méditation, viendra intégrer la grande bibliographie américaine du niveau le plus pur.
A.D.P.
La Nacion  dimanche 3 juillet 1966.

 

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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 18:47

Nouvelles publications des écrivains français en 1941

NIEUW WERK VAN FRANSE SCHRIJVERS

Nouvelles publications des écrivains français
Publications de Valéry, Gide, Giono, Chevalier, Nemo, et autres annoncées ou déjà apparues

(de notre correspondant à Paris)

La race des écrivains Français est une race laborieuse. Voici quelques communications concernant leur production récente.                   Alain.déjà collaborateur de la Nouvelle Revue Française prépare l’édition d’un ouvrage philosophique comme suite à son "Eléments de Philosophie" paru récemment.

Abel Hermant. qui est très occupé avec le journalisme, va publier un  "Renan", et Henry Bidou annonce une "Histoire de la guerre 1939—1940".

De Jean Giono. qui est beaucoup lu et mis à l’affiche à Paris, sont parus en Algérie "Rondeur des jours" et un tract politique "Adhésion raisonnée à l'ordre nouveau". Le mois d’octobre apparaîtront "La magie a-t-elle raison ?" de René Trintzius et "Au pays de la Magie" de Henri Michaux,

 Maxime Nemo a écrit "Navire Immensité", il a fini son livre sur les évènements tragiques de « Mai 1940 » et travaille actuellement à une oeuvre dramatique intitulée, "Génération".( Ndlr: Inédit )Maxime Nemo

Paul Valéry. De qui "Mélange en Tel Quel" est paru récemment, travaille sur une traduction d’une pièce de Goethe en préparation de l’édition de son oeuvre théâtrale complète dans la Collection La Pleiade. Le Baron Fouquier, l’homme qui a diné avec tous les rois de l’Europe va écrire ses mémoires, ainsi que André Bellesort. Un roman de René Thomasset "Pour la gloire" est en préparation. De Cannes, où Marcel Achard vient de finir une nouvelle pièce,    André Gide a envoyé un manuscrit à son éditeur à Paris.

De Francis Carco on attend bientôt -"Nostalgie de Paris". Francis Carco

Marcel Brion, marié récemment, a repris ses études historiques. De lui aussi apparaîtra bientôt un nouveau livre. Saint Exupery est rentré dans son pays natal avec sous son bras la "Vie de Guillaumet".

 Les frères Senciaume corrigent les épreuves de "Retour de Dunkerque", à paraître bientôt. En octobre paraîtra "La Fille de Pimprenelle" de Lucien Francois ! Le petit livre de Ravmond Guérin "Quand vient la fin"' est bien reçu.
Au moment même que son roman  célèbre Clochemerle aura sa 402 me édition, Gabriel Chevallier
publie "Ma petite amie Pomme". Henri Bordeaux a fait apparaître "Images du maréchal Pétain". Jacques de' Lacretelle' est de retour à Paris et prépare le roman "entre deux guerres
". De Robert Bourget-Pailleron apparaîtra "Chant du Départ".

En attendant son visa pour l’Afrique, Odette du Puigaudeau passe son temps à Paris. Elle espère finir  à temps "Qualata, port Saharien" pour que le livre puisse paraître à l’automne prochain.  Dans la collection des Publicistes Chrétiens sera inclus Père Janvier de Joseph Ageorges et En Bazin de Charles Baussan. Chez Albin Michel paraîtra un nouveau roman de Alain Laubreaux "J'étais un autre". Louis FerdinandCéline prépare un roman qui se passe dans les quartiers pauvres de Londres et Maurice Daumas pour finir, travaille à une "Vie d'Arago".

  Mot Néerlandais pour patronne ou maîtresse

Het Vaderland – journal politique et littéraire
Daté du 02-09-1941

Traduit gracieusement du néerlandais par Else Willemsen.

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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 23:02

Pienza - Toscane

LE SOL

Ma connaissance du monde est loin d’égaler celle de certains de mes amis, l’un d’eux académicien voyageur , me disait, peu de jours avant mon départ : « Je suis souvent vous le savez de l’autre côté de la planète, ou à l’une de ses extrémités ! «  Mes incursions terrestres ont été plus modestes, les ayant limitées à une partie de l’Europe et à l’Afrique du Nord. .J’ignore donc l’Asie, l’Océanie – hélas l’Amérique et la plus grande partie de l’Afrique, ce qui est beaucoup. Je ne donne donc à mon appréciation qu’une valeur relative ; et, cependant je déclare que la France est le plus beau pays que j’ai jamais vu. Il est vrai qu’il n’est guère de coin de France que je ne sache par cœur. Mon ami Cioran a l’habitude de me dire : « Vous êtes profondément Français. » Ce à quoi je réponds in petto « Peut-être ! et sans doute ! une certaine agressivité narquoise en moins ! Peut-être suis-je plus Français que Gaulois, si l’agressivité à laquelle je fais allusion est la marque de cet état d’esprit . Sortant de « chez moi »je renifle les différences comme un chien de chasse l’odeur du gibier. Il me semble qu’on pourrait me transporter « ailleurs » , je serais capable sinon d’identifier instantanément le paysage, mais au moins de sentir que je ne suis plus en France . Peut-être ai-je ce pays « dans la peau » comme certains hommes certaines femmes. Il me semble cependant que l’impression  de « changement » éprouvée passant de l’autre côté de la frontière , ce jour de juillet (torride) 1951, n’est pas due à une volonté préalable : on change bien de terre ! pour aller  de celle où l’exubérance végétale est à peu près constante à l’autre, où elle se raréfie, presque subitement. On dirait que l’eau tout à coup a disparu.

Avançant en Italie et constatant le phénomène, ma pensée ne comparait pas le sol découvert et son « régime d’eau » à notre Limousin ou au Plateau Central ; je me contentais d’évoquer le Sud Est et en particulier la Provence.

Même au cours des périodes d’intense sécheresse, non seulement le cours du Rhône demeure plus ou moins abondant , mais d’infimes rivières de cette terre comme l’Arc, dans les environs d’Aix, l’Argent non loin de Toulon, conservent suffisamment d’eau pour permettre aux poissons de vivre. ; au besoin dans des vasques profondes , qu’un minime courant alimente  constamment. Et comme toujours , une végétation accrue, sa fraîcheur reposante, signalent la présence d’eaux vives qui s’écoulent. Même dans la partie qui depuis Marseille, longe la mer, si cette eau vive est moins apparente, on la sent cependant active dans le sous-sol , et toute la vie terrestre éclate en verdure, quelque fois abondante – vers Cagnes par exemple- jusqu’à l’extrême pointe du pays, c'est-à-dire jusqu’à Menton.

Arrivé là, on dirait qu’un démiurge malicieux a refusé à cette humidité le droit de franchir la frntière ; d’un seul coup cette humidité devient rare et l’aspect des choses revêt un caractère dénotant l’absence d’eau. Il faut parcourir des kilomètres avant de trouver un coin d’ombre, minime où abriter sa soif de fraîcheur et son besoin de détente. On dirait que, soudain le soleil prend toute la place dans le paysage, ne laissant qu’à quelques pins  et à de rares roseaux, la possibilité  de fournir un coin d’ombre au dormeur ! Aussi aurait-on pu croire que notre passage de la frontière sous un soleil de plomb n’était pas la coïncidence d’un jour, mais d’une volonté symbolique nous préparant à l’intensité  que nous devions affronter…

On sent pourtant que cette terre est voulue productive, mais ne peut l’être que par la volonté d’une race laborieuse, acharnée au travail et tirant du sol le maximum de ce qu’il peut donner.

Le signe de l’activité humaine est manifeste ;on sent que l’homme veut vivre sur cette terre ; mais on comprend également que l’effort exigé par les divers modes de culture est plus intense qu’ailleurs, et que la récompense est loin d’être aussi aisément obtenue ici qu’à quelques kilomètres en arrière, au-delà de la frontière qui vient d’être franchie.

La mer borde la route  sur notre droite , nous la regardons mais jetons également les yeux de l’autre côté, où nous apercevons des terres jaunes et, de temps à autre, quelques replis où des oliviers procurent l’idée d’une ombre à peine fraîche !

Certes la mer a répondu à ce que nous attendions d’elle. C’est la belle intensité bleue qui n’accepte de changer de teinte que lors de l’apparition d’un fond plus pâle qui la décolore passagèrement . C’est la mer intime à la nature des deux peuples. ; la mer « littéraire » dirais-je volontiers ! pensant à tous les récits, tous les mythes auxquels son prestige a donné naissance. Je la connais, je la retrouve sans surprise. Au contraire, près d’elle, la terre qu’elle baigne semble rébarbative. J’avais imaginé, je ne sais quel rivage en fleur : je découvre la première image d’une austérité ensoleillée qui me parait être, avant tout celle de l’Italie. , des êtres et des choses de ce sol. Il n’est rien autour de nous , de facile, d’aisément chanteur ; tout paraît  procéder d’un aspect presque sévère auquel se joindra une impression constante de rigoureuse propreté.

C’est pendant le parcours des 150 kilomètres qui séparent la frontière de Gênes, que nous subissons cette impression de végétation au ralenti. Au contraire, à la sortie , presque de la grande ville ligurienne, tout change à ma grande surprise. Des amis m’avaient indiqué qu’après Gênes, le littoral deviendrait plus triste , « la côte grise des Apennins tombant jusqu’à la mer ». Voici qu’au contraire, la terre paraît vouloir vêtir  la nudité qui apparaissait avant, et la draper dans un revêtement d’oliviers magnifiques dont le moutonnement commence au ras de la route et s’élèvent jusqu’aux cimes des collines qui défilent.

Jamais encore, comme en ce coin d’Italie, l’olivier ne m’avait révélé sa possible splendeur. Certes lors d’un voyage vers le Sud tunisien du côté de Sfax, une forêt de 80 kilomètres m’avait montré la beauté de cet arbre , mais cette forêt s’étendait sur une plaine  où quelques lignes de troncs  étaient visibles ; ici, les oliviers s’étagent  sous le regard et lui procurent  ce souple remuement qui plaque des notes diverses d’ombre et de clarté grises sur le flanc des collines.

C’est ainsi qu’après Gênes, la terre sans nous présenter jamais l’image  de cette abondance que nous trouvons en France, cette terre nous enchante par ses aspects ; aussi est-ce sans hâte que nous roulons jusqu’à Rapallo avec l’intention de prolonger notre lente promenade jusqu’à la pointe de Porto-Fino. Arrivés là, une indication bienveillante nous révèle l’existence du site et du monastère de San Fruttuoso. Nous ne manquons pas de profiter du renseignement donné par un peintre italien  rencontré sur le port et, après une demi heure de « navigation » nous abordons à ce site. Si exactement prenant ! On dirait que l’agitation de notre pauvre monde expire ici dans le calme grandiose de cette crique où tout paraît  assemblé pour jouir  d’une existence harmonieuse. C’est de ce coin, qu’envoyant une carte à Cioran, je mentionne seulement : «  Il paradiso o di monde ! »

Notre visite à ce coin « paradisiaque » a été si longue que nous n’arrivons à Rapallo qu’à la nuit .Nous jouissons, malgré l’heure du spectacle d’une ville d’été italienne : du monde mais pas de cohue ; nous sommes loin de l’insupportable densité de Cannes ou de Nice. Je remarque l’air des femmes : moins stars que sur nos plages. D’ailleurs un parfum de choses surannées flotte subtilement ici ; quelque chose qui rappellerait 1912…Le ton des entretiens est moins élevé qu’en Espagne, tout est moins excentrique et l’on sent que le ton  « St Germain des Prés » est à à naître encore. C’est l’élément « surprise » de la soirée, car la côte nous a rappelé la France.

En effet, le sol rappelle les plus beaux endroits du littoral français, en particulier celui qui longe le massif des Maures, entre le Lavandou et Saint Tropez. Ce sont les mêmes chutes de pins, depuis la cime des collines jusqu’à l’éboulis des rocs où ils baignent, presque leurs racines  dans l’eau de mer. Et ce sont ces mêmes crique où toujours se découvre un pêcheur ou un dormeur ; à moins que d’un rocher ne monte vers le ciel libre, l’élancement du corps d’une jeune baigneuse, s’apprêtant à plonger.

Je suis enchanté par cette rive ligurienne ; cependant elle ne me révèle rien, car, avec elle, je retourne à des habitudes antérieures de pensées, de vision ; aussi c’est avec une sorte d’enchantement que je songe : « demain nous aborderons la Toscane ». C’est, avant tout, vers cette terre que je vais.

      J’ignore où mon regard a frôlé la première motte de terre toscane, mais à un moment, je sens que j’ai atteint ce sol. Alors à ce moment j’ai arrêté la voiture afin d’établir un contact plus conscient avec le paysage qui, jusqu’alors n’avait cessé de défiler . J’ai promené mon regard sur ce sol enfin fixe, considérant cette terre qui, au même titre que celle de la Grèce est une terre classique. C’est la Toscane me suis-je murmuré, et je me souviens d’une constatation  que je fis et qui s’imposa à ma pensée : « Nature pour peintres ! » me suis-je dit.

Ce n’était pas la première fois que cette conclusion intervenait en moi : au contraire, souvent en présence d’un paysage méditerranéen, la même pensée avait jailli de mes constatation. Ici, pensant à ce que j’allais revoir, depuis Giotto jusqu’au Titien, donc depuis Florence jusqu’à Venise, je cherchais si un lien pouvait unir l’esprit à la terre , et expliquer par celle-ci la création de l’autre. Et je parvenais, mais avec une intensité que je n’avais peut-être pas encore obtenue, à des conclusions qui me semblaient devoir être définitives, au moins pour moi.

Les éléments architecturaux de cette Nature sont à ce point évidents que l’artiste n’a rien à lui enlever pour composer sa toile ; la Nature lui donne son tableau déjà composé ! et je dirai qu’elle atteint presque par elle-même à la sécheresse de l’œuvre  peinte. Elle propose aux regards quelques valeurs indispensables, constituées par une minime et infinie progression des tons, cette progression qui engendre la nuance bien plus que la couleur. Tout rôde autour d’un gris central qu’il s’agit de compléter, ou de dégrader subtilement pour arriver au ton de l’ensemble, à ce que j’appellerai le ton de l’unité. Et on aurait dit que le paysage se trouvait découpé  par l’encadrement noir des cyprès, surgis comme à dessein pour constituer une limite à ce qui, de soi même deviendrait panoramique.

Cette terre fait corps avec des expressions qu’elle a enfantées. Songeant à elle, l’aimant des profondeurs de mon esprit ; songeant à Giotto que j’allais revoir « en grand » et les rapprochant l’un de l’autre, je songeais : « Ils sont classiquement primitifs » Sans connaître la Grèce, ni le pourtour méditerranéen, je les identifiai à cette terre, à ce sol et à ses aspects et je disais que le classicisme ne pouvait naître ailleurs qu’ici où l’Homme peut-être sûr de soi et de sa mission sur la terre. L’Homme et je songeais à cet instant, au destin de l’Espèce, prend ici, et avec une sorte d’aisance admirable, le sens de sa signification possible. Cerveau sinon du monde, au moins de la planète, il se dégage ici de toute servitude naturelle, en donnant, à l’intensité cérébrale une prééminence qui, ailleurs, est attribuée à la sensation-pure.

La propriété cérébrale, que nous considérons comme celle de l’espèce humaine, trouve en cette partie de l’Europe, son expression la plus rigoureuse. En effet, soit que nous mêlions nos souris esthétiques aux aspects dont cette Nature méditerranéenne est revêtue ; soit que l’amalgame se trouve imposé à l’esprit par la constitution du paysage, nous découvrons un ensemble directement « architecturé », si bien que sa transposition dans l’ordre d’un tableau est pour ainsi dire  immédiate et presque, sans autre changement qu’une réduction de l’étendue de l’espace. C’est assez noter à quel point cette Nature italienne, que je considère encore une fois ( et plus précisément cette Nature toscane) comme essentiellement typique, est « composée ». Elle ne doit à mon sens, l’émotion qu’elle enfante, qu’aux immédiats réflexes de l’intelligence, car ce qu’elle enfante procure à l’esprit une méditation , plus proche de la déduction logique que du trouble où commence l’émoi romantique. Pour produire ce dernier effet, et c’est pourquoi j’estime, la donnée romantique inassimilable à l’esprit latin ; il manque à cette Nature , les valeurs de la spontanéité, car l’exubérance vitale, nécessaire aux valeurs dont je parle , lui fait essentiellement défaut. Je regardais, j’analysais et à mon tour je déduisais. Je pensais que cette Nature avait procédé elle-même à l’élimination des causes de « sensibilité », excluant ainsi ce composite qui jaillit d’une profusion d’effets, d’une abondance de richesses naturelles, dont il semble que ce sol se soit volontairement amputé, parvenant, par ce moyen à sa propre progression esthétique.

Ainsi, pourrait-on, en employant une formule que peut-être, Paul Valéry eut admise, dire de cette Nature toscane, qu’elle semble « exactement calculée », ce qui lui permet, précisément, d’exclure de ses aspects, cet élément de trouble, que l’homme éprouve ou qu’il peut ressentir lorsqu’il sent sa mesure individuelle ou collective dépassée par les effets et, peut-être, les intentions d’une production infinie ou tendant à ce résultat.

Il parait possible de soutenir qu’en ces lieux, l’homme, lorsqu’il passe de la ville, ou plus exactement de la Cité à la campagne ou à la Nature, il semble quel ’homme « se continue ». Si la Cité, et comme c’est le cas en Italie a pour évident défaut, ce qui est sa qualité suprême, c'est-à-dire, « l’ordonnance urbaniste », si par conséquent les éléments d’une vie artificielle ici atténué et même considérablement. Car, et ainsi que je l’ai déjà mentionné, tout dans ce paysage toscan, parait soumis à l’idée de « mesure », et tout en lui, semble résider dans un ordre qui est déjà, une fuite devant le soupçon de désordre.

En face de l’afflux créateur, qui se rencontre à travers les aspects de la Nature plus septentrionale, l’homme peut perdre le sentiment, et, par  là même : le bénéfice de son principe ; par conséquent, celui de sa primauté  sur les Choses. Il semble qu’en Italie, au contraire, tout le reconduit à ce qui le constitue, et tout paraît procurer à son esprit – ce qui éclate aussi bien dans Giotto que dans les extases de Saint François !- l’indispensable sérénité sans laquelle l’humanisme devient instantanément  relatif !Et bien entendu, où cet humanisme est tel, aussi bien chez le Saint que dans l’Artiste, il est aisé de conclure que le romantisme reste sans conclusion définitive, c'est-à-dire qu’il ne peut-être l’élément décisif qu’il peut devenir ailleurs.

 

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 17:34

Italie terre de l’Homme

Essai inédit– (1951)

par Maxime NEMO (1888 – 1975 )

 

Préambule

L’émotion préalable est quelque chose d’à peu près parfait ! On jouit, avec elle, d’une suavité qui est celle de l’amour simplement espéré : suavité faite d’appréhension – celle du bonheur – autant que de la certitude des satisfactions espérées. Avec cette faculté, tout le complexe du plaisir mental entre en jeu; bien avant que d’entrer en action ! préludant ainsi à ce qui, peut-être ne sera jamais…Sait-on jamais ! et surtout dans le cas qui me préoccupe à cette heure.

Est-ce un destin « particulier » que de jouir ainsi, à l’avance d’un plaisir, d’une félicité qu’on se propose ? d’en jouir  avant qu’il soit ; lui qui risque de n’être jamais. La déception peut, évidemment survenir ; et je sais à quel degré elle se fait atroce ! mais la satisfaction, de cette façon amorcée comporte un tel pouvoir d’enchantement que, même si j’avais la liberté de choisir son état, j’opterais, à coup sûr, pour celui qu’un pouvoir bienveillant m’a donné. Qui d’ailleurs, ne rêve pas l’existence à laquelle il pense ou bien qu’il désire ?

Est-il vrai qu’avec l’âge, l’afflux d’un tel plaisir – d’imaginer ou de rêver ce qui va être – deviendrait ou moins aisé ou moins considérable ? Un puissant imaginatif semble le supposer. A la fin de cette exquise Vè Rêverie qui a l’importance d’un apport musical, JJ Rousseau note : «  Le malheur est qu’à mesure que l’imagination s’attiédit, cela (la puissance de rêver !) vient avec plus de peine et ne dure pas si longtemps. »

N’y a-t-il pas de la part de cet homme, en ceci comme en tant de choses un commencement d’ingratitude ? Je vais tâcher d’individualiser le fait.

Lorsque la jeunesse se trouve (parlons discrètement autant que poliment : quelque peu écartée ( on ne la quitte pas ; c’est elle qui s’en va !) est-il exact qu’on vive ( je devrais dire que je vive) moins absolument avec le Passé, moins encore avec l’Avenir, pour emprisonner lourdement – faute donc d’imagination ! dans le prestige du Présent. Ce qui est, positivement, n’a évidemment pas besoin de faire appel à la puissance des suggestions imaginatives. Donc la faculté de rêver s’atténuerait-elle avec l’âge ? Ainsi l’esprit n’envisagerait plus avec autant d’assiduité, les perspectives du Rêve ; et l’automatisme de la fonction réelle prendrait, dans l’homme que l’âge atteint , la place autrefois occupée par la fantasmagorie de l’irréel ? Une sorte de durcissement de l’artère rêveuse interviendrait au moment où les autres font apparaître des traces de vieillissement sur le visage ou le corps de l’homme ?

S’il en est ainsi, et si ce signe en est un, cette vieillesse mentale est encore éloigné, de mes facultés : je réalise, avec une intensité admirable, l’idée de ce séjour en Italie. Une exaltation presque de tous les instants (puisque parfois je ne puis dormir !) dirige ma vie vers ce pays que je dois revoir dans quelques jours, à présent. Désirant jouir de l’homme, en Italie ; par conséquent de ‘l’Italien, je me hâte d’apprendre quelques locutions avec l’espoir qu’elles aideront à favoriser des contacts familiers.

Je disais je vais revoir ; en réalité, c’est « voir » qu’il conviendrait d’écrire, tant les souvenirs d’un premier séjour en ce pays, se trouvent, aujourd’hui effacés. Je fis une apparition à Florence alors que j’étais étudiant. Il ne reste plus qu’une frange d’impressions si vagues que je me demande par instants, si je les dois à la réalité  ou aux lectures faites depuis. En dépit de cheveux devenus blancs, je vais jouir d’une sorte de possession virginale.

Aussi, je me tends avec toute la candeur d’un espoir vivace vers cette fécondité d’impressions à être et les imagine puissamment ; au moins selon mes possibilités personnelles.

Je vais retrouver un langage qu’on pourrait prétendre aboli, puisqu’il n’est plus inscrit que dans celui des pierres ; ou du marbre ; des choses peintes ou ornées ; dans ce langage de l’art qui constitue, pour l’homme, une relative éternité, puisqu’ après tant de générations éteintes, il subsiste ! Et je pense que je vais retrouver cet autre langage qu’est la coutume conservée, elle, par cet automatisme vital auquel l’homme obéit, sans savoir qu’il se soumet à une durée qui dépasse la sienne, et lui confère une sorte de consécration.

Là-bas, une fois la frontière franchie, je rencontrerai des êtres qui ne savent pas, entièrement, qu’ils sont ce qu’ils sont ! Il est probable qu’au moment où devant eux, s’opérera au moins dans mon esprit, la liaison entre leur forme vivante et le Passé dont ils sont l’image, je saurai, plus qu’eux à quel point ils demeurent identiques à la grandeur éteinte. Beaucoup n’ont pas rêvé cette fusion. Comme la plupart des états naturels, ces êtres se contentent d’être – dans la simplicité grandiose et momentanée de ce terme ; mais moi, j’interrogerai leur totalité, et ceci m’émeut à l’avance.

Je vais atteindre, par ces hommes, à une identité à peu près immémoriale, voyant des êtres en qui elle s’incarne ; de même qu’elle revit dans nos paysans de Gascogne et de Touraine. Mais l’homme Italien est la racine de ces deux hommes. Le considérant, je retrouverai, par instants, soit le prince vénitien, soit le potier étrusque – une humanité où le regard se perd !

De Paris où je me trouve encore pour quelques jours, je me hausse déjà à cette émotion fraternelle, susceptible de faire revivre le meilleur de l’Homme en moi et que sans qu’ils le sachent ou le soupçonnent , je vais apporter à ces êtres et à ces choses. Je ne serai, pour eux, qu’un touriste qui demeure plus ou moins indifférent, c'est-à-dire un être avec qui l’échange reste limité au pouvoir matériel ; moi, je sais qu’autre chose sera !

Il suffit que je jette un coup d’œil sur la carte étalée devant moi ; des noms luisent comme autant de lumières ; ce ne sont que des points de la terre, mais tellement plus significatifs que Melbourne ou que Chicago.

 

 

Passage de la frontière                                                   19 juillet 1951

 

On ne peut pas dire que cela se fait sans qu’on y pense ! bien que l’esprit, la sensibilité soient en ce jour de juillet 1951, endoloris non pas par l’émotion que pourrait provoquer la cérémonie, mais simplement, par la chaleur torride qui pèse sur tout. Je dis sur « tout » et non sur « tous », car on se sent réduit à l’état de chose par une telle intensité. On fait corps avec ce qui environne et qui souffre avec vous : la route, le roc abrupt : en bas : la mer – trois causes de chaleur ou d’augmentation de celle-ci. On perd son temps, son énergie à , simplement s’efforcer de respirer, sous la tôle de la voiture qui doit resplendir au soleil.

Je ne pense, pourtant pas que l’écoulement des quarts d’heure soit différent de ce qu’il était hier, lorsque je roulais allègrement sur les chemins de l’Estérel afin de parvenir au degré de cuisson où je me trouve , tel un pain trop cuit dans le four d’un boulanger ; ce que je sais ou sens, c’est que le temps semble interminable. Depuis combien de minutes ou d’heures sommes nous sur cette corniche, encore française ?... Un signe fait osciller la stagnation des voitures qui, comme la nôtre, attendent de franchir la frontière : ce signe nous fait avancer d’environ 30 centimètres ; c’est peu pour avoir de l’air. !

On reste fixé à l’asphalte qui mollit – on le sent ! sous l’implacable regard de l’énorme faille rocheuse surplombant la route. Pas le plus minime repli où abriter son besoin de torpeur.

Lorsque le regard tombe sur la mer que la route domine, il découvre une surface blanche qui, non seulement refuse d’écumer, ce qui donnerait à la pensée l’idée de l’eau et, peut-être de la fraîcheur mais la mer, elle-même, refuse d’étinceler. Il n’est que le nickel des voitures pour conserver cette énergie. !

Dans le blanc de la lumière intense, au-delà de la brûlure  que procure la vitre , une gesticulation, quelque peu désordonnée, signale à l’attention deux uniformes bleus qui ont le pouvoir de se remuer. On ne voit pas très bien à quoi tant d’agitation correspond ; on finit par comprendre qu’elle « émane »(le mot n’est pas trop fort !) de deux gendarmes français qui doivent être là pour quelque chose. En effet, je comprends qu’ils servent à immobiliser la longue file des voitures. S’allonge-t-elle jusqu’à Menton ?  

Le ralenti de la Simca refuse de fonctionner sous cette chaleur. Ayant pitié de lui, j’arrête le moteur ; et juste à cet instant la file de tête oscille ; mon moteur cale énergiquement ; une suite d’appels en arrière prouvent que je suis le délinquant. Emotion, mon frein à main lâché et je recule sur la pente raide où je suis au point d’affoler le klaxon de l’immédiate voiture vers laquelle je me dirige à reculons. Seule sans doute la chaleur empêche l’invective ; à moins que sur la Côte, l’éducation des gens soit plus raffinée qu’ailleurs. J’arrête la course en arrière et avance d’un mètre cinquante, juste ce qu’il faut pour apercevoir des silhouettes vêtues de kaki parfaitement immobiles au milieu de la route. Ce sont les premiers carabiniers italiens. Je me trouve arrêté à la hauteur d’un gendarme français. Je réfléchis ayant encore cette ancienne faculté qu’entre ces deux couleurs : bleu-kaki se trouve la frontière idéale. Cela représente à peu près deux cents mètres. Tout change ; ce qui est France devient, entre temps Italie. Tant de temps pour si peu d’espace !

Le rêve vous donnant souvent l’imagination du contraire, je pense à des arbres touffus, ou à des tentes protectrices – ne serait-ce qu’à d’infimes parasols. Et je suggère à on gendarme encore en bleu, une plantation de verdure en un pareil endroit. J’indique ne voulant pas lui paraître égoïste, que ce n’est pas à moi ni aux autres automobilistes que je pense , mais à lui, obligé de stationner pendant des heures à la même place. Il me répond avec un bon sourire : «  Des arbres, monsieur ! Ils existaient ; seulement on les a rasés. »

Quel est l’insipide qui ordonna telle mesure. Renfrogné, je pense qu’il est des châtiments qui se perdent !

Afin de me distraire des impressions d’étouffement qui m’assaillent, je cherche comment traduire à l’aide des quelques douzaines de mots italiens appris en huit jours dans la méthode « Assimil », cette intensité de chaleur dans la langue dont il faudra que j’use à deux cent mètres de ma station-torture. Mais l’esprit est vide ; car après un examen que je veux approfondi, je ne parviens qu’à cette seule expression : "Che caldo ! " ce qui est évidemment plus sonore que rafraîchissant.

Enfin, et comme si tout à coup l’étincellement des nickels faisait redouter on ne sait quel incendie, j’avance, nous avançons ! Nous avançons si bien et tellement sous l’éblouissement du soleil qui aveugle que tout à coup et comme si je me mouvais encore trop lentement , je m’entends dire, en un excellent français : « Plus vite, avancez monsieur ! » par une silhouette à présent kakie : je suis en Italie. Un homme très jeune, courtois demande : « Devez-vous déclarer quelque chose à la douane ? »

 Oui, j’ai des livres…. Et mets déjà la main à mon portefeuille. Le carabinier fait un geste d’insouciance et dit encore : « Passez monsieur, vous pouvez rouler à présent ! » Ainsi j’ai stationné deux heures devant une ligne que je franchis en quelques secondes ! car après cette grève déclaration, je foule sur le sol de la République Italienne, éprouvant une première impression de fraîcheur due à la vitesse. Nos réservoirs sont pleins, les formalités accomplies : la route est libre, sinon jusqu’à Naples, au moins jusqu’à ce point de la côte où nous obliquerons vers Pise.

Nous pensions atteindre cette ville le jour de notre passage de la frontière ; mais d’abord Nice nous retint une matinée de plus que nous l’avions prévu ; si bien que nous ne passâmes en Italie qu’au moment du déjeuner. Nous ne serons pas à Pise ce soir !

Au premier village, une impression pénible me frappa : le témoignage laissé par la dernière guerre existait encore sur cette terre. Avec un véritable serrement de cœur, je retrouvai partout la trace des projectiles tirés depuis sept ans. Le temps même semblait aggraver la blessure faite aux habitations ou aux édifices publics par les obus et par les balles. Je savais trouer des traces de destructions dans le centre de l’Italie, mais je ne présumais pas qu’en cette partie du territoire, le combat avait été si terrible. Son témoignage s’étalait et je voyais défiler les blessures faites par la dernière conflagration mondiale.

Longtemps, des choses mutilées défilèrent devant nos regards attristés, faisant revivre à travers nous le souvenir de nos propres tristesses, si bien que nous passâmes à travers ces villes de la Côte italienne sans nous arrêter. Et cependant à diverses reprises, des vieilles rues où les maisons ardemment ocres semblaient entassées les unes à côté des autres, attiraient nos regards et notre ardente sympathie. Afin de ne pas revivre tant d’impressions refoulées, nous laissâmes en arrière cette partie du pays pour ne suspendre notre course qu’à quelques kilomètres d’Alassio.

Nous  nous étions arrêtés à un café sur le bord de la plage, sans savoir de façon précise où nous nous trouvions. Je laissai mes amis un moment, partant, moi-même – occupation bien humble à la recherche d’un bureau de tabac et afin d’acheter mes premières cigarettes italiennes. On m’indique mon chemin ; je passais sous un haut porche reste de toute évidence d’une ancienne fortification et avançai à travers une rue étroite, sombre et fraîche à la fois.

Ravi, j’observais le grouillement de la foule, l’étalage des marchands, le pittoresque des ruelles adjacentes, et finit par me trouver au milieu d’une ville curieuse, longue, étroite, située entre la route nationale et la mer. Dans cet espace de 150 mètres peut-être, une vibrante cité maritime existait avec des hautes maisons badigeonnées , ses couloirs sombres et le fer forgé des grilles  aux fenêtres. Je découvrais un monde, monde  qui me frôlait sans s’inquiéter de mon intervention ; et j’allais jusqu’au bout de ma découverte, heureux comme un Christophe Colomb, me demandant avec un commencement d’ivresse : « Où suis-je pour être ainsi perdu ? » J’étais déjà si loin de la France que je venais de quitter ; au sein d’un pittoresque que Saint Tropez n’a jamais eu à ce point, ou qu’il aurait perdu depuis longtemps.

«  Où suis-je et qu’est-ce que ce reste de cité maritime où tout est comme dans les vieilles estampes ». J’avais peur en interrogeant, de paraître ridicule ; et c’est pourquoi, revenant sur mes pas, jusqu’aux amis qui m’avaient perdu de vue, je ne sus le nom de Laigueglia qu’en consultant la carte.

 

 Entrainant «  ma suite », je lui fis partager mon enthousiasme, si bien qu’au lieu de poursuivre notre route nous restâmes, ce premier soir et cette première nuit d’Italie, en ce point dont j’ignorais le nom avant de franchir la frontière.

Dans ce que nous appelons « débit de vin » et dont le plafond en voûte m’avait séduit, j’allai boire mon premier verre de Chianti et liait conversation avec l’homme qui tenait ce débit. Mon vague Italien fut suffisant pour lui faire comprendre que nous cherchions un hôtel.

« Mon fils vous conduira, signor » me dit l’homme avec une gravité profonde. En effet, quelques minutes après un adolescent me conduisit à travers un dédale de petites rues, jusqu’à la maison où nous devions coucher. De splendides oliviers, des, des lauriers de toutes couleurs, des fleurs environnaient l’hôtel. De la fenêtre de notre chambre, j’admirais la souple cadence des collines, qui sans effort inclinaient jusqu’à la mer. C’était un paysage à la fois sec et puissant où des quantités d’agaves jetaient une note aigüe. Ce n’était plus la Côte française, c’était une même nature de sol, mais ainsi que les différences profondes existent entre les deux peuples ,quelque chose indiquait que nous n’étions plus « chez-nous ».. Mais surtout, ce qui augmenta la différence, ce fut la vieille ville vers laquelle nous nous sentions attirés. D’une extrémité à l’autre de son parcours, la distance est peu importante. Lorsque nous étions parvenus à la limite de son unique « grande rue », nous revenions sur nos pas et inlassablement, nous penchant aux étalages, observant la foule qui indifférente à notre curiosité, circulait ; nous commencions de nous imprégner de cette senteur italienne vers laquelle depuis des semaines, nous tendions nos facultés.

J’avais l’impression dans cette minime cité maritime, d’un exotisme atteint, sans effort et pourtant avec ravissement. « Une ville d’estampes », pensai-je ; et j’entrevoyais sans peine que de ses scènes, que tant de gravures pré-romantiques ont répandues : des pêcheurs avec leur bonnet de laine ; la mer lus violente  qu’elle ne se montrait, ce jour là ; des filets suspendus aux mâts et, non loin, une grave Italienne, sous sa coiffe carrée, vous regardait avec ses beaux yeux calmes de vierge antique.   (A suivre)

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2 novembre 2016 3 02 /11 /novembre /2016 22:12

NIEUW WERK VAN FRANSCHE SCHRIJVERS
Publicaties van Valéry, Gide, Giono,Chevalier, Nemo, en anderen aangekondigd of reeds verschenen

(Van enszen Parijchen correpondent)

Het ras der Fransche schrijvers Is een nijver ras. Ziehier eenige inededeelingen over hum jongste productie.
Alain. al medewerkende aan de Nouvelle Revue Française.is bezig met de voorbereiding der uitgave van een filosofisch geschrift, in aan» sluiting op -zijn pas verschenen "Elements de Philosophie".

Abel Hermant. die bet druk heeft met de journalistiek, zal een -Renan" publiceren, en Henry Bidou annonceert een "Histoire de la guerre 1939—1940".

Van Jean Giono. die veel gelezen en gespeeld wordt te Parijs, zijn in Algerije "Rondeur des jours" verschenen en een politiek pamflet "Adhésion raisonnée a l'ordre nouveau". In October verschijnen "La magie a-t-elle raison ?" door René Trintzius en "Au pays de la Magie" door Henri Michaux, Maxime Nemo schreef een "Navire Immensité", legde de laatste hand san een boek over de tragische gebeurtenissen in Mei 1940 en werkt thans san een dramatisch geschrift,"Génération" geheeten.

Paul Valéry. wiens "Mélange enTel Quel" onlangs het licht zag, is bezig aan de vertaling van een stuk van Goethe voor de volledige uitgave van diens tooneelwerk in de Collectie Pleiade. Baron Fouquier, de man die met alle vorsten van Europa heeft gedineerd, gaat zijn herinneringen te boek stellen, evenals André Bellesort. Een roman van René Thomasset "Pour la gloire" staat op stapel. Uit Cannes, waar Marcel Achard net eennieuw stuk heeft voltooid, zond André Gide een manuscript aan zijn "Parijschen uitgever."
Van Francis Carco is binnenkort een -"Nostalgie de Paris" te verwachten. Marcel Brion, pas gehuwd, heeft zijn historische studiën hervat. Binnenkort zal ir ook van hem een nieuw boek verschijnen. Saint Exupery is' in zijn vaderland weergekeerd met onder zijn arm een "Vie de Guillaumet". De gebroeders Senciaume corrigeeren de drukproeven van een "Retour de Dunkerque", dat weldra uitkomt In October verschijnt "La Fille de Pimprenelle" van Lucien Francois! Een gunstig onthaal vindt het boekje van Ravmond Guérin "Quand vient la fin"'.
 Juist nu zijn befaamde roman Clochemele den 402den druk beleeft, publiceert Gabriel Chevallier. "Ma petite amie Pomme". Henri Bordeaux gaf "Images du maréchal Pétain" in het licht Jacques de' Lacretelle' is te Parijs terug en bezig met de voorbereiding van een roman "tusschen twee oorlogen". Van Robert Bourget-Pailleron verschijnt een "Chant du Départ".

In afwachting op haar visum, voor Afrika brengt Odette du Puigaudeau haar tijd te Parijs door. Zij hoopt "Qualata, port Saharien" tijdig' te voltooien, opdat het boek in den komenden herfst kan verschijnen. In de collectie der Publicistes Chrétiens zal een Père Janvier door Joseph Ageorges en een Bazin door Charles Baussan worden opgenomen. Bij Albin Michel komt een nieuwe roman uit van Alain Laubreaux "J'étais un autre". Louis Ferdinand Céline bereidt een roman voor die in de armenwijken van Londen speelt en Maurice Daumas tenslotte, werkt aan een "Vie d'Arago".

 

 

Het Vaderland - staat- en letterkundig nieuwsblad
02-09-1941

 

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1 novembre 2016 2 01 /11 /novembre /2016 22:41

L'ŒUVRE SOCIALE DE François MAURIAC 1929

Son œuvre est significative. Elle annonce la lente mais sûre dissociation des valeurs d'une classe qui eut son heure d'énergie et, par conséquent, d'utilité sociale.

Jadis, une classe aisée envoyait ses fils achever leurs études dans les universités de Paris
ou de province. Ils y devenaient avec le temps médecins, avocats, et qui sait quoi encore ! Ils y restaient le plus d'années possible, au creux des tièdes voluptés que ces centres contenaient, car ces  fils de famille redoutaient, par-dessus tout, l'existence morte de la petite ville lointaine ou l'isolement dans la propriété paternelle. Ils savaient qu'à moins d'un hasard politique,
ils n'en sortiraient que par la mort. Tandis que leurs frères cascadaient. les sœurs surveillaient l' épanouissement de leurs charmes dans la glace minuscule que les règlements du Sacré-Cœur autorisaient dans la maison.

Frères et sœurs se mariaient -un jour ; l'histoire sociale continuait. L'homme, ou bien se résignait à la mort lente dans la solitude, ou bien s'évadait grâce à la politique. La femme, à l'abri des prestiges sociaux, cultivait son inquiétant bovarysme. Ce monde était tabou. Il était entendu une fois pour toutes que les vertus bourgeoises s'y conservaient intactes et qu'à l'abri des solides façades, la vie familiale s'y poursuivait sans hâte. C'est vers cette sainteté que François Mauriac dirige son regard aigu et ce sont les turpitudes de ce milieu qu'il peint.         A l'heure où s'opère une si redoutable révision des valeurs sociales et humaines, je trouve le document important. Que deviendrait la classe dominante si par toutes les provinces les pays traditionalistes : Angleterre, France,Italie. Espagne, le principe bourgeois s'écroulait ? Tout se tient dans le monde actuel ; le financier le plus émancipé sait très bien qu'avec toute sa puissance, il resterait « en l'air » face avec la gueule populaire, si cet immense et silencieux soutien lui manquait tout à coup.

François Mauriac ! Comme il est bon pour certaines béatitudes que vous ne pénétriez jamais dans les chefs-lieux de cantons où vivent vos Fernand Cazenave et Thérèse Desqueyroux, car quel pouvoir de dissociation est le vôtre, homme amer attachant. « Le peuple est vaste, obscur et incliné », a écrit Charles Vildrac, et cela est vrai. Or,voici, selon Mauriac, devant quelle face de dieu le peuple s'est incliné.

L'ordre bourgeois repose sur ce minime syndicat du sang qu'est la famille. La vie de ses membres s'abrite derrière cette grille.

Sans cesse il repeint les grandes lettres qui composent le mot et. sans cesse, il tente d'en augmenter la hauteur. Ce sont précisément ces barrières que d'une main nerveuse, Mauriac écartera, et c'est cette illusion privée ou collective qu'il va étudier.

Les raisons d'être de la bourgeoisie sont uniquement matérielles et les institutions qui la soutiennent se ressentent de ce constat. Naturellement, et en dépit de tant d'oeuvres romanesques qu'elle a inspirées. l'institution qui préside à l'association de deux êtres, le mariage, est d'essence éminemment pratique.

« Tout le pays les mariait, parce que leurs propriétés se touchaient », écrira François
Mauriac au sujet des causes qui ont déterminé l'union de Thérèse Desqueyroux. livre
donc l'importance, du point de vue social vaut d'être signalée. Lorsque après avoir tenté
d'empoisonner son mari, grâce à  l'injonction de puissantes influences (car sa condamnation toucherait la famille ). Thérèse obtient un non-lieu et, pensant à son mari, se demande :  "Pourquoi l'ai-je épousé ?"  Elle reconnaît que  les deux mille hectares de Bernard (son mari et sa victime) ne l'avaient pas laissée indifférente. D'ailleurs, de son côté,  lui aussi "était amoureux de mes pins ", ajoute-t-elle.
Mais voilà, l'association de deux sexes comporte des complexes que la seule passion
de la terre ne saurait satisfaire, et l'accumulation de tant de biens sur une même tête
a des répercussions tout d'abord Invisibles.

La richesse porte en elle son œuvre redoutable: cette langoureuse et perfide oisiveté,
mère dos péchés capitaux. La vie sans buts suffisants impose rapidement à ceux qui la
subissent d'éternelles sollicitations et. de la chair abondamment alimentée, naissent ces
frémissements secrets dont rétro tout d'abord s'épouvante, auxquels il s'habitue, et qu'il se prend enfin à - chérir et à caresser,comme un animal familier. Un tumulte silencieux, entretenu dans l'individu-par des sollicitations obscures et lancinantes, œuvre de tant de forces sensuelles contenues par des générations et. aujourd'hui, irritées dans la détente qu'apporte le trop grand bien-être.

Du trouble naît le rêve et le rêve du trouble.Terrible cercle d'abord immobile qui se met
à vibrer, à chauffer et d'où s'élève en spirales la ronde des dangereux désirs. De vibration en vibration, ils envahissent l'être,pénètrent la conscience et courbent sous le pouvoir de. leur seule 'loi toutes les puissances non seulement d'une vie. mais de ce qu'il croit être la vie universelle. Un besoin de jouissance que nul cadre social ne peut réfréner est alors déchaîné, les traditions éclatant comme des vitres qu'on brise, tout est aboli par la force du besoin nu et  " un ".

La famille devient alors ces « barreaux vivants » derrière lesquels François Mauriac voit son héroïne, celle qui incarne si bien la féminité de cette classe : « Thérèse Desqueyroux, a tourner en rond à pas de louve » La chair molle et ardente est dressée contre toute loi et hurle dans son affreuse solitude l'âpre besoin d'être telle qu'elle veut être.

C'est la tragédie de la sensualité, et c'est le crime rendu fatal, car aucun équilibre ne peut contenir cette fureur. L'oeuvre de François Mauriac est le résultat de cette décomposition mentale que le bien-être opère et qui ne peut que provoquer le crime sous toutes ses faces : crime monstrueux du " Baiser au lépreux ", de « Genitrix du "Désert de l'amour"  et de        « Thérèse Desqueyroux» ; crime obligatoire de cette fraction de l'humanité détournée des buts salins et vigoureux que la vie sociale assigne aux hommes sans doute pour qu'ils réduisent, sans le savoir. cette part que le démon s'est réservée dans l'homme. Mais des êtres plus sûrs de leurs muscles et de la solidité de leurs réflexes n'intéresseraient pas François Mauriac,ni ses lectrices, Ceux-là n'auraient pas' l'histoire à leurs yeux ; l'écrivain prend soin de loyalement nous en avertir :
" Beaucoup s'étonneront que j'aie pu imaginer une créature plus odieuse encore (il
s'agit de Thérèse Desqueyroux) que tous mes autres héros Saurai-je, jamais rien dire des
êtres ruisselants de vertu et qui ont le cœur sur la main ? Les cœurs  " sur la main " n'ont pas d'histoire ; mais je connais celle des cœurs enfouis et tout mêlés à un corps de boue
".

Car les intention» de François Mauriac sont à la fois infernales et angéliques ; selon
une conception qui n'est pas d'hier, il estime que le chemin du Paradis passe sinon par
l'Enfer, du moins par le Purgatoire ; mais ceci est affaire entre son confesseur et lui.

Il nous suffit de voir cet écrivain lucide étaler avec une certaine  complaisance les tares
d'un milieu qu'il semble parfaitement connaître et qu'il ne peut s'empêcher de mépriser.

MAXIME NEMO.
La Gazette de Paris 16 février 1929
Initialement paru dans la revue " Monde "

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