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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 23:30
Nestor der französischen Kogge-Sektion gestorben

Hommage à "Maxime NEMO (1988-1975) fand auf dem Prominentenfriedhof in Paris seine lezte Ruhestatte-1964 erstmals in Minden".

Paru dans le quotidien de Minden " Mindener Tageblatt " vendredi 16 janvier 1976 sous la signature du Professeur Horst Schumacher Université d'Heidelberg et Minden puis Ecole Polytechnique de Paris et Département d'études germaniques de l'Université de Lyon..

Nestor der französischen Kogge-Sektion gestorben
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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 23:00

Rome

En 1958,à l'occasion du bicentenaire Maxime NEMO entame une tournée européenne de conférences en Allemagne, en Angleterre et en Italie qui le mènera à l’initiative de l'Ambassadeur de France et des Instituts Culturels français à ROME, NAPLES, FLORENCE, TURIN, et MILAN. Un article sera publié par Victor SORGE : "Maxime NEMO saggista" .

En 1962, pour le 250è anniversaire de la naissance de ROUSSEAU un Colloque s'est tenu à Royaumont à l'initiative de l'Association JJ Rousseau. Ouvert par Stéphane HESSEL Ambassadeur auprès de l'UNESCO et les plus grands universitaires spécialistes de Rousseau ( J.Starobinski,P.Grosclaude, J.Guéhenno, J.Fabre, Tanaka...)

Il convient de signaler à ce stade qu'en 1951, Maxime NEMO avait commis un essai inédit intitulé: " l'Italie, terre de l'homme" en prélude à un de ses nombreux voyages sur cette terre d'histoire et de culture qu'il avait déjà foulée en 1912 alors qu'il était un jeune étudiant de 24 ans. (3 ans après la disparition de son père) Dans un préambule enthousiaste à l'idée de revoir ses amis et professeurs italiens pour disserter de Machiavel et de St François d'Assise.

Cesana Torinese: chiesa di San Giovanni Battista fotografata nel 1912.

Cesana Torinese: chiesa di San Giovanni Battista fotografata nel 1912.

Exposition JJ Rousseau à Rome

Exposition JJ Rousseau à Rome

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6 mars 2016 7 06 /03 /mars /2016 23:14
Cardinal Anatole de Cabrières 1830-1921
Cardinal Anatole de Cabrières 1830-1921
  • L'évêque de Montpellier a entendu le jeune NEMO au Collège du Sacré Coeur.de Montpellier.. Il serait heureux que la sympathie des personnes instruites et distinguées s'attachât à ce petit Tourangeau et lui permit un jour de consacrer ses belles facultés, déjà pleines de promesses, à la défense des grands principes religieux et sociaux si nécessaires à la prospérité de tous les Etats et particulièrement à la nation française.
  • A.-R.de CABRIERES
  • Evêque de Montpellier
  • NB; Evêque de 1874 à 1911 puis Cardinal de 1911 à 1921

    Nommé évêque de Montpellier par décret en date du 18 décembre 1873, préconisé le 16 janvier 1874, il est sacré à la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Castor de Nîmes le 19 mars suivant2. Il est créé cardinal le 27 novembre 1911 au titre de S. Maria della Vittoria

    En 1907, lors de la grande manifestation viticole de Montpellier, il fait ouvrir les portes de la cathédrale et celles des églises de la ville pour permettre aux viticulteurs grévistes d’y passer la nuit. Royaliste légitimiste, il fut un ami de Frédéric Mistral, des félibres et de l'écrivain Paul Bourget. Il est le dernier cardinal légitimiste français. De par ses convictions, il ne se mêle jamais aux cérémonies du 14 juillet et célèbre toujours en personne la messe du 21 janvier3.

    Il a reçu la Légion d'honneur au titre du ministère de l’Intérieur (Journal officiel du 18 août 1921) qu'il accepta après l'avoir refusée en 1890.
    Armes
    Armes de Mgr de Cabrières à la cathédrale Saint-Pierre de Montpellier

    D'azur au chêne arraché d'or et enganté du même.

  • NB2: Le Collège du Sacré Coeur de Montpellier est construit en 1877

LE CARDINAL DE CABRIERES

A la fin de l'année 1921, la Société d'histoire ecclésiastique a perdu en la personne du cardinal de Cabrières celui qui était sans aucun doute son doyen, comme il était le doyen de l'épiscopat français et du collège cardinalice. ·Elle ne pouvait manquer de s'associer au deuil. universel provoqué par cette disparition que·l'on qualifierait volontiers de prématurée, tellement J'illustre défunt avait gardé, malgré ses quatre-vingt-onze ans révolus, un aspect d'étincelant jeunesse. Le Général. cardinal' était un de ses membres ·les plus anciens et les plus fidèlement attachés, ce qui déjà nous avait. obligés à lui consacrer une notice· dans cette revue, mais on ne saurait oublier aussi le rôle, désormais historique, qu'a joué ce grand prélat dont le président Millerand a pu dire en une . phrase lapidaire : « Pour les fidèles c'est un grand évêque ;pour nous tous c'est un grand Français. » A ce ·titre surtout ses traits méritaient d'être fixés dans une revue consacrée à l'histoire de l'Eglise de. France. La carrière ecclésiastique du cardinal montpelliérain s'est déroulée avec une simple et grandiose unité : il a franchi l'un après l'autre les degrés du cursus honorum, sans. que la Providence ait cessé un instant de lui sourire. Né à Beaucaire, le 30 .avril 1830, d'une famille de vieille noblesse, François Marle Anatole de Rovèrié de .Cabrières fit ses études au collège de l'Assomption à Nîmes, où de bonne heure on le remarqua tant pour la distinction de. son esprit très porté vers les études classiques fUC pour l'élévation de son âme attirée déjà vers le mysticisme. Entré au séminaire de Saint ­Sulpice en 1848, il en sort, ordonné prêtre, au mois de septembre 1853. Il succède, en 1855, comme directeur de l’Assomption, au père d'Alzon, son ancien maitre qui l’avait marqué de sa forte empreinte, puis devient en 1869 le secrétaire particulier de l'évêque de Nîmes, Mgr Plantier, qui à son tour exerça sur lui une large influence. Le 18 septembre 1874; âgé seulement de quarante-quatre ans, il est nommé évêque de Montpellier ; en 1890, à l'occasion du sixième centenaire de l'Université, il reçoit de Léon XIII le fJallium ; en1911 enfin il est élevé par Pie X à la dignité de cardinal prêtre de la sainte Eglise romaine, au titre de sainte Marie de la Victoire. Dix ans plus tard!, le1 décembre 1921, il s'éteignait aussi doucement qu'il avait vécu. On lui prédit un jour qu'il passerait à la postérité sous le titre de « cardinal des étudiants ». Il. n'est plus vrai et il se plaisait à dire que cette appellation lui avait été au cœur. Le développement qu'a pris récemment à Montpellier l'association des étudiants catholiques a été une des dernières joies de sa vie. Il se plaisait à assister à ses diverses réunions, à y retrouver· certains maîtres catholiques qu'il honorait· de son amitié et dont il encourageait les travaux, à s'entretenir surtout avec cette jeunesse ardente au. bien et à donner libre cours, en des entretiens familiers, aux sentiments qui débordaient de: son cœur resté jeune. Nul ne peut. se flatter. d'avoir connu vraiment le cardinal qui ne l'a vu s'épancher, simple et souriant sous sa pourpre, avec l'élide la jeunesse montpelliéraine. Une des joies ultimes de sa vie a été certainement de recevoir. à l’évêché, à l'occasion du congrès général des étudiants réunis .. à Montpellier en nov. 1921, plus de cent jeunes gens, venus de tous les pays, qui lui. avaient exprimé le désir de le saluer et à qui il confia en quelque sorte son testament intellectuel. Etudiants français et étrangers ont emporté un impérissable souvenir de· cette audience au cours de laquelle ils purent apprécier tout à la fois l'intelligence si profonde, si pénétrante et si actuelle de ce grand prince. de l' Eglise, ses dons d'à propos, sont affabilité extrême dont·il donna une preuve touchante en se faisant présenter nommément les diverses délégations et en ayant pour chacune d'elles· le mot qu'il fallait. .La paternelle affection du cardinal de Cabrières s'étendit aussi aux étudiantes. Peut.-être a-t-il été un peu surpris tout d'abord de l'invasion des Facultés par les jeunes filles ; elle ne répondait pas à la -conception qu'il se faisait du rôle de la femme. Ici encore il sut s'adapter à cette situation nouvelle et il patronna la fondation à .Montpellier d'une association catholique d'étudiantes dont il fut même:, pendant la guerre, le premier aumônier. Dans la chapelle ou dans le salon de l'évêché quelques jeunes filles, d'abord au. nombre de trois, puis de plus en plus nombreuses, se réunissaient autour de son Eminence et puisaient dans sa parole apostolique des directions pour la règle et l'orientation de leur vie. professionnelle. Lorsque, le nombre des étudiantes catholiques continuant à s'accroître, l'association eut. pris corps et qu'il fallût, non sans regret, lui désigner un aumônier, le cardinal ne voulut pas s'en désintéresser totalement t un dimanche par mois il y eut la « messe du .cardinal·» à l'issue de laquelle se perpétuèrent les causeries spirituelles d'autrefois. Chaque année aussi Mgr de Cabrières continua à célébrer la messe d'ouverture et à présider l'assemblée générale de fin d'année, sorte d'examen de conscience dont l'évêque tirait les conclusions.

Augustin FLICHE

Revue d'Histoire de l' Eglise de France Tome 8 N°41 -1922

J

. .

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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 18:59
Grand Hôtel du Sahara
Grand Hôtel du Sahara

LES ROLES DE MAXIME NEMO SUR SCENE :

Débuts avec son père l’acteur Georges Albert BAUGEY-DAILLY (1864-1908) qualifié par la presse de l’époque de « artiste dramatique des grandes scènes parisiennes » ou dans le Quotidien de Saint Brieuc du 15 mars 1901 de « membre de la Comédie Française ». Pas de traces d’enregistrement ni de rôles à son nom. Il y avait bien eu à la même époque un autre Joseph François DAILLY 1839 1897 acteur au Palais Royal mais une usurpation d’identité semble peu probable

Peut-être avait-il un pseudo tout comme son fils adoptif Maxime lequel écrivait en 1898 « Ma vie première a dû se rôder à des contacts musicaux, la Poésie étant une musique des vers, pour son plaisir ; ce qui est la seule façon de les dire, et peut-être de les bien dire.Il avait une déclamation exacte encore qu’un peu romantique, ainsi qu’il se devait à un homme qui avait assisté à l’enterrement de Victor Hugo (ndlr :1juin1885) Et dans mon coin j’écoutais trouvant sans doute cette cadence agréable, si agréable que je la répétais, également pour mon propre plaisir. »

« Puis le monde s’est mêlé de ma formation, le monde n’est pas plein de littérature, il est même la littérature.J’avais huit ans (ndlr :en 1896) quand mon père nous emmena à Biskra. »

J’ai appris Cyrano de Bergerac, en entier, tout seul à huit ans. J’entendais bruire les syllabes ronflantes.Mon père avait monté une troupe de théâtre au Casino de Biskra et voulait monter l’œuvre d’Edmond Rostand alors dans tout son retentissement. Ce n’était dans la maison ou après un séjour de deux mois à l’Hôtel du Sahara que répliques exaltant le panache , et les coups d’épées. Or, j’adorais les Trois Mousquetaires, je lus Cyrano, j’emportais le livre vert dans les allées du Parc de Landon, un grand espace peuplé de magnifiques palmiers,mais qui ne se trouvait guère sur le chemin de l’école. »

J’ai fait à Biskra de déplorables études. L’instituteur faisait sa classe devant des gosses de mon âge et d’autres grands enfants de 19 ans nègres et arabes, qui nous montraient leur sexe érecté, quand nous étions seuls. L’école faisait plus que de m’ennuyer : elle me dégoûtait.

Alors, le livre de Cyrano dans mon cartable, je filais sous les arbres ou vers les rues aux murs de terre du village nègre, et là, assis, sous un arbre, j’ânonnais, je lisais, apprenais. Je sus le IVè acte d’abord ; tous les rôles, pleurant pour Roxane et pour Cyrano ; très peu pour Christian qui me paraissait un peu bête de ne pas savoir parler aux femmes. Ce fut décisif. Lorsque je n’avais plus le livre, , je récitais les passages que je savais par cœur. Je me les disais à moi seul ou aux amis que je m’étais faits parmi les Bat’d’Aff ».

« Mon père me reprocha ma paresse, disant que mon incapacité au travail voudrait que je soit « bouif ». C’est alors que dans mes larmes je lui criai :

-Je saurai toujours bien faire ce que tu fais !

-Quoi ? répliqua-t-il exaspéré.

-Dire des vers hoquetai-je.

-Imbécile, tu n’en sais pas un seul.

Je lui récitai le commencement du IVe acte de Cyrano : mon père sidéré passa la journée entière avec moi, ce qui n’était à coup sûr jamais arrivé auparavant. Le soir, il m’emmena au casino et me fit dire ce que savais devant ses amis. Le succès fut immense, et je bus tant de choses que le lendemain j’étais malade et trouvai déjà la gloire amère ».

[A notre retour à Marseille], ce que je sais, c’est que le soir, on m’habilla avec un costume marin des jours d’apparat, que je fus introduit dans un grand salon et invité à lire des vers. Après un moment d’intense émotion, sentant le regard de mon père posé sur moi et m’implorant automatiquement, j’ouvris la bouche. Alors ce fut absent du lieu, de la circonstance, emporté par les rythmes qui me ravissaient les oreilles, insensible aux exclamations comme aux applaudissements ; la liaison avec la Littérature était réalisée. »

Le 6 avril 1899, Maxime Nemo est présenté à la Reine Victoria à l’Hotel Exelsior de Cimiez. Ce programme constitue un document rare et exceptionnel puisqu’il nous donne une idée des textes déclamés par celui que la presse qualifie déjà d’enfant prodige alors âgé de 11 ans, devant la souveraine et sa Cour en villégiature hivernale.

Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand

l'Aiglon d'Edmond Rostand

La scène des Nez
La Ballade du duel
La Tirade des "Non merci"
La mort de Cyrano

Acte I - Sc.XII
Acte.II Sc.IX-X-XII
Acte III Sc.II-X

Victor HUGO Napoléon II , poésie
Sur l'enfance
L'Aumône

Edmond ROSTAND Les papillons
François COPPEE Moisson d'épées, poésie de
Paul DEROULEDE Ronde, poésie
Théodore BOTREL Gd maman Fanchon
LA FONTAINE Les animaux malades de la peste de
Alphonse DAUDET Le Croup, poésie
Jules. LE MAITRE Prix de vertu
VILLEMER La morte de Bazeilles
A THEURIET Parce Domine
VILLEMER l'Anglaise monologue .comique
Jules.JOUY l'Alphabet comique
Les bottines id
COQUELIN L'employé du ministère
Georges FEYDEAU Les réformes
Jean RACINE Athalie
G.DELAVIGNE Les enfants d'Edouard
BOUCHARD l'enfant de troupe mon.
Théodore BOTREL la fileuse de lin
HAREL l'horloge

François COPEE L'envoyée de Dieu
CORNEILLE Cinna
Edmond ROSTAND Le secours immédiat
CLOQUEMIN Le ver de terre amoureux
Elle, monologue id
Jules.JOUY Photographe
Jean sans Peur , récit id
G.GRILLET L'avocat des belles mères
Je n'aime plus Noël id
L'ouvreuse id
Mme BIANCA On a souvent besoin d'un plus petit que soi
VILLEMER La poupée tricolore
La mort du Uhlan id R
La petite mère, récit id

On retrouve ensuite Maxime NEMO et son père dans diverses stations touristiques françaises ou dans des établissements religieux entre 1901 et 1909 date du décès prématuré de son père à la Roche sur Yon.

Ainsi voici ce qu’écrivait le Journal de Senslis- Courrier de l'Oise n°22 du 17 mars 1901

« — Nous avons déjà annoncé la matinée musicale qui sera donnée mardi prochain, le 19 courant, à une heure et demie, à l’institution Saint- Vincent.

Le jeune Maxime Baugey-Dailly, dit Maxime Nemo qui tiendra la scène est un enfant de douze ans, dont la précocité et le talent sont innés ,natif de Francueil près de Tours, Maxime Baugey-Dally montra dès l’âge de neuf ans, des dispositions artistiques et un goût pour le théâtre très prononcés. Doué d’une mémoire capable d’emmagasiner vingt-cinq mille vers d’un répertoire des plus variés, sans aucun travail, soulignant de gestes mieux appropriés, encore enfant, mérita bientôt, par sa diction impeccable, son geste sûr, sa mimique expressive, le surnom du "Petit Prodige" que lui a décerné la Presse, bien que son père l’ait baptisé "Nemo". — Les nombreuses attestations décernées au jeune interprète par des personnages d’opinions les plus diverses s’accordent toutes à proclamer non seulement l’étonnement que procure son audition, mais encore l’utilité au point de vue de la formation littéraire des jeunes gens qui voient, dans un sujet de leur âge, un exemple pratique pour l’art si désirable du « bien dire ».

On voit que la matinée de mardi sera l'une des plus attrayantes auxquelles il aura été donné aux Senlisiens d’assister. »

A l’école Saint Charles de Saint Brieuc le 15 mars 1901 on découvre que père et fils interprètent le Misanthrope (Molière) et la Gifle (S.Guitry) puis les Actes II et III de l’Aiglon de Rostand.

Puis c’est à Redon :une soirée à Saint Conwoïon.

« Dimanche dernier à deux heures, MM Baugey-Dally et Maxime Nemo ont donné à une société d'élite, réunie dans la salle Saint Conwoïon, une matinée littéraire qui a été un vrai régal.

Nos meilleurs compliments à ces messieurs dont le talent surpasse encore toute admiration. Au risque de blesser leur modestie, nous dirons que M.Maxime NEMO dans la mort de Cyrano, se montre tout simplement sublime. Dieu a doté ce jeune homme d'une âme délicatement noble que tout sentiment de grandeur ou de chevalerie fait délicieusement vibrer. Quand on l'a entendu, on ne s'étonne plus que le prince de la Comédie Française ait un jour laissé tomber ce magnifique éloge: "Moi, Coquelin, je ne ferais pas mieux !"

« Naturel, aisé, habile dans tous les rôles, il excelle dans les scènes de délicatesse raffinée, de dévouement spontané, de bravoure française et d'enthousiasme lyrique.

Nous souhaitons qu'il entre résolument sur le terrain exclusif du drame et de la tragédie où son étoile, nous semble-t-il, brillera d'un éclat immortel, tout comme le panache de Cyrano de Bergerac.

M. Baugey-Dally qui, cela se voit, est un artiste achevé que l'expérience a rendu maître. Son enrouement passager, nous l'espérons ne servira pas à prouver le contraire. Il jongle avec les difficultés des rôles de Tardiveau, de Don César et de Bleuet. Les transformations de physionomie, de ton, de gestes, d'allures, ne lui coûtent rien ou si peu. Toujours d'une dextérité, d'un naturel et d'une aisance admirables. »

« Dans les scènes trop courtes de Michel Strogoff, il a agréablement ressuscité en notre esprit la galerie typique et désopilante des silhouettes de Mark Twain. Nous avons applaudi de tout coeur la dernière scène, faite de comique effusion et toute d'actualité puisqu'elle symbolisait dans une apothéose de feux de Bengale, hélas !....l'union de la France et de la H...Angleterre !..... »

« Dieu veuille "gater" toujours ces excellents artistes dont l'amabilité n'a d'égal que leur distinction et les ramener de temps en temps dans cette paisible cité de Redon, trop souvent endormie sur ses vilains rêves!.... »

Le 15 mars 1903, le jeune prodige NEMO se présente à La Roche Bernard à la Salle du patronage Saint Joseph. Dans un Vaudeville (« le sursis ?», Ruy Blas de V.Hugo et Extraits de Michel Strogoff de Jules Verne et Adolphe d’Ennery (Pièce en 5 actes Représentée pour la première fois à Paris,sur le théâtre du Châtelet, le 17 novembre 1880). »

L'HUMANITE du 11 Juin 1905 (Numéro 420)

En 1905 au Théâtre Trianon. L'ouverture de la saison d'été s'est annoncée hier très brillante avec la reprise du "Sursis", l'hilarant vaudeville de MM.Sylvane -et Gascogne; Le public a fêté M. Emile André qui, dans le rôle de Lestamboudois, a fait montre d'une extraordinaire fantaisie et d'un remarquable talent de composition. Mme L. Heldër, une capiteuse. Marinette, s'est fait applaudir à maintes reprises ainsi que Mmes Vallier, Liliane, Kelys, Delsol, et MM. Saulieu, Liesse, Wayront et l'étonnant Nemo, qui forment une troupe de premier ordre.

L'HUMANITE du 29 Novembre 1905 (Numéro 591) p 4

Demain jeudi, première représentation. A Trianon. Ce soir, à 8 heures trois quarts,

première représentation (a ce théâtre) de "Claudine à Paris", pièce en quatre actes, de MM. Willy et Luvëy

MM. Laforet, Renaud Liesse, Claude = Nemo, Maria Andreyor, Maugis ~ Desplanque,Marcel Warpont, l'oncle de Luce Belon, l'inspecteur primaire Veilan, premier garçon de café Chariet, le gérant Lannoux, un concierge Flèves, Raoul, ami de Maugis

Mmes Eva Linay, Claudine Brésilly, Luce Odette Mary, Mélie r Lillianne, madame Sergent Sonia, Aimée Russy, Anaïs.

Le mardi 16 octobre 1906 à Villeneuve sur Lot le duo père et fils se produit dans l’ancien établissement des Frères ( la Loi de 1901 de séparation de l’église et de l’état est passée par là…) M. Baugey-Dally « des principaux théâtres parisiens » et son fils reprennent plusieurs scènes de l’Aiglon « avec costumes et accessoires conformes »

Samedi 26 Octobre 1906 Folies-Dramatiques. « Amour et Cie », vaudeville en trois actes de M. Louis Forest.avec Nemo qualifié de « personnage hoffmanesque »

22 Mars 1907 aux Folies Dramatiques « le Coup de Jarnac » Vaudeville en 3 actes de Henry de Gorsse et Maurice de Marsan avec Maxime Nemo dans le rôle de de la Crémone et Mistinguett dans le rôle de Bobinette

.Rappelons que Georges Albert Baugey s’éteint à la Roche sur Yon dans l’anonymat le 8 février 1908 .Le jeune Maxime Nemo âgé alors de 20 ans doit faire seul ses preuves dans un Paris où jusqu’à présent son père lui avait offert l’opportunité de rencontrer la Reine Victoria,PierreLoti, Sarah Bernhardt, Lugné Poe et les Coquelin.

Dans la compétition que se livrent cabarets, théâtres de boulevard, théâtres d’essai, comment Nemo va-t-il être amené à croiser la route des Dullin, Copeau et Jouvet ? .

En 1908 il se déclare « professeur de diction à Rodez » où il rencontre sa jeune épouse Antoinette Pègues institutrice.

Dès le 4 juin 1909 au MOULIN-ROUGE. 9 heures. "En l'Air ! Messieurs !" Revue en trois actes, et vingt tableaux. de Henri Moreau (1868-1942) et Charles Quinel (1864-1936): MM. Gouget, Dambrine M.Nemo. . M.RANSARD Dartès, Caudieux; (Le Bec de Gaz - Le Jeu de l'Amour Cromelynck)

Mlle Lebergy,A Guerra. A.Gillet.L. Dalba, Elynett. L.Darles Andrée DARCY M.G.Liesse, Anthelmine.

(l'Humanité 4 juin 1909 Numéro 1874)

Le 22 décembre il épouse à Dijon Antoinette Caroline Pègues et est toujours déclaré comme « professeur de diction »

Il faudra attendre le 13 Mai 1913 pour retrouver Nemo pour une audition à Montmartre chez Charles Dullin.pour la saison d’été du Théâtre du Château d’eau confiée par Jacques Copeau à Louis Jouvet.

1913

Pièce

Rôle tenu par Nemo

24 mai

Monte Cristo / A. Dumas

Pamphile

5-6 juin

Les Gaietés de l’escadron

Ledru

20-21 juin

Le crime impossible / Gallo et Martin-Valdour

Le bossu

L’Eau de vie de Henri Ghéon Création le 23 avril 1914 : Théâtre du Vieux-Colombier (Paris) Mise en scène Jacques Copeau

Interprétation

Charles Dullin (Fossard)

Antoine Cariffa (Jedu)

Jacques Copeau (Martin) ou Paul Oettly

Ennemond Bourrin (François)

Suzanne Bing (Lucas)

Gina Barbieri (Marie)

Maxime Nemo (Julien)

Jane Lory (La Coint)

Romain Bouquet (Me Ladurée)

Lucien Weber (L'Ouvrier)

Scénographie Francis Jourdain

Production Théâtre du Vieux-Colombier (Paris)

La Nuit des rois ou Ce que vous voudrez de William Shakespeare

Traduction Théodore Lascaris

Création le 19 mai 1914 : Théâtre du Vieux-Colombier (Paris)

Mise en scène Jacques Copeau

Interprétation

Paul Oettly (Orsino)

Aimée Samuel (Sébastien)

Derblay (Antonio)

Paul Ichac (Valentin)

Romain Bouquet (Messire Tobie)

Louis Jouvet (Messire André)

Jacques Copeau (Malvolio)

Antoine Cariffa (Fabien)

Lucien Weber (Un bouffon)

Ennemond Bourrin (Un capitaine)

Durand (un prêtre)

Maxime Nemo (un valet)

Blanche Albane (Olivia)

Suzanne Bing (Viola)

Jane Lory (Maria)

Costumes Duncan Grant

La Guerre de 1914-1918 va interrompre les représentations théâtrales et Nemo est mobilisé à l’Etat Major aux Invalides à Paris (par quel passe droit ou peut-être réformé ? ) On ne le retrouvera qu’en 1920 comme auteur d’une pièce inédite « Rosine au théâtre » sur les rapports public populaire face au répertoire de théâtre dans un langage très parisien.

C’est à partir de cette même année 1920 qu’il crée « l’Ilot » en direction des publics étudiants et universitaires et met à profit son expérience d’acteur pour lancer ces grands Cycles de conférences sur la Tragédie de Sophocle à Ibsen en passant par Molière et Shakespeare, toujours accompagnés d’extraits dramatisés et parfaitement mémorisés. On n’a pas gardé trace des enregistrements de ces Cycles sur « Radio Paris » de 1937 car ils n’ont malheureusement pas été enregistrés. On dispose seulement d’enregistrements plus récents effectués par mes soins en 1970 avec la voix de NEMO qui donnent une idée de son talent exceptionnel de diseur , dernier témoin des grandes heures du théâtre de Sarah Bernhardt, Jouvet, Copeau et Dullin.

Patrick CHEVREL

Biographie « Maxime NEMO 1888-1975 passeur des lettres »

à paraître en 2016

LES ROLES DE MAXIME NEMO  SUR SCENE
LES ROLES DE MAXIME NEMO  SUR SCENE
LES ROLES DE MAXIME NEMO  SUR SCENE
LES ROLES DE MAXIME NEMO  SUR SCENE
LES ROLES DE MAXIME NEMO  SUR SCENE
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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 14:58
Un Dieu sous le tunnel  (Editions Rieder 1924)

UN DIEU SOUS LE TUNNEL
C'est un livre curieux, fait de réalisme et de symbole, d'enthousiasme et de sarcasme, de roman et de dissertation ; des notations fugitives-,des images, du pathos ; un style à la diable, ponctué à là vagabonde ; des dialogues profonds, où l'on ne sait pas toujours très bien quel interlocuteur a la parole ; un chaos sympathique. Est-ce un tableau d'histoire, un manifeste philosophique, une peinture de mœurs ?
M. MAXIME NEMO est peut-être seul à savoir absolument ce qu'il a voulu faire.
Au lecteur d'un Dieu sous le tunnel (Rieder, éditeur), d'en donner son interprétation: la matière est riche.
SEULE l'Allemagne peut produire un être tel que le professeur Kernonsky. Météorologue,solennel comme un savant , respectable par ses lunettes et son ton doctoral, le professeur Kernonsky aurait pu couler des jours paisibles entre ses appareils, Mme Kernonsky son épouse, et Mle Anna Breitchëll, sa dactylo ; et il aurait pu passee dans ce monde éphémère, sans laisser de souvenir autre que celui de sa cravate blanche et
de ses chaussettes vertes. Mais le commerce des astres a fait- de M. le professeur Kernonsky un philosophe, un poète, un prophète ; et la poésie a fait de lui un tendre, qui s'ignore. Double raison de vivre, et de souffrir.
M. le professeur Kernonsky a inséré dans le monde sa tendresse et sa philosophie, en prêchant aux hommes la fraternité et la paix.
Et , le soir où commence cette histoire, c'est dans une brasserie que le professeur affirme sa foi au docteur Straubitz et au major Breitz, au milieu des vociférations des étudiants nationalistes :
Identiques de forme et d'allure, ils étaient au milieu de la salle une masse de dos et de têtes que des courants semblaient coucher ou relever et que parfois dominaient deux ou trois bras tendus comme des antennes.
Des coups sourds retentissaient sur la table de chêne ou sur un corps qui réagissait alors par de grosses injures. . .
Des dénégations violentes éclatèrent bientôt, suivies d'applaudissements, et l'un des buveurs se leva en titubant.
« Messieurs! i commença-t-il; mais, comme s'il avait été l'orateur aimé de la troupe, des vivats le saluèrent et des mains s'accrochèrent à ses vêtements, comme pour le caresser. L'un des auditeurs, dont Feseâbeau était très loin, l'appela tendrement: «Mon cochon gris" en mettant la main sur son cœur. L'orateur voulut se dégager des étreintes qui menaçaient son équilibre et recula d'un pas, en traînant dans la sciure d'énormes
semelles. Sans casquette, les cheveux ras, il était une forme au bout de laquelle vacillaient une tête et des oreilles.
Le professeur, qui le voyait de dos, aperçut deux jambes en équerre, qu'arrêtait un.cul rendu carré parla pièce d'étoffe qui renforçait le pantalon. Comme s'il avait senti l'insolence de cet examen, l'étudiant se retourna et fit face à la salle.
Accompagnant sa phrase d'un large geste, il proclama :
« Messieurs les membres de l'Association des casques héroïques !... »
II ne put continuer : un nouveau hurlement l'avait enseveli et il lui fallut se joindre à l'un des chants que, debout, le groupe entonnait. Trois hymnes différents firent un air faux qui ne troubla nullement la béatitude que les étudiants semblaient avoir découverte — les yeux levés au plafond — dans la vision d'un énorme Gambrinus à cheval sur un tonneau, dégustant une bière blonde.
La grandeur de l'Allemagne a toujours exigé quelque carnage. Le destin voulut ce soir qu'un Juif se trouvât dans la brasserie : il fut la victime désignée de la Grande Allemagne. Etle professeur ne put que transporter chez lui le corps ensanglanté de Raphaël Lévy, qui ne sortira que le lendemain.d'un long évanouissement.
QU'EST-CE que ce Lévy? Il faut avouer qu'il demeure l'énigme du livre. Naguère « poète
juif et vagabond lyrique », aujourd'hui enrichi par des opérations de Bourse, au milieu de Ta détresse générale de l'Allemagne, cynique, sceptique, raffiné, élégant, que représente-t-il? Est-ce une race? Est-ce une classe sociale? Est-ce une philosophie? Aux rêves généreux, aux pensées nébuleuses du professeur, qui sont pourtant l'honneur d'un homme et d'un pays, et qui sont les leviers de l'avenir, il oppose la supériorité froide et le magnétisme vainqueur de l'homme pratique qui réussit, qui séduit, qui détruit . Poésie de la jouissance, peut-être, opposée à la poésie de l'apostolat.
Un sourd antogonisme divise les deux hommes, qu'uni t pourtant une méditation commune surles buts de l'existence et sur les moyens de s'élever à la divinité.
Lévy prendra la femme de Kernonsky; Lévy raillera les discours de Kernonsky. Et pourtant , ne devra-t-il point s'incliner à de certains moments, devant le délire pacifique de cet homme qui prêche aux foules allemandes la lutte pour arriver à une humanité supérieure, pour trouver le Dieu caché dans l'obscur tunnel de notre vie mortelle? Il leur dit :
Surtout n'ayez pas peur de marcher, de chercher et surtout n'ayez pas peur de souffrir ! C'est en souffrant que vous créerez de la lumière pour les générations qui sont en vous... Vous ne la verrez pas luire, mais qu'est-ce que cela fait? Ayez-en seulement la notion imprécise en votre âme ef parlez-en à vos enfants. Faites qu'ils soient plus près du Dieu futur, ce Dieu qui sera le plus beau de tous les dieux connus ! Après, n'ayez pas peur, votre tâche accomplie, de descendre dans la terre.
Hommes de 1924 ! Vous aurez vécu comme il était seulement possible que vous viviez, entre deux espoirs, dont l'un— hélas ! — est mort, et dont l'autre vient doucement... Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit. Le mal se fait avec vous, et par vous, et vous devez frapper votre poitrine en vous accusant. On a évoqué ici jusqu'à la guerre. Elle, est votre tâche, et c'est par lâcheté que vous cherchez des responsables ailleurs qu'en vous.
Hommes du monde entier il vous suffisait d'opposer la résistance d'une conscience inflexible pour que ce crime devînt impossible. Mais votre bassesse était si bien connue que vos gouvernants vous ont envoyé par la poste l'ordre de mobilisation. Et tous, vous avez rampé vers les casernes, résignés, comme des musulmans, à la parole imprimée. Il en est de ceci comme du reste : en tout, votre passivité fait le mal. Il vous manque une foi qui s'oppose doucement et jusqu'à la mort aux sollicitations environnantes. Vous traitez la vie comme le travail que vous avez à faire : avec ennui et soumission.
Mais jusque dans ce manque de clarté qui cause vos souffrances et vos laideurs, vous demeurez l'homme et j'aime en vous cette imperfection qui rend tout le divin possible. Je vous dis que vous êtes le limon d'un Dieu. L'un et l'autre des personnages s'affirme dans la voie que lui trace sa nature. Lévy a découvert que la secrétaire du professeur, Mlle Anna Breitchell, nourrit pour son maître une admirative passion, et que le professeur éprouve sans s'en rendre compte une sorte de tendresse pour cette jeune fille qui a participé à tous ses travaux ; situation naïve, qui choque le dilettantisme de Lévy: il se promet le plaisir raffiné de séduire Mlle Breitchell. Le professeur Kernonsky continue son apostolat ; et, devant la menace des nationalistes qui prétendent être seuls maîtres de la rue, il décide toutes les associations pacifistes
de Berlin à une manifestation où il faudra recevoir et rendre des coups. Et l'heure tragique du livre sera celle où, tandis que le professeur conduit à,une boucherie courageuse les masses pacifiques allemandes, Lévy reçoit Mle Breitchell en un rez-de-chaussée significatif.
Vers le soir, nationalistes et pacifiques se sont abordés, sauvagement :
Soudain,l'énergie nationaliste s'affola. Des hommes se mirent à fuir, le visage dans leurs mains. Toute une partie des combattante se replièrent ; de l'autre côté, des hurlements retentirent : « Foncez ! En avant » Et les premiers rangs, poussés par ces cris, pétrirent plus fort la pâte humaine. Trois cents mètres furent défoncés d'un seul coup. Des hourrahs remplirent l'espace.
Alors, d'une rue adjacente, un renfort nationaliste accourut, cherchant le combat. Mais sa colonne fut emportée par la fuite desluns et la poussée des autres, et la masse pacifiste déboucha sur une place.
Là, un dernier groupe nationaliste attendait, le premier rang un genou à terre, l'autre debout. Lorsque la ligne rouge fonça sur lui, cent coups de feu partirent.
Des hommes s'écroulèrent, la main subitement posée sur la partie atteinte, comme pour retenir la vie qui s'échappait. Mais l'impulsion'donnée fit passer les vivante sur les morts, et ce fut, dans le crachat exaspéré des coups de feu, une bataille sauvage.
Une troupe de la Reichswehr arrivait au pas de course. Nul ne pouvait l'entendre. Nul ne pouvait entendre les sommations faites : les masses qui combattaient se tenaient à la gorge. Un officier fit un geste, un roulement de tambour fut perçu à dix pas et, quand les deux mitrailleuses tapèrent dans le tas, un immense cri, après une seconde de stupeur, monta comme une flamme : « Trahison ». La grande rue fut remontée par une foule folle de terreur. Les balles giclaient, traversant les chairs, éraflant le fer des devantures, le ciment des immeubles. D'immenses cris qui couraient s'éteignaient subitement ; les enfants tombaient, dont on cassait les membres encore fragiles.
La rue fut libre.
La rue était libre, mais le professeur Kernonsky était à terre, deux balles dans la poitrine. Allait-il mourir?
Cette idée tortura les deux femmes, Mme Kernonsky et Mlle Breitchell, qui virent dans cette catastrophe un châtiment de leur faute. '«. Dieu est juste», disaient-elles, oubliant que la principale victime se trouvait être, en l'occurrence, le professeur, qui n'avai t pourtant rien fait pour mériter les colères divines.
Raphaël Lévy était au-dessus de ces sentiments simplistes. Et pourtant il sentait que son entreprise diabolique de tout dominer, de tout séduire, de tout détruire, avait , le soir de la bataille, rencontré en Kernonsky un principe spirituel, un principe surhumain devant quoi s'effondrait son peti t dilettantisme. Dire qu'en arrachant Mme Kernonsky et Mlle Breitchell à la piété qu'elles devaient au professeur, lui, Lévy, il avait contribué à jeter le savant dans l'action, dans la bataille, et peut-être dans la mort !

Mais Kernonsky ne devait pas mourir. Et la solution trop facile du remords ne suffira pas à Lévy. Devant cet homme que son « sadisme » intellectuel a conduit à trahir, précisément parce qu'il représentait l'esprit en marche, il faudra que Lévy avoue. Aveu pénible pour le professeur, qui avait eu foi en son ami , en sa femme, en cette jeune fille qu'il commençait à aimer. Aveu plus terrible pour Lévy ; car il est une capitulation de son système trop raffiné devant une morale plus fruste, mais indestructible.
— Vous aviez visé juste, lui dit le professeur. Je reconnais là cet esprit de votre race qui a compris qu'elle ne dominerait le monde spirituel qu'en s'emparant du principe essentiel qui l'alimente, et c'est pourquoi tout converge vers vous !... Votre lucidité a bien su reconnaître le point faible du pauvre individu que j'étais demeuré. Vous m'avez attaqué par le seul endroit qui fût encore vulnérable. Vous m'avez frappé dans mon amour naissant...
Il ne s'agit pas ici d'honneur. Ne le mêlons pas à tout, comme le sel et l'eau... C'est drôle, Lévy, n'est-ce pas?
J'ai trente-sept ans ; ma tenue m'amuse bien quand je me regarde dans la glace. Je ne la prends pas au sérieux,mais je n'ai pas songé à la modifier. Tenez, je porte encore ces chaussettes vertes qui vous ont tant fait rire.
J'ai peu de chance de jouer les jeunes premiers et, que ce soit dans un vaudeville ou dans un drame, mes cheveux ras, ma redingote élimée, mes souliers bas avec des clous font de moi le type éternel du cocu. Mais,mon ami, quand on aime, on ne se voit pas...
Ils se sépareront peu après ces paroles, ayant symbolisé chacun l'une des deux formes de pensée, l'une des deux forces dominatrices qui se disputent le monde depuis toujours : d'un côté,enthousiasme, dédaigneux du mondé extérieur, ridicule, sublime ; et de l'autre, l'ironie, séduisante, cynique, sublime elle aussi par sa force universelle. Pourquoi préférer l'une à l'autre?
Qui donc fera plus, de Lévy ou de Kernonsky,pour l'avènement des temps nouveaux? Kernonsky, Lévy, deux forces opposées qui travaillent au même but , et qu'il faut admirer séparément, puisque leur réunion dans une même enveloppe humaine est si rare qu'il faut remonter jusqu'à Platon pour en trouver le parfait assemblage.
PIERRE-L. MAZEYDAT.

Un critique du Courrier du Cher lors de la parution du livre évoque un séjour de Maxime NEMO en Allemagne en 1924 durant lequel il a rédigé son premier roman.Cette assertion reste à vérifier à ce jour et je m'y emploie.
Un critique du Courrier du Cher lors de la parution du livre évoque un séjour de Maxime NEMO en Allemagne en 1924 durant lequel il a rédigé son premier roman.Cette assertion reste à vérifier à ce jour et je m'y emploie.

Un critique du Courrier du Cher lors de la parution du livre évoque un séjour de Maxime NEMO en Allemagne en 1924 durant lequel il a rédigé son premier roman.Cette assertion reste à vérifier à ce jour et je m'y emploie.

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15 février 2016 1 15 /02 /février /2016 14:31

Les Editions AGONE ont republié "CULTURE PROLETARIENNE" de Marcel MARTINET (1887-1944) Ces 185 pages publiées en 1985 définissent les positions de cet écrivain syndicaliste engagé contre la Guerre 14 mais aussi homme de théâtre, poète et journaliste dans MONDE et l'HUMANITE.

Son chemin devait naturellement croiser celui de Maxime NEMO qui dans la Correspondance entre JR BLOCH et M.MARTINET qui s'étale de1911 à 1935 et réunie par Haruo TAKAHASHI en 1994 (Editions de l'Université Chuô-Japon) est décrit dans une lettre de JR BLOCH à M.MARTINET datée du 3 septembre 1925 comme : "acteur à la manque, tourniste de gauche pacifiste du genre esthète, illuminé et brasserie de Montparnasse à la fois" (sic)

Quand Marcel MARTINET recommande à son ami JR BLOCH le premier roman de Maxime NEMO "Un Dieu sous le Tunnel" (Ed Rieder-1924) sur l'Allemagne, ce dernier reconnaît ne pas s'attendre à "un bouquin d'une telle densité" et le remercie du conseil. On verra plus tard lorsque l'amitié NEMO/BLOCH se renforcera par une solide correspondance et des séjours la Mérigote près de Poitiers que le nouveau Directeur des Editions Rieder puis d'Europe changera son jugement pour de l'admiration dans ses dédicaces envers celui qui avait tant à lui apprendre.

"Comme toutes les époques d'écroulement social, la nôtre pourrait être également une époque de reconstruction. Cela dépend des hommes. Mais il faut que ces hommes soient des hommes : non des machines, non des soldats, non des esclaves. Il faut que chaque individu soit une personne libre et voulant accomplir le maximum de son destin dans une société riche qui permettra à tous les hommes ce maximum d'accomplissement. La révolution prolétarienne, c'est cela. Pour qu'elle triomphe, il faut que les hommes appelés à sauver le monde en se sauvant eux-mêmes, il faut que les hommes de la classe ouvrière s'instruisent et s'éduquent, méditent et développent leur capacité ouvrière et sociale. Pour acquérir cette culture nécessaire, ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes : " Ni dieu, ni césar, ni tribun. "

SamA27 novembre 2010
Livres 5.00/5
L'oeuvre de Marcel Martinet mérite mieux que son oubli actuel. Syndicaliste révolutionnaire opposé à l'Union sacrée, écrivain (Les Temps maudits rassemblent des poèmes pacifistes publiés en Suisse en 1917), cet intellectuel qui refusa de « parvenir » pour lier son sort à celui de la classe ouvrière s'est posé en continuateur de Fernand Pelloutier. Dans Culture prolétarienne (1935), il critique le militantisme de caserne (« Une propagande qui récite et qui fait réciter (…) est une trahison, trahison de l'homme et immédiatement trahison du prolétariat. ») et invite la classe ouvrière à se réapproprier collectivement la critique sociale en formant des groupes de travail et de réflexion. Martinet étant un ascète pour qui l'engagement se marie mal avec le dilettantisme et le refus de la culture de soi, il en fait également une démarche individuelle car « la pensée naît de la solitude, (…) voilà un égocentrisme obligatoire et sans quoi l'individu ne sera jamais qu'un suiveur d'autres individus ou de collectivités, et le jouet des circonstances ». Rejetant le mépris dont sont victimes les classes populaires (mépris leur déniant toute faculté d'analyse politique), Marcel Martinet affirme sa confiance dans la capacité créatrice de « ceux d'en bas ». de quoi faire de Culture prolétarienne un livre de combat toujours aussi pertinent.

Christophe Patillon
Le Monde diplomatique, 03/2004

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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 18:57

Alors que Maxime NEMO a délaissé sa carrière de comédien après la Guerre qu'il a passée à l'Etat Major aux Invalides, il continue à publier des poèmes mais surtout s'engage dans la critique littéraire et sociale autour de la Revue MONDE d'Henri Barbusse puis avec Jean Richard BLOCH dans "l'Effort " et Marcel MARTINET et ce dès 1920 parallèlement à son grand projet de l'Ilôt: "petit espace mais libre" en direction des Ecoles Normales, et Universités populaires. Il effectuera un incroyable tour de France y compris en Tunisie et Algérie salué par une critique enthousiaste.

Dans la correspondance suivie entre JR BLOCH et Marcel MARTINET on mesure leurs divergences et leurs positions entre pacifisme et lutte pour la paix dans un débat qui agite les intellectuels.Extraits de Communisme Revue d'Etudes Pluridisciplinaires CNRS ¨Paris X: "Les Communistes et la Lutte pour la paix". N°18-19 2è3è trimestre 1988.

A noter qu'on retrouvera NEMO vingt ans plus tard au Congrès des Ecrivains de 1935.Sa Communication a été répertoriée par Sandra TERONI et Wolfgang KLEIN dans "Pour la Défense de la Culture".

NEMO s'en fera l'écho dans un roman: "Un Dieu sous le Tunnel" (Munich des années 30) ses nombreux articles, dans son Journal 1928-1945 et dans sa correspondance inédite avec ses contemporains.

Nicole RACINE (1937-2012): Pacifisme, socialisme et communisme naissant. Quelques documents concernant les intellectuels. 1914-1920.p.34 à 45

"Jean-Richard Bloch a demandé à Marcel Martinet qui vient de publier son premier recueil de poèmes, de collaborer à la revue littéraire L'Effort (devenue L'Effort libre en 1912). Jean-Richard Bloch a réuni autour de sa revue de jeunes écrivains, des poètes de la nouvelle génération, des militants, tous intéressés par les formes modernes de l'art et les problèmes de la fonction de l'art dans la cité ; il proclame que sa revue veut être celle « de la civilisation révolutionnaire », ce qui la place à l'extrême gauche du mouvement socialiste. C'est dans L'Effort libre qu'en 1913, Marcel Martinet publie un article sur l'art prolétarien, en réponse à une lettre de l'intellectuel anarchiste Charles Albert, intitulée « Un Art du peuple ? ».

Agrégé d'histoire, Jean-Richard Bloch a renoncé à l'enseigne­ment pour se consacrer à son oeuvre littéraire. Militant socialiste, secrétaire de la Fédération socialiste de la Vienne en 1911, correspondant de l'Humanité en Italie où il passe l'année universitaire 1913-1914, il est mobilisé en août 1914. Il part pour la guerre sans débat de conscience, sans ressentir de contradictions entre ses convictions socialistes et son devoir patriotique. Ainsi qu'il l'écrit à Romain Rolland qui cite sa lettre dans les premières pages de son Journal des années de guerre..., « La guerre de la révolution contre le féodalisme se rouvre. Les armées de la République vont-elles assurer le triomphe de la démocratie en Europe et parfaire l'oeuvre de 93 ? ». Bien que père de trois enfants, Jean-Richard Bloch demande à partir au front ; il est blessé gravement en septembre 1914 au cours de la bataille de Marne, puis de plus en plus gravement, en Champagne en septembre 1915, à Verdun en juin 1916 ; il est finalement affecté à une section cartographique de l'armée sur le front de Reims. Il finit la guerre comme interprète des armées françaises en Italie et n'est démobilisé qu'en janvier 1919, épuisé physiquement et moralement.

Marcel Martinet, exempté du service militaire en raison de sa santé précaire, reste cependant sous la menace d'une mobilisation. Avant la guerre, sympathisant plus que militant du mouvement ouvrier, il était entré en contact avec Pierre Monatte et les syndicalistes de la Vie Ouvrière ; entré en 1907 à l'Ecole Normale Supérieure, il a renoncé à préparer l'agrégation pour se consacrer à son oeuvre littéraire ; il occupe un modeste emploi de fonctionnaire à l'Hôtel de Ville. Aux premiers jours d'août 1914, en proie à un grand désarroi moral, il entre en contact avec les syndicalistes non encore mobilisés du groupe de La Vie Ouvrière qui tentent dans un isolement presque total de garder vivant l'idéal de l'internationalisme proléta­rien. Dès lors le jeune poète devient un militant, associé à l'activité de ce premier foyer d'opposition à l'union sacrée, suivant de près toutes les manifestations des minorités syndicaliste et socialiste, en corres­pondance avec Monatte mobilisé. 1

Marcel Martinet fait circuler des pétitions et brochures pacifistes ce qui lui vaut d'être surveillé par la police. Il adhère au programme de Zimmerwald, est membre du Comité pour la reprise des relations internationales fondé en 1916 ; il participe aux réunions de la Société d'études documentaires et critiques sur les origines de la guerre réunie à l'initiative de Mathias Morhardt et Georges Demartial, fréquente le groupe des Femmes pacifistes de la rue Fondary à Paris ; il écrit dans l'organe de la Fédération des instituteurs et institutrices syndiqués de la région parisienne, L'Ecole de la Fédération et ses articles sont régulièrement coupés par la censure. Ses poèmes contre la guerre "Les Temps maudits", interdits en France par la censure jusqu'en 1920, paraissent en Suisse en 1917, aux éditions de la revue Demain.

Jean-Richard Bloch et Marcel Martinet s'écrivirent durant toute la guerre ; leur correspondance 2, marquée par une affection et une estime réciproque, montre que leurs divergences restèrent entières, du début à la fin des hostilités.

En 1914, Jean-Richard Bloch parle de tuer la guerre en combattant le germanisme. Marcel Martinet qui met en doute la thèse de la responsabilité unique de l'Allemagne revient à ce qui reste pour lui la question majeure, celle de la défaite de l'internationalisme ouvrier ainsi qu'en témoignent ces passages d'une lettre inédite de Marcel Martinet à Jean-Richard Bloch en date du 8 octobre 1914

« (...) que fallait-il faire ? Je pense qu'il fallait se résigner à constater l'immensité du désastre et se taire. Attitude de lâche, dit de Ambris, après ceux d'ici ? Allons donc ! L'internationa­lisme, l'antipatriotisme ouvrier, l'âme même du syndicalisme, notre espérance, notre unique foi, tout éparpillé en une heure, feuilles sèches. tout notre effort dévasté, abattu. Ce n'est pas de reconnaître l'évidence qui est lâche, et je pense qu'il faut constater froidement les défaites pour se préparer aux luttes futures. Tout ce que nous avions fait, tenté, rêvé, de bonnes rigolades, bonnes pour les jours quotidiens ; maintenant il s'agissait d'être sérieux...

Et on a été sérieux ! Je ne demandais pas d'alors impossibles protestations. Mais la dignité du silence. Et tout le monde, et la Bataille plus que l'Humanité, a déraillé, les manchettes frénétiques de l'Humanité accompagnant les invraisemblables appels de Malato, et la fureur anti-allemande de Guillaume le bakouniniste escortant les articles ou Jouhaux (celui-là, comment avait-il si longtemps pu cacher sa vanité bavarde d'élève du cours du soir !) parlait professoralement de la triple compétence gouvernementale, patronale et ouvrière ? Je ne parle pas de quelques pages de notre ami Albert qui lui du moins appuyait le renversement de ses croyances de raisons étudiées honnêtement et qui gardait une continuité à sa pensée.

As-tu pu croire vraiment que c'était là le recommencement de 92, et d'un 92 social, comme le croyaient les plus exaltés ? Qu'il était question là de liberté ? » 3

La lettre de Jean-Richard Bloch à Marcel Martinet, lettre inédite dont on lira de larges extraits, a été écrite le 1er janvier 1917, 4 après une rencontre fin décembre 1916 à Paris ; Jean-Richard Bloch venait de passer plusieurs mois d'hôpital à la suite de sa troisième blessure. Echo de leurs récentes conversations, cette lettre fait le point sur leurs positions respectives qui, après trente et un mois de guerre, ne se sont pas fondamentalement modifiées. On notera que Jean-Richard Bloch est tenu au courant par Marcel Martinet de l'activité de la minorité

(...) Face à Marcel Martinet qui se réclame d'une, conception révolutionnaire du pacifisme (unité internationale des prolétariats pour mettre fin à la guerre), Jean-Richard Bloch qui ne se réfère pas une seule fois aux idées zimmerwaldiennes, fait dépendre les intérêts de la révolution à la paix par la défense de la nation, dans une dialectique où le point de vue de classe s'efface devant celui de la nation.

Extraits d'une lettre de Jean-Richard Bloch à Marcel Martinet

à la Mérigote 1 janvier 1917

Mon vieux,

Je te remercie des papiers que tu m'as envoyés. Je te demanderai de continuer. Tu es mieux à même que moi de te les procurer. Puis-je garder ceux-ci ?

Franchement, ne trouves-tu pas que la circulaire de la Fédération des Métaux est une méthode de conversation plus virile et plus effective que celle qui consiste à déverser sur des amis dont on n'a pas interrogé la conscience des injures emphatiques, vagues et un peu comiques, telles que de les appeler Juif renégat ou Juif infidèle ? J'ai gardé de ce moment d'une journée, par tant de côté excellente, un souvenir égayé que j'aimerais à te faire partager.

Je fais trois parts de ces documents : d'abord le bavardage inutile et généreux (aux membres du Congrès, comité pour la reprise, etc.) ; — l'argument de foi, touchant et étroit, comme ils le sont toujours [nom illisible] ; — en troisième lieu la discussion sérieuse et utile (papier Gide, Ligue des Droits de l'Homme, Comité des Femmes, Fédération des Métaux). Je mettrai dans ce troisième sac la lettre si intéressante de Brailsford sur la Belgique (Vie ouvrière), et le papier Monatte.

[Jean-Richard Bloch traite ensuite de la question des responsabi­lités des différents pays dans les origines et la poursuite de la guerre, en relevant ses points d'accord et de désaccord avec les documents transmis par Marcel Martinet.]

(...) Je ne crois pas que notre civilisation soit menacée de ruine par cette guerre-ci. Elle en a vu d'autres. Si l'on met la lune à un millimètre du point microscopique qui figurerait la terre, la première étoile, et du Centaure, la plus rapprochée du soleil, serait encore à 4 100 kilomètres et j'imagine malaisément que la vie soit le lot superbe de notre unique géoïde.

Ce pessimisme qui fait le fond de ma nature ne m'exalte pas au-dessus de mes semblables et ne m'humilie pas au-dessous. Hôte de ma forme organique pour un bail dont j'ai peut-être accompli la moitié, je mets tous mes soins à ce que notre jardin soit moins épineux pour mon fils qu'il ne l'a été pour moi, mais je regarde notre héritage comme trop peu important pour consentir à en abandonner quoi que ce soit. Je repousse successivement ceux qui veulent me persuader que pour être homme je dois cesser d'être français, et ceux qui m'affirment qu'être homme n'est point possible pour qui veut être français ; ma tête s'accommode bien de mes pieds, je ne me résigne pas à me voir enlever l'une ou les autres au profit du reste.

Pour finir par des réalités plus immédiates, si l'Allemagne offre la paix à tous ses adversaires, paix publique, paix équitable, signons-la et rentrons chez nous pour nous occuper de la faire durer. Pour une paix équitable j'entends, en ce qui nous regarde, de quoi rebâtir nos maisons ruinées, et le retour de l'Alsace-Lorraine ; car je suis Alsacien, je sais ce qui se passe dans ce pays, et que 45 mille déserteurs alsaciens lorrains servent dans notre armée. Que la Turquie garde Constantinople, la Syrie et l'Arménie, et qu'elle sache les administrer autrement qu'à la méthode kurde, j'en serais ravi.

Je désire fortement que la France ne s'accroisse pas d'un pouce de territoire volé, en Europe et hors d'Europe. Je désire ardemment qu'il en soit ainsi de tout pays. J'unirai mes efforts à ceux qui travailleront en ce sens. C'est pourquoi je suis inquiété par le refus opposé par l'Allemagne à la proposition Wilson. Je souhaite que les alliés fassent à cette même proposition une réponse dénuée d'astuce et d'hypocrisie. Je n'ose trop l'espérer.

En résumé, je m'aperçois que le principal objectif d'un grand nombre d'esprits est de porter le plus tôt possible un jugement. Je crains que ce ne soit pas une méthode satisfaisante. Il est aussi important de s'entourer de précautions contre les généralisations violentes et prématurées — fussent-elles même généreuses — que de se faire une opinion instantanée. Pour mieux dire, le jugement positif doit sortir du travail d'élimination négative et non pas l'inverse. « Cherchons la vérité pour elle-même et non pas pour triompher d'un contradicteur. »

Y a-t-il un point de vue prolétarien de cette guerre, différent de tous les autres, je veux dire insensible à la notion même de nationalité et à leur existence ? J'estime qu'une vue de ce genre est abstraite et superficielle. La nationalité n'est pas un but, elle est un point de départ, comme l'est la famille. Elle vaut d'être défendue comme notre bouillon de culture spécifique.

(...)L'écrivain avait lu Tolstoï et entendu parler de Marx. Tolstoï, le premier qui ait formulé la mystique de l'amour des hommes, fragment jusqu'alors négligé, du christia­nisme. Marx, l'homme qui a découvert la loi de la lutte des classes sans laquelle la guerre de 1914, de son premier à son quinze centième jour resta incompréhensible.

Un soir de la mobilisation, je suis rentré chez moi fourbu ; j'avais battu les trottoirs de Belleville, de Charonne, de Popincourt, les boulevards, guettant un éclair d'esprit. Rien. Je n'ai pas osé rester seul. J'ai eu peur de moi, j'ai eu besoin de retrouver quelqu'un qui me parlerait un langage humain. Jamais je n'avais mieux aimé l'humanité qu'en ce jour où elle se reniait tout entière.

Et j'ai été chercher La Guerre et la Paix dans ma bibliothèque, Tolstoï, tout de suite. Pourquoi ? J'ai appris depuis que nombreux avaient été ceux qui s'étaient réfugiés auprès de Tolstoï, ce jour-là. Nous avons ainsi, d'instinct, rendu notre hommage au maître du siècle nouveau, à celui dont la statue devait un jour dominer la Révolution Russe, comme celle de Rousseau domine la Révolution Française. De cette journée-là a commencé quelques chose à quoi ma vie et celles de bien des hommes a été vouée. Donc il est vrai de dire que la guerre a inauguré l'Internationale. Elle ne l'a pas créée, pourtant, puisque mon premier geste, et celui de nombreux hommes en Europe, fut d'aller quêter l'appui paternel du grand prophète mort à la veille de son ère.

J'ajoute que le pacifisme internationaliste ne puise pas aux seules sources de Tolstoï et de Marx. La littérature française classique a presque toujours adopté, vis-à-vis des choses guer­rières, une attitude méprisante, et nous lui devons Anatole France, Courteline, Tristan Bernard. Je me plais parfois, ces temps-ci, à feuilleter Paul-Louis Courier, affectueux et sûr camarade, et je découvre que sa vie comme ses écrits lui confèrent des droits à être proclamé patron des écrivains français mobilisés. Véritable héros, il osa formuler crûment son dédain de la guerre, et il déserta. Il estima qu'un homme cultivé, calme, sérieux n'a pas besoin de risquer une substance grise utile aux arts dans les sottises explosives et passa la bataille d'Essling accroupi derrière un caisson. Tels sont les souvenirs glorieux du seul grand écrivain fourvoyé dans cette malpropre cohue que confortable­ment, Victor Hugo, cinquante ans plus tard, décrivit sous le nom d'Epopée napoléonienne.

Une colique, la littérature française n'a pas enregistré d'autre témoignage sur ces batailles géantes. Mais Courier n'était pas pacifiste, pas plus que La Bruyère, ni que Pascal, en dépit de quelques pages fameuses dont la reproduction fut interdite par la censure pendant la guerre. Courier avait d'autres soucis en tête".

Lire aussi : Correspondance J-R. Bloch―M. Martinet
Volume 34 de Chūō-Daigaku Tōkyō: Publications de l'Université Chuô

Auteur Jean Richard Bloch Rédacteur Takahashi, Haruo Éditeur CHUO University Tokyo 1994

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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 18:41

Pour bien saisir les débuts parisiens de NEMO entre 1905 et 1914, on trouvera dans la solide thèse de Monique Surel Tupin consacrée à l'acteur et directeur de théâtre Charles DULLIN, bien des éléments qui concordent avec l'expérience d'un jeune en quête de rôles et d'aventures artistiques même s'il a déjà une expérience de la scène et est porteur d'un large répertoire poétique et théâtral qu'il maîtrise parfaitement.Rappelons qu'en 1906 il a déjà croisé enfant, Sarah Bernhardt,Loti Coquelin, J.Clarétie...
"Au mélodrame, on joue .les bras en l'air", selon le mot de GEMIER. On utilise les ficelles du métier, chaque comédien a ses trucs pour provoquer les applaudissements du public, obtenir son ”entrée, sa ',ortie" ou multiplier les rappels. Le cabot fait la loi et s'impose au public.
Au Conservatoire, on apprend la diction déclamatoire, on travaille soigneusement l'intonation de la voix. L'élève imite le maître qui, souvent, propose son modèle sans la moindre gêne. L'emphase du geste se double de la grandiloquence vocale et l'on compose soigneusement l'attitude et le port de tête qui accompagnent l'envolée du verbe.
La vedette assure le succès financier du spectacle. Elle accapare l'intérêt du public et monopolise le spectacle pour elle seule. On favorise l'interprète aux dépens de la représentation et toute la mise en scène est faite en fonction d'elle. La scène compte une pléiade de grands acteurs : Sarah BERNHARDT, REJANE, Julia BARTET, MOUNET-SULLY, COQUELIN, de ARAUDY, Le BARGY. On écrit pour un acteur en vogue une pièce qui,de ce fait,est rentable. Des comédiens de talent assurent le succès de pièces médiocres qui font courir les foules.
A côté des célébrités tout un prolétariat de la scène vit difficilement, courant d'un engagement à l'autre, souvent mal protégé par les contrats et contraints d'accepter n'importe quel rôle pour des raisons économiques.
On comprend dans ces conditions l'indignation de Romain ROLLAND qui, en 1903, dénonce le théâtre parisien comme la maison de débauche de l'Europe., c'est, selon lui une boutique où se pratique le mercantilisme le plus bas. Le mot de crise revient souvent sous la plume des critiques. En dehors de MAETERLINCK, les auteurs de talent ont peu d'audience ; JARRY a fait scandale et Ubu a échoué en 1896, CLAUDEL est à peu près inconnu. La mise en scène des théâtres commerciaux et officiels est inexistante dans la plupart des spectacles ; aucune tentative pour établir un rapport entre la pièce et le cadre où elle se joue. On se contente en général d'un dé¬cor passe-partout, installé à demeure dans certaines salles, qui évoque une pièce à mi-chemin entre le salon bourgeois et l'antichambre. Souvent de grandes baies laissent apercevoir une toile peinte qui représente la nature, paysage grandiose de parc ou de montagne. La scène coupée en son milieu par la boite du souffleur est en pente, la rampe dissimule une partie des jambes des acteurs. La salle de peluche rouge n'offre que peu de bonnes places et les spectateurs se répartissent dans les différents secteurs en fonction de leurs ressources financières et de leurs conditions sociales.
Le public accepte ce qui lui est proposé. Il sort facilement. Les classes populaires et les petite employés vont au music-hall, au café-concert et fréquentent les théâtres de quartier. Les bourgeois et les nouveaux riches font le succès du boulevard. On va au théâtre avec des jumelles, non seulement pour dévisager le comédien célèbre, mais aussi pour scruter dans la salle la toilette et le com¬portement des amis et connaissances. Les intellectuels se détournent du théâtre ou suivent les recherches des rares novateurs. ANTOINE a dénoncé vigoureusement les poncifs artificiels qui sclérosaient l'art dramatique; la dizaine d'années d'existence (1887-1896) du Théâtre Libre a donné une nouvelle impulsion à la scène. LUGNE-POE, qui s'installe en 1893 au théâtre de l'Oeuvre, transpose dramatiquement le Symbolisme. GEMIER est acteur dans des pièces de BERNSTEIN et d'Emile FABRE au théâtre du Gymnase. Romain ROLLAND milite à Paris pour un théàtre populaire ; il rêve, à l'exemple de ce qui se passe en Italie, de créations dramatiques faites à partir d'improvisations (1) et souhaite un théâtre d'hommes et non d'écrivains. Maurice POTTECHER, dans les Vosges, essaie de faire vivre de nouvelles formes de spectacles en direction des masses. Tous deux souhaitent rassembler de vastes publics devant des pièces de valeur et les faire communier dans la joie du spectacle partagé.
Telle est rapidement brossée la situation à laquelle va être durement confronté le jeune provincial venu faire du théâtre à Paris. Très vite les difficultés apparaissent; il s'y heurte d'abord seul pendant six ans, puis vit l'aventure du Vieux-Colombier avant de fonder sa propre entreprise. Il constate le manque de commodité du lieu théâtral et sa convention sclérosante, la médiocrité du répertoire, le laisser-aller de la mise en scène dans la plupart des théâtres, la situation déplorable du comédien livré à ses insuffisances professionnelles, intellectuelles et financières, le conformisme de la critique et le manque de discernement du public attiré par la médiocrité vulgaire de certains spectacles. Peu d'échos en France des interrogations de STANISLAVSKI ou de MEYERHOLD, des ouvrages d'APPIA publiés quelques années plus tôt, des recherches de CRAIG ou de la représentation à Berlin des Revenants d'IBSEN dans la mise en scène de Max REINHARDT (la pièce est connue, DULLIN travaille Oswald, mais on ignore l'interprétation allemande de l'oeuvre). Aucun courant artistique majeur ne s'épanouit à Paris en dehors du naturalisme et du symbolisme qui ne correspondent ni l'un ni l'autre au tempérament artistique de DULLIN. Toute son aventure est une tentative pour trouver des solutions aux problèmes du théâtre
de son temps."(...)

Rappelons que le jeune Maxime NEMO a joué des vaudevilles dans la Troupe des Folies Dramatiques de 1905 à 1907 "Amour et Cie" de Forest puis pour la Saison d'Eté 1913 du Théâtre du Château d'Eau avec Louis Jouvet :"Monte Cristo" d'A. Dumas et Courteline puis il rejoint Jacques COPEAU au Vieux Colombier pour la saison 1914 dans deux pièces: "L'eau de vie" de René GHEON et la célèbre "Nuit des Rois ou Comme il vous plaira" de SHAKESPEARE.

Malgré les difficultés évoquées ci-dessus, vécues tant par Dullin, Jouvet et Gémier dans un contexte où il faut allier Vaudeville des Boulevards,théâtre populaire et de recherche, Nemo assurera tant bien que mal sa subsistance pendant une décennie jusqu'à la mort de son père en 1908 puis la déclaration de guerre en 1914 qui verra la fermeture du Vieux Colombier.

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11 septembre 2015 5 11 /09 /septembre /2015 21:00

Un petit roman de Nicolas Fargues dissèque avec impertinence la diplomatie culturelle française en terre fabiusienne et les traces de l'action extérieure (en l'occurrence à la Maison centrale des Artistes de Moscou et à l'Institut français)dans cette fiction sous le regard d'un sociologue-romancier ne manque pas de nous interpeller .Jugez en plutôt par ces extraits et bonnes feuilles:

Après l’intervention de l’économiste, c’est vers moi que le modérateur se tourna : « Alors vous, Romain Ruyssen, dit-il en consultant consciencieusement ses notes, vous êtes français et sociologue. Votre dernier essai a pour titre Au pays du p’tit. Il est paru en France le mois dernier et, avec neuf autres ouvrages sélectionnés en prévision de ce salon, il a bénéficié d’une opération spéciale et sort aujourd’hui, quasi simultanément, dans sa traduction russe. »

« Je cite l’une des phrases de votre introduction, poursuivit le modérateur en plongeant le nez dans la version traduite de mon livre : “Avec les Trente Glorieuses, le surmoi révolutionnaire des Français a progressivement cédé la place au Moi-Je pépère-fonctionnaire.” Est-ce que cela signifie, Monsieur Ruyssen, qu’aujourd’hui vous considérez usurpée la réputation de nation insoumise de votre pays ? »

« Je me demande surtout, répondis-je sur un ton folâtre, comment mon interprète vient de vous traduire des mots tels que “Trente Glorieuses” et “pépère” : la langue russe possède-t-elle vraiment un équivalent de ces notions très françaises ? »

Je marquai une pause, attendant en vain la réaction de quelqu’un dans la salle. « Au-delà de votre question, repris-je, c’est de l’esprit français contemporain tel que je le perçois que j’ai envie de vous parler. Et je peux le faire sans forcément me référer à mon livre, rien qu’à partir de quelques éléments que j’ai observés ici, dans cette salle, au cours de l’heure qui vient de s'écouler.(...)

« Bon. Alors. Voilà. Comment dire. D’abord, prenons l’exemple de Pierre-Jean Mondoloni. Je suis curieux de savoir combien d’entre vous avaient entendu parler de lui avant aujourd’hui. » Je m’interrompis et promenai mon regard sur les quelques silhouettes présentes dans la salle. Un quart d’entre elles environ levèrent la main. « Bon, repris-je. Qui sont donc, d’après vous, tous ces gens qui, venus si nombreux pour l’écouter, ont quitté l’auditorium en même temps que lui tout à l’heure ? » Sans attendre cette fois de réponse, je dis : « Eh bien, c’était des Français. Ou, pour être plus exact, des Françaises. Des épouses d’expatriés français vivant à Moscou, pour être tout à fait précis. Car, en France, les études de marché montrent que ce sont en grande majorité des femmes qui achètent des livres, lisent et assistent à des conférences. Ces épouses d’expatriés, oisives et aisées pour la plupart, ont fait le déplacement jusqu’à la Maison centrale des Artistes, où la France est à l’honneur tout au long de cette semaine, afin de voir en vrai Pierre-Jean Mondoloni, qu’elles sont habituées à écouter à la radio ou à la télévision. Car, je vous le confirme, il est très connu en France. »

« Nous avons donc ici, à Moscou, dis-je, une semaine Spéciale France qui, le saviez-vous ?, consiste surtout en une opération promotionnelle financée et organisée à l’initiative du ministère français des Affaires étrangères. Comme il s’en tient régulièrement depuis quelques années dans des pays dits émergents tels que le Brésil, la Chine ou l’Inde. Et, en la personne de Pierre-Jean Mondoloni cet après-midi, un invité d’honneur français s’adressant sans s’en rendre compte (ou sans vouloir l’admettre) à des journalistes et à un public constitué à quatre-vingt-cinq pour cent de Français. Lequel a quitté la salle tout à l’heure sans même avoir pris la peine de s’intéresser à l’opinion d’une Estonienne et d’un Hongrois sur un sujet supposé nous rassembler tous ici : la France. »

« Ajoutez à cela la référence qu’a faite notre modérateur, en m’introduisant tout à l’heure, à la version russe de mon essai. » Je me tournai vers l’intéressé : « Vous ne saviez peut-être pas non plus, monsieur, dis-je avec une politesse exagérée, que mon livre ne doit son existence qu’au coup de pouce donné aux éditeurs étrangers par le département Livres et savoirs de l’Institut français, à Paris, dans le cadre d’un programme d’aide à la traduction destiné à diffuser la pensée française hors de l’Hexagone. C’est-à-dire à de l’argent public français. Je vous informe d’ailleurs que c’est le cas de soixante-dix pour cent des livres d’auteurs français traduits dans le monde. C’est une question un peu taboue dans la profession, mais sachez que lorsqu’un auteur français est “traduit en vingt langues”, cela signifie que l’État a pris en charge les trois quarts de ces traductions. Pour des ventes d’ailleurs à peu près nulles le plus souvent. Les seuls éditeurs étrangers faisant l’effort de traduire, de promouvoir et de défendre à leurs frais les auteurs français contemporains sont en général allemands, italiens ou espagnols. Les Allemands par goût bourgeois de l’encanaillement, car les Français leur paraissent depuis toujours un peuple brouillon mais divertissant. Un peu à l’image de l’acteur Louis de Funès, qu’ils adorent. Les Italiens et les Espagnols parce qu’ils nous sont frontaliers et qu’ils considéraient, jusqu’au dévoilement par Bruxelles de notre abyssal déficit public, qu’en tant que nation latine économiquement plus avancée que la leur, nous avions nécessairement quelque chose à leur enseigner. Quant à l’anglais, inutile d’en parler, nous n’existons tout simplement pas dans cette langue. Hormis quelques morts illustres tels qu’Albert Camus, Jules Verne, Alexandre Dumas ou Michel Foucault, je ne vois aujourd’hui que le romancier Michel Houellebecq capable de susciter l’intérêt des lecteurs anglo-saxons cultivés. Car, au-delà de leurs penchants protectionnistes, Américains et Britanniques nous prennent, à raison, pour des dilettantes satisfaits et sans vision. Bref, beaucoup de bruit pour rien. Beaucoup de France pour pas grand-chose. » (...)

« En résumé, ajoutai-je, nous avons là une nation qui, à défaut de réelle puissance, s’achète aujourd’hui une omniprésence à coups d’opérations de charme aussi arrogantes qu’infécondes. » (...)

Un article venait de paraître dans L’Express à propos de mon livre. Il s’agissait en réalité de quelques lignes à peine développées, non signées, lesquelles venaient s’ajouter à une série de brèves publiées dans les pages « Société » de l’hebdomadaire :

Charge féroce contre la culture et les mœurs françaises, "Au pays du p’tit" revendique une démarche à contre-courant des études ordinaires de sociologie, en appréhendant les faits par la subjectivité du détail davantage que par les enquêtes et les chiffres. On ne manquera pas, en ces temps de crise de confiance nationale, de juger l’entreprise opportuniste et, surtout, un peu légère. Pourquoi seuls les routards français refusent-ils de coudre le drapeau tricolore au dos de leur sac de voyage ? Existe-t-il un autre pays que la France où l’on se souhaite « Bon courage » avant d’aller travailler, et où l’on déplore « Ça va comme un lundi » en tout début de semaine ? Où l’on dise « Fallait pas » après s’être fait offrir un cadeau ? Tentatives d’analyses et de réponses par Romain Ruyssen, maître de conférences à l’UFR de Sciences sociales de Paris X.

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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 14:33

VILDRAC fut le contemporain et l'ami fidèle de Maxime NEMO. Ils ont traversé les siècles et partagé leur même passion pour la poésie, la littérature et la peinture. On regrette de ne pas avoir pu reconstituer leurs échanges épistolaires foisonnants et surtout autour de l'Association JJ Rousseau. Peu ou pas de clichés de leurs vacances à Saint Tropez. Restent des dédicaces empreintes de chaleureuse communion et d'encouragements réciproques. Je cherche toujours à dater le moment de leur rencontre à Troyes ou à Paris entre la rue de Seine et la rue de Grenelle. Il me reste quelques exemplaires de " la Colonie" d'Amadou le Bouquillon et de" l'Ile rose" qui venaient saluer mes anniversaires.

CHARLES VILDRAC est, à cause de sa vraie simplicité, un des rares à qui l'on ose demander tout à trac : « Qui êtes-vous ? • Et lui, aussitôt, de me dérouter :

Je m'appelle Charles Messager. Quand j'étais jeune, ma soeur aînée vivant en Angleterre, je lui envoyais tous les jours un journal familial « le Messager ». J'y signais des articles « Roger Vildrac », par admiration pour Wildrake, le héros de Walter Scott. Vers dix-neuf ans, je publiai des vers dans ces minces revues qui pullulaient à l'époque, notamment dans l'Idée synthétique de Jean de La Hire. Au retour du service militaire, je voulus reprendre mon nom...

Trop tard !

C'est ce que me dirent mes camarades. Ma mère aussi, qui n'avait pas envie que je divulgue mon nom... « pour des bêtises », sourit gentiment Charles Vildrac derrière ses lunettes.

Ce Parisien depuis trois générations, né rue Berthollet, n'en a pas moins de solides attaches provinciales, champenoises par son arrière-grand-père, meunier à Troyes, et bourguignonnes par sa mère. Mais il habita toujours Paris (où son père, un temps, s'occupa d'éditions) soit au quartier Latin, soit au faubourg Saint-Antoine, où sa mère dirigeait une école.

J'ai joué toute mon enfance dans les ateliers d'ébénisterie des vieux passages parisiens, chez des encadreurs, des tourneurs, des doreurs...

Ses études secondaires, il les fit au lycée Voltaire, après être passé par l'école Arago, « trop scientifique pour moi », avoue-t-il encore aujourd'hui. Son ambition d'enfant était charmante : il voulait être à la fois colon et poète, n'importe où sous des palmiers tropicaux ! Le programme d'études de l'École coloniale l'en découragea sans tarder... Mais quoi ! L’essentiel de cette vocation demeure sans plantations ni palmes, Charles Vildrac est un vrai poète.

Ce poète est aussi auteur dramatique. Et ses pièces. qui sont parmi les plus attachantes, les plus simplement émouvantes, ont une résonance qui n'appartient qu'à lui.

Tout jeune cependant. je ne comprenais rien au théâtre. Tous les samedis, Antoine montait des spectacles pour la jeunesse. Duhamel lui: donna une pièce, la Lumière. De mon côté, j'avais

Ecrit un poème. la Visite, puis une pièce, « l’indigent » qu’Antoine refusa. D’ailleurs il devait déclarer plus tard, après l’avoir vu jouer par les Pitoëff : »J’ai lu cette pièce il y a longtemps : je me suis trompé.

Dès sa petite enfance, Charles Vildrac se montre grand amateur de « sociétés ». A douze ans, il fonda une « société secrète » , qui comprenait cinq adhérents, basée sur une commune admiration pour un de leurs maîtres. Un mot de ce dernier, où il était écrit : « Les sentiments de mon petit élève Untel m'ont fait bien plaisir », leur tenait lieu de carte de sociétaire. Aux réunions, on s'interrogeait gravement : « Rien de nouveau ? Rien de nouveau ! » Et tout était dit jusqu'à la fois suivante !

Quelques années plus tard, occupé à classer la bibliothèque d'un avocat parisien, il rencontre Georges Duhamel, la lavallière au vent, les cheveux flottant sur les épaules. Et voilà fondée la Société de la Jeunesse artistique et littéraire !

C'est à cette époque que nous nous sommes retirés à l'Abbaye, une propriété de Créteil au bord de la Marne, pendant près de deux ans. Notre but ? La libération de l'artiste. Notre tâche ? L'imprimerie. Très vite. nous apprîmes notre métier. Mais nous publiions des livres à compte d'auteur ! Le plus souvent c'étaient des vers ! Cela ne pouvait durer.

Avant ce que Charles Vildrac appelle encore « la catastrophe », il avait publié « Images et Mirages », livre de « poésie immédiate », comme dit Jules Romains, qui témoigne à la fois de l'influence de Verlaine et de celle de Verhaeren.

C'est pendant la guerre 1914-1918 qu'il écrit. dans une section de camouflage du front d'Italie, le premier acte du Paquebot Tenacity »:

  • Je n'imaginais même pas que cela pût être jamais joué ! Je voulais seulement mettre l'accent sur ces virages du destin, provoqués souvent par le plus banal et le plus insignifiant incident de route. Une fois rentré chez moi, j'achevais « Paquebot Tenacity s très rapidement ; et Arkos le publia aux Editions du Sablier, qu"il venait de fonder à Genève.

Jacques Copeau créa la pièce au Vieux-Colombier, après l'avoir montée en huit jours. Ses interprètes étaient Gina Barbieri, Bouquet, Vitray, Legoff.

— vous souvenez-vous, Charles Vildrac. de l’impression que vous a produite ce spectacle

se rappelle-t-il. J’avais l’impression de m'exhiber tout nu !

Dieu merci ! on se fait à tout. Et parmi une production dramatique qu’il nous est donné d’applaudir, trop rarement d’ailleurs : le Pèlerin, Madame Béliard, la brouille (1930) nous valent à la Comédie française d’enrichissantes soirées.

Croquis de Charles Vildrac, exécuté par Berthold Mahé.

Charles Vildrac est sans doute plus joué à l'étranger qu'en France, en Italie et en Allemagne notamment.

Tous les ans il part un mois, tout seul, à Saint-Tropez, où il faisait, il y a quelques années encore, un voyage de huit jours à pied, sac au dos, « pour faire connaissance, m'explique-t-il, avec mes personnages ». Mais cette retraite de courtes semaines ne l'empêche pas d'estimer à son prix une vie de famille qu'il me décrit en quelques mots :

Vous savez que j'ai épousé Rose Duhamel, la soeur de Georges ? J'ai un beau-fils, une fille grand-mère déjà, ma petite-fille, mariée à dix-sept ans et demi, ayant elle-même trois enfants. C'est ma femme, aidée de mes enfants, qui s'occupa de la galerie que j'ai dirigée après l'expérience de l'Abbaye. L'endroit même en a disparu, au 11, rue de Seine, pour céder la place au petit square qui niche derrière l'Institut. Je me suis toujours occupé de critique d'art et je viens de publier récemment un Camoin:.

Et la poésie ?

  • Je n'en écris plus guère, hélas ! soupire-t-il. Vous savez que la poésie demande une constance, une fidélité exclusives.

A vrai dire, ce qui l'attire le plus, c'est écrire pour les enfants.

Dans le vaste salon Empire qu'il habite au deuxième étage d'une des-plus ravissantes maisons de la rue de Grenelle, et qu'ornent aux murs des dessins et des toiles de Berthold Mahn, de son gendre Gerbaud, mort prématurément, de Marquet et de Matisse, Charles Vildrac m'ouvre les rayons de sa bibliothèque où il a rassemblé ses livres pour enfants.

Ingénus, colorés, frémissants, poétiques, les titres prennent leur essor, « la Famille Moineau » la Colonie, les Lunettes du lion, Bridinette, le Castor Grogh, l'lle Rose...

Si je m'écoutais, me confie Charles Vildrac, je n'écrirais plus que ça !

CLAUDE CÉZAN.

Ecole Libératrice n°15 – 1959 p.29 et pp.37 quelques vers de Vildrac.

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