La biographie détaillée de Maxime NEMo (1888-1975) secrétaire général de l'Association JJ Rousseau de 1947 à 1975 . Nombreux textes inédits.
**Transcription du Journal de Maxime Nemo (1928-1939)**(1ere partie)
Voici la transcription des pages fournies (lecture approximative d’une écriture manuscrite cursive parfois difficile ; certaines passages restent incertains).Annotations par IA Grok
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**Page datée du 4 février 1928 (début du journal)**
Ce jour, 4 février 1928, est un grand jour : j’ouvre
un journal. Je n’ai pas l’intention de raconter les faits de ma vie extérieure mais d’essayer de noter ce qui me paraît être vrai de l’être. J’ai vécu jusqu’ici dans une sorte de flou préalable et il est bien possible que
l’absence de concentration de mes pensées, l’oubli qui le suit, l’isolement, m’aient été préjudiciables. Je verrai bien si la méthode que j’adopte, qui consiste à inscrire ici certaines impressions ou réflexions – me sera favorable.
Il arrive dans la vie un moment où l’on désire
se connaître aussi à fond que possible. Jusque-là - j’avais 40 ans cette année – on a donné à la vie. Comme on le faisait souvent dans l’autre semaine, à 40 ans, on fait le compte avec les amis. Jusqu’alors on s’est jeté à leur tête ou on a tiré de soi pour eux ; à cet âge, on commence à faire le compte de ce qu’ils nous offrent en échange. Or, la vie est une grande année – surtout quand on est dans une période aussi dense. On s’étonne dans un être qui n’a pas de ce capital évaporé pour les gens : une vie intérieure, une petite éternité pour le regard d’une femme bien aimée. Je fais donc arrêt à ce moment où il faut faire le compte et, peut-être, aimer avec la même sincérité, parfois avec un peu moins de partialité. 40 ans ! le moment où il faudrait pouvoir « stabiliser ».
On est au milieu des gens, du bruit, de l’amour
et de l’amour, les deux vies – si peu – du tout
au milieu de l’idée de la naissance et de la mort.
C’est bien mon cas.Un roman à faire : l’Isolé. Une jeune fille élevée dans un certain raffinement par l’éducation donnée dans
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**Page suivante (suite du roman « l’Isolé »)** Un roman à écrire : l’Isolé. Une jeune fille élevée dans le raffinement de certains S.R. [?] d’un certain milieu intellectuel, bien élevée, jetée dans un milieu terrible de paysans adonnés à l’alcool. Elle incarne par son élégance, son port, un monde d’idées, son désir de bien faire – jette petit à petit dans l’isolement mental qui crée son raffinement, tirée à l’homme qui passe artiste peintre, marié ailleurs, mais seul dans ce trou, peu à même de la voir que lorsque où il fit aussi la jeune fille, et, de plus elle et le paysan à cause de ses airs de tête en l’approuvant et la laissant aller à la séduction – l’inévitable un soir par la nature est accomplie – le danger de l’isolement.
Abandonnée entre le forçat qui « pélote » et le Père Pascal qui condamne les fautes charnelles… finalement, une sorte de mort morale, se refait utile après la « délivrance » – 20 ans plus tard, hanté par le souvenir et le remords, il revient – une femme vieille, indomptable lui apparaît qu’il voit de loin et se dérobe il ne fait pas reconnaître. Il part, brisé. La vie a été autrement…
*(au crayon)*
Petite page d’un grand pays le village est endormi sur terre, le monde en ange [?] qui passent que sont-ils dans la nuit, le rivage
et ce pêcheur matinal dans la mer ligure qui s’élève si lente… un jour de plus quelque part, dans l’air sombre
bien loin dans le ciel, on se perd dans le
[…]
je [?] le petit enfant qui dit : « Maman – maman… » (note : 27/4/19.28)
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**Page « L’individu »**
L’individu est tout, à la condition d’être un point de départ. Le contraire est souvent prôné, je crois la conception nhumaine pour la raison que l’individu n’est pas qu’une conclusion momentanée et qu’il est instrument d’établissement humain sur une base aussi fragile. Le moins qu’on puisse faire – sauf pour ceux – et il en est ! – qui sont dépourvus de sens sociaux – mais alors, ce sont des enfants ou des fous – le moins qu’il soit possible de faire est d’établir entre chaque individu, entre l’éternité des individus, une relation intellectuelle et, de là, la so-
ciété est fondée. La loi de l’instinct qui n’est autre
que celle du permanent exige de l’élémentaire fonder cette relation, cet « effet » dans la cause est l’existence conçue et non plus seulement éprouvée,constatée.
Et, il n’y a pas les bêtes – et encore moins, n’y a-t-il Dieu ! – pour le contrôle de la construction. L’homme seul le peut : toute vie réelle, complète est une lutte pour l’éternité ; les religions n’ont pas d’autre sens.
Comment, de là, concevoir la relation de l’individu à l’homme ? et comment le s’imaginer mieux que famille tout d’abord à la dure obligation d’aimer.Mais qu’est-ce que j’aime ? – C’est être. La vie n’est qu’un échange perpétuel. La mort n’existe pas. Elle mange la vie, mais la restitue à la substance initiale ; elle transforme son identité – sans échange monétaire – le système est, sans doute, le retour au primordial, perpétuellement en mouvement vers de nouvelles perfections. La stabilité n’existe que dans une certaine apparence qui est le mouvement – un phénomène de rythme. La vie est un échange de forces en perpétuel.
L’individu est l’apparence visible du mouvement universel, mais il est tenu dans un rythme qui domine tous les êtres, ainsi le infinitésimal jusqu’à l’astre créateur de mouvements ou de rythmes
---Page suivante (suite de « L’individu » .
On nous dit : le système solaire, mutations rythmiques dominant les mondes comme déjà, cette condition crée l’activité des cellules individuelles. Donc, tout au contraire, l’individu n’est pas plus isolé que ne l’est Mars ou la Soleil.
L’individu meurt et il danse ; il continue, au sens précis du terme. Il est dans le plan humain, la représentation – dans nos yeux actifs, du permanent invisible dans son oeuvre générale et présenté par cette cause acci- dente de son mouvement : l’individu. L’individu détient la vie dans ce qu’elle a pour nous de concret. Il n’est rien, et il est tout. Tout s’il se connaît, rien s’il s’absorbe dans l’adoration de lui-même, si les désirs, les élans, pour le mieux dire : si son égoïsme ne fait pas canaliser, enfermer dans ses élans la notion de l’universel.
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L’être n’est que par le mouvement. Mais le mouvement n’a de valeur que par le rythme. Le rythme, c’est la musique de la vie, c’est sa déesse, et sa cause. De l’individu à l’universel, rien qu’une succession de rythmes. L’univers, c’est toi, mais échoé. Rien n’existe si la main avide de nos sensations ne peut le saisir – mais je vois que faut-il, cette feuille blanche qui se courbe et s’ouvre, cette main qui fixe les pensées qui traversent mon cerveau, et dans le mouvement durant lequel, je ferme les yeux, la vision rapide du monde, de mon son, précis, réel et infini qui se balancent dans mes pensées. Un mot sur cette page qui un individu écrit encore que le bruit de l’univers,
et l’inconnu extérieur fait silence – Il suffit d’une seconde de possession pour posséder le monde en soi et être possédé par lui.
Rien ! une émotion préalable, comme l’attente d’un mot, d’un amour, puis l’éclair auquel je serais le plus tant la vie a lieu.
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**Page 5 – Définition de l’amour**
Définition de l’amour.
L’amour se fait à deux… quelque fois. La femme est le paysage fixe et l’homme, le nuage qui passe pour aller ailleurs.
(Civilisation) –
Prendre conscience de l’époque, de ses rêves, mais, autant, de ses réalités ; après une étude approfondie, dégager un plan d’idées.
Partir dans l’idée préconçue à la recherche de l’époque, avec la seule volonté de savoir – objectivement – puis, tenter une synthèse de l’homme actuel – et établir le plan du « civilisé » c’est le but du milieu. Montrer que nous ne sommes inter nationaux mais vides – vides du tout – malgré les élans. En somme, une action ayant pour domaine d’exploration la vie actuelle pour méthode l’esprit scientifique et pour but : la recherche des principes.
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**Page 7 – « Connais-toi toi-même » – 4 juillet 1928**
« Connais-toi toi-même » – 4 juillet 1928.
J’ai aujourd’hui 40 ans. Est-il possible de faire une
analyse parfaite de soi-même ? (parfaite parce qu’objective, car, tout de même, qui se connaît mieux que celui qui se scrute ?). Je tenterai cet effort et je ferai tout ce qu’il est possible à un homme de faire pour parvenir à la plus rude et la totale franchise. Je n’ai l’intention ni de plaisanter, ni d’exalter, mais d’exposer. Je dirai donc ce que je crois être la vérité concernant ma nature.
Je suis né imperfectible. Ma nature physique est en même temps froide et ardente. J’ai le cœur (vu sous l’aspect sentimental) froid, sec et dur et je suis cependant capable de tendresse désespérée. Je pense depuis quelque temps que le fond des êtres est sec et dur, mais que le sentiment compte de l’état de leur nature, qui sont les plus susceptibles de tendresse et même de dévouement jusqu’à la fin bien engagée car je ne suis pas tenu par l’idée d’abnégation pure, chez moi, dominer, servir permanent, le fond de ma nature reprend le dessus impérieusement. Suis-je capable d’un grand senti-ment ? oui mais seulement pour un idéal. En
somme, s’il est exact que nous vivons plusieurs existences et que chaque nouveau pas nous élève vers la perfection ou ce qui, pour nous en est bien, c’est
à dire la vie spirituelle, je suis dans un centre de
mon évolution : la chair ne me tient plus pour
faire de moi une passionnée, et cependant elle me prend encore dans son empire car je suis poly-
valent, mais le mouvement part, je regarde d’un
œil froid l’émotion sur la rapidité à laquelle elle
me. J’en sortirai peut-être. Je me vaillerai même
sans panique me détacher de sa puissance momentanée. Je suis donc au centre de l’évolution, c’est à
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**Notes de lecture**
- L’écriture est parfois très serrée et certaines mots restent douteux (notamment dans les passages poétiques ou les ratures).
- Les pages semblent provenir d’un même carnet (numérotées 3, 4, 5, 7…).
- Dates repérées : 4 février 1928 (ouverture du journal) et 4 juillet 1928.