Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 janvier 2022 4 20 /01 /janvier /2022 18:57

Pour prolonger les conversations avec l'au-delà qui mèneront Maxime Nemo d'une fréquentation des Saintes écritures dans son enfance et des institutions religieuses où son père avait ses entrées auprès des évêques de Soissons, Amiens, Montpellier et Bayonne  jusqu'à ses dialogues avec le RP jésuite Teilhard de Chardin , il y eut une longue quête philosophique sur "l'acte de vivre"(1972)  en compagnie de Rousseau bien sûr mais aussi de Voltaire, Pascal, Schopenhauer et Cioran. 

C'est dans le chapitre de son essai autobiographique "Adieu à la France qui s'en  va" publié en 2003 chez Grasset que l'académicien Jean Marie Rouart m'a donné quelques clés pour comprendre l'imprégnation de l'éducation et de la culture religieuse subie et fantasmée par mon aïeul dans les années 1890 forgées par un père manager qui façonna son "enfant prodige" au point de lui léguer son répertoire et de lui faire partager son amour du théâtre . On verra qu'à la mort brutale de ce dernier en 1908, le jeune Nemo prendra d'autres chemins d'écriture et de jeux dramatiques en s'affranchissant des patronages et parrains ecclésiastiques ou princiers pour  s'attacher aux grands auteurs tragiques et romantiques sans oublier son maître absolu Jean Jacques qu'il tutoya pendant plus de trente ans au sein de l'Association Rousseau qu'il avait créé en 1947. Mais écoutons notre Académicien qui justement nous parle de son éducation religieuse et de Rousseau...

Monseigneur de Cabrières Evêque puis Cardinal de Montpellier 1898

L'éducation religieuse, école de la concupiscence

L'éducation religieuse m'a toujours paru une école de la concupiscence. Loin de me détourner du péché, elle m'y plongeait. Si naquirent en moi de ces pensées impures qu'il fallait ensuite confesser, c'est bien à la Bible que je les dois. Je préparais ma première communion au patronage du Bon Conseil, rue Albert-de Lapparent, où le jeune Montherlant avait ébauché des jeux malsains avec ses petits camarades. Les leçons de catéchisme consistaient à lire la Bible, l'Evangile, à méditer pendant la retraite afin de se préparer à la confirmation et à la communion solennelle. Elles alternaient avec de longues plages d'exercices physiques. L'immeuble du Bon Conseil ouvrait sur un vaste terre-plein caillouteux où tous les VII arrondissement s'étaient écorchés. On genoux du jouait au foot, au ballon prisonnier, aux barres.

Comme j'aurais voulu moi aussi être le favori de Dieu pour connaître de tels signes d'élection.

L'Evangile qu'on nous lisait semblait en totale contradiction. Il paraissait avoir été écrit par la comtesse de Ségur. Plus d'armes, plus de guerres, plus de vengeances, très peu de sexe, beaucoup moins de favoritisme et de chouchous. Les miracles étaient moins grandioses : on passait de la tonitruante séparation des eaux de la mer Rouge à la modeste guérison du para lytique. Les Mille et Une Nuits et Cecil B. de Mille se métamorphosaient en une histoire sage et triste, surtout sur la fin, mais qui touchait le cœur de mille façons. Après les véhémentes incantations et les règlements de comptes, c'était l'heure de la tendresse et de l'émotion. On pleurait. On avait excité ses sens avec Judith, Esther, la Moabite, la Sulamite qui rend Salomon fou de sensualité, l'incestueuse Thamar, l'adultère Bethsabée, on s'endormait le soir, apaisés, sous le regard attendri de Marie qui, si elle ne prolongeait pas l'affection d'une mère, tout aussi tendre, réparait la rudesse d'une marâtre ou suppléait au manque cruel de l'orphelin grâce à cette adoption mystique dont aucune religion n'a jamais offert un exemple plus beau.

Cette ambivalence entre sensualité et mysticisme, cruauté et tendresse, se retrouvait dans la description de la vie des martyrs : Blandine, Catherine, Solange, ces saintes jetées nues dans des arènes où elles étaient déchiquetées par des tigres, des taureaux, inspiraient des émotions troubles. Une gracieuse poitrine a beau être donnée en pâture à un taureau, l'écume aux naseaux, elle n'en garde pas moins sa gracilité et sa fraîcheur. La vierge immolée, on la plaignait et on la désirait. On aurait bien voulu la faire échapper à la griffe du tigre qui déchire Cimodocée, mais pour en faire sa proie captive et la dévorer de baisers. Ces histoires de saintes étaient exténuantes. Pas étonnant qu'elles aient fait autant de croyants, mais aussi de Gilles de Rais, de Sade et de Sacher-Masoch. Saint Vincent de Paul avec ses hospices, saint François d'Assise avec ses oiseaux paraissaient bien ternes en comparaison. Leur vie édifiante faisait bâiller. Quant à moi, je me voyais très bien dans le rôle de Tarsisius, le jeune Romain converti qui cachait sous sa toge prétexte la communion portait aux futurs martyrs. Les aider, ces martyrs, oui, mais de là à se mettre à leur place! Je ne comprenais pas qu'on se fît découper pour une conviction ou une foi. Cela me semblait un peu excessif, immodéré : il est vrai que j'avais du sang béarnais comme Henri IV. Un sang qui aspire plus à la conciliation avec les réalités qu'à servir de pitance aux lions et aux bêtes féroces d'Afrique.

Dans La Bible de l'humanité, Michelet fait de Jehovah une sorte de précurseur de Balzac qui, à force de montrer aux hommes la loterie du destin, de jouer avec leurs désirs, leurs dépravations, leurs ambitions, amène à reproduire inconsciemment ces jeux et sa fantaisie en s'y donnant le beau rôle. C'est pourquoi les hommes avaient tant besoin de tuer Dieu : pour prendre sa place et se donner à eux-mêmes le destin fastueux qu'il réservait à ses favoris : «L'histoire même sérieuse des juifs portait sur un fond romanesque - le miracle arbitraire où Dieu se plaît à choisir dans le moindre, dans l'indigne même, un sauveur, libérateur, vengeur du peuple. Dans la Captivité, la Banque ou l'intrigue de Cour, les fortunes subites lancèrent les imaginations au champ de l'imprévu.

Le roman laïcise l'aventure biblique en remplaçant le surnaturel par la volonté ou par le hasard : «L'amour est une loterie, la Grâce est une loterie. Voilà l'essence du roman. Il est le contraire de l'histoire, non seulement parce qu'il subordonne les grands intérêts collectifs une destinée individuelle, mais parce qu'il n'aime pas les voies de cette préparation difficile qui, dans l'histoire, produit des choses. Il se plaît davantage à nous montrer les coups de dés que parfois le hasard amène, à nous flatter de l'idée que l'impossible souvent devient possible. L'esprit chimérique se trouve intéressé dans l'affaire, il veut qu'elle réussisse. Si je me suis un peu étendu sur l'influence de ces images bibliques et chrétiennes sur une jeune imagination afin de montrer leur empreinte, ce n'est pas, comme Michelet, pour y chercher l'origine d'une vocation de romancier, mais pour montrer combien, un demi siècle après Combes, dans un monde laïcisé l'empreinte à demi effacée du christianisme restait forte. Cela ne nous donne cependant qu'une faible idée de l'influence qu'il a pu exercer pendant vingt siècles par ce labourage intensif des âmes, la foi, la culture chrétienne ont touché toutes les activités; elles ont ensemencé les consciences, les ont emprisonné dans un filet aux mailles serrées. Le clergé omni présent réglementait tout le calendrier, temps, les jours fériés, les fêtes chômées; le pouvoir, la justice, le droit, la naissance, le mariage le baptême, l'adultère, la charité, la politique intérieure et extérieure. Et comme si cela ne suffisait pas il fallait que, chaque jour, chaque heure une cloche dans chaque village affirmât la présence religieuse. Les messes les vêpres, les offices psalmodiaient la bonne parole, relayée par  les abbayes , les monastères, les congrégations. On stimulait l'ardeur de foi par des pèlerinages Saint-Jacques-de-Compostelle, à Rome, au Mont-Saint-Michel, Jérusalem, pèlerinages qui drainaient des foules immenses et qui connaissaient leurs répliques villageoises la procession du Calvaire. Pour faire pénétrer la lumière dans le tréfonds de l'âme, on employait des armes subtiles à la limite du sortilège qui opéraient une infusion par la beauté : le chant grégorien puis la musique sacrée, la peinture, la sculpture, l'ornementation, l'architecture étaient réquisitionnés pour produire des mélodies, des images, des effigies . A chaque pas, ce n'était que croix, vierges, saints, martyrs transfigurés par l'art. On ne pouvait échapper à l'empire de ce message par la douceur ou par force, par la vue,  par l'oreille pour faire lever la pâte chrétienne dans ce pays qui s'éveillait de la nuit barbare tombée avec les grandes Invasions. Qui pouvait résister? Des fortes têtes, des fous, des sorcières, rassemblés, condamnés et  brûlés sous le nom d'hérétiques.

Le christianisme, avant de devenir  infâme synonyme d'obscurantisme pour les philosophes des Lumières, avait brillé longtemps comme la lumière de la civilisation. N'était-il pas l'héritier de la Grèce la statue d'Aristote figure en bonne place sur le porche de la cathédrale de Chartres, de Rome dont il avait préservé les trésors de la ruine? Adopter le christianisme à l'époque de Clovis, choisir la religion de saint Remi, c'était marquer sa préférence pour les principes civilisateurs du droit, de la justice, de l'art et abjurer les ombres anarchiques de la Germanie. Les Francs les Franks - avaient beau se targuer d'une ascendance illustre qui les reliait à Troie, à la légende homérique, à Francion, le fils d'Hector, on avait du mal à retrouver chez ces hommes vêtus de peaux de bêtes, qui buvaient dans les crânes de leurs ennemis des boissons fermentées à base de houblon germé en poussant des cris gutturaux, les belles manières de la descendance de Priam et le raffinement d'Andromaque. Et Bructères, Chamaves, Chattes, Chérusques, Ripuaires, Saliens et Sicambres dont Clovis fit exécuter les chefs à la faveur d'une beuverie, s'ils étaient un peu moins barbares que les Huns et les peuples de Gengis Khan, se distinguaient plus par leurs talents de belluaires et de mercenaires que par leurs fréquentations des belles-lettres et de la métrique pindarique. 

Etre chrétien représentait une identité culturelle autant que spirituelle. C'était être novateur en face du païen empêtré dans ses cultes naïfs et ses incantations primitives, civilisé en face du Barbare hirsute qui, ne pouvant s'exprimer par les mots, formulait sa violence en crimes, en viols, en profanations. C'était acquérir une généalogie morale et une histoire qui vous reliaient tout à la fois à Homère et à Moïse, à Socrate, à Jésus, aux héros et aux saints, aux sages et aux martyrs, aux érudits et aux poètes alors que le  barbare » ne pouvait se prévaloir que de filiations impures avec les diverses bêtes sauvages auxquelles il s'identifiait, le loup, le lynx, l'ours, dont la face haineuse, tout en crocs. ornait ses totems.

C'est la religion chrétienne, elle seule, cette croix dressée dans le désert laissé par les invasions, qui a été le rempart au désespoir. On s'accrochait à elle parce qu'elle prophétisait une autre vie, moins cruelle, moins hideuse, mais aussi parce qu'elle contenait les principes et les vestiges de la civilisation disparue.

L'époque moderne ne s'est démarquée qu'en apparence de son influence. Le XVIII° siècle des Lumières qui l'annonce, et qu'on pourrait croire libéré de cette croyance, comme il est encore marqué par elle ! C'est au nom des principes chrétiens de justice qu'il combat les abus du clergé, qu'il donne à la liberté son sens. C'est dans l'Evangile qu'il puise son principe révolutionnaire : « Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. » Notions qui, avec Saint Augustin aboutiront à la séparation de la religion et du gouvernement, de l'Eglise et de Etat, mettant fin à une confusion des genres dont l'Orient a tant de mal à se défaire. C'est de là qu'est issue la conception laïque de l'Etat dans le monde occidental. Quant aux révolutionnaires si infatués de Rome et si chauvins au point de vouloir débaptiser la France qui rappelait les Francs, l'invasion étrangère, pour la remplacer par la Gaule, il y a dans leur messianisme, leur excès à la Savonarole, leur puritanisme, des résonances jansénistes. C'est un ton de sermon que l'on entend au Comité de salut public. On a remplacé le mot Dieu par le mot Révolution ou le mot peuple. La Convention semble reprendre dans sa croisade contre les Vendéens les mêmes armes déployées par Simon de Montfort contre les hérétiques albigeois. Le sentimentalisme, cette féminisation de la vie, avec lesquels Rousseau va modeler ses portraits de femmes tout pleins de pitié, de tendresse, de pureté virginale, de cet amour platonique qui va contaminer les imaginations des romanciers du XIXe siècle, d'où viennent-ils, sinon de l'association de l'amour profane et de L'éducation religieuse...l'image de la Vierge Marie? L'austère protestant de Genève apporte dans ses romans la douceur et la poésie de l'Evangile.

Avec Chateaubriand, le christianisme, comme un fleuve qui a rompu sa digue, réapparaît, chargé des débris du siècle qu'il emporte sur son passage on mêle croyance et incrédulité; on sépare le catholicisme de la foi; on opère un syncrétisme du religieux et du positivisme des Lumières. On se fait une religion du cœur, pour soi, selon son caprice, comme celle de Chateaubriand lui-même.

Et encore, si nous en avions fini avec cette religion dans laquelle nous ne croyons plus sans parvenir à nous en passer. Quel psychanalyste révélera à notre conscience tranquille de Français tout ce qu'il y a de chrétien en nous : dans notre pensée, nos actes, notre culpabilité, nos réflexes? Les pires athées ne sont pas moins suspects : le petit père Combes, ancien séminariste acharné à laïciser la France, était au même moment amoureux d'une abbesse d'Alger, sœur de Marthe Bibesco, à laquelle il écrivait des lettres brûlantes de passion. Mais comment pourrions-nous arracher notre coeur, éradiquer un sentiment de la vie aussi insaisissable que l'air que l'on respire et qui est imprégné d'un parfum tenace? Nos prénoms donc notre identité, nos jours fériés, nos fêtes, nos expressions, notre langue, notre littérature, les noms de lieux où que nous allions, ne sont-ils pas surmontés d'une croix ? Une croix moins présente que celle, invisible, qui est plantée dans notre cœur.

C'est le clergé que l'on a chassé, les dogmes qui, croyait-on, empêchaient de vivre, de jouir, mais pas la croyance qui s'est insinuée jusque dans le cortex de l'athée, du bouffe-curé, du blasphémateur, de Homais, d'Anatole France, de Malraux, de Valéry.

D'ailleurs, ce christianisme refleurit après avoir poussé souterrainement dans la littérature: chez Baudelaire, mécréant, fils d'un prêtre défroqué, qui n'a que Satan et blasphèmes à la bouche, mais rêve d'anges, d'archanges, de paradis, de réversibilité, de communion et d'extase; chez Verlaine, bien sûr, qui retrouve dans sa poésie le sourire de l'ange de Reims ; chez Flaubert, l'ermite de Croisset qui s'habille en moine et se livre à des macérations, des jeûnes, des flagellations pour accéder à la sainteté du style, à cette austérité à laquelle il s'astreint, loin de ces péchés contre l'art que sont la compromission, l'arrivisme; chez Mallarmé, même exigence, même voûte spirituelle dans le monastère de la rue de Rome où il aspire au pur, à l'azur, au vierge, au vivace, à l'inconsommé, où communie avec l'ineffable. C'est un mage, prophète qui, dans l'ascèse, cherche une clé due, une spiritualité rosicrucienne plutôt orientale, illuminée de symboles et ornée de m rares comme des pierres précieuses.

Droit de la personne humaine, défense sans-papiers, Téléthon, ces nouvelles pratiques de la charité ne sont pas nées par hasard.  Derrière elles, il y a l'ombre portée de Jésus, de St Vincent de Paul, de saint François, de coeurs miséricordieux à l'homme dans les fers, à l'apatride sans feu ni lieu, au malade.

Pour toutes ces raisons, « nous ne pouvons pas ne pas nous dire chrétiens », comme l'écrivait en 1942 le philosophe italien Benedetto Croce en réponse au livre de Bertrand Russell intitulé "Pourquoi je ne suis pas chrétien". Benedetto Croce estimait que le christianisme a été la plus grande révolution que l'humanité jamais accomplie: « Si grande, si complète profonde, si féconde de conséquences, si tendue et si irrésistible dans sa réalisation, Qu'on ne s'étonne pas qu'elle est parue ou qu'elle puisse encore apparaître comme un miracle, révélation d'en haut, une intervention directe de Dieu dans les choses humaines qui ont de lui une loi et une orientation complètement nouvelles.

Pour lui, les révolutions et les découvertes qui ont suivi à l'époque moderne ne peuvent être pensées sans la révolution chrétienne, car elle a agi au centre de l'âme dans la conscience morale et [...] en mettant l'accent sur l'intimité et la particularité de la conscience elle semble presque avoir donné à celle-ci une nouvelle vertu, une nouvelle qualité spirituelle qui avait jusque-là fait défaut à l'humanité »>.

Je me souviens de ce jour où le vent avait tant soufflé sur le cap Corse. Je m'étais installé dans une maison au coeur d'un village de montagne qui faisait face à San-Martino-di-Lota et d'où l'on pouvait voir l'île d'Elbe. C'était le soir du jeudi saint. Soudain, dans la nuit, j'avais éprouvé le sentiment d'une présence. Les cloches s'étaient tues, comme toujours avant Pâques, et le silence de leur absence vibrait de manière presque inquiétante. Elles me manquaient, ces cloches qui chaque soir, à mon arrivée, traversaient mon sommeil. Je ne sais pourquoi, je finissais par ne plus les entendre. Elles étaient pourtant toujours aussi sonnantes mais elles faisaient partie de mon être, de son rythme, comme mon coeur. Avec leur ample sonorité de bronze, elles étaient les sœurs d celles du Béarn telles que je les avais entendues, cette nuit novembre 1942, quand Forget avait réglé avec elles son départ clandestin vers l'Espagne. Donc je une présence étrange, comme bruissement feuillage. Je m'approchai de la fenêtre qui donnait sur l'abside l'église. J'avais moi un spectacle qui semblait droit du Moyen Age : éclairée des dizaines torches, la foule, rassemblée, montait en procession; chacun bougie paroissiens, conduits le prieur tenant la dressée par membres de confrérie Vincent, dirigeaient vers les hauteurs du village faisaient tour. la lueur des torches, j'apercevais les visages graves que lumières sculptaient dans Des chants s'élevaient, cantiques en latin, puis en langue voix s'éloignèrent, puis revinrent vers l'église pénétrait la procession. Chaque paroissien s'avançait genoux maître-autel pour baiser croix. même moment, des processions semblables déroulaient San-Martino-di-Lota, Lavasina, Pie tracorbara, à Erbalunga, Mandriale, Brando, dans tous villages Corse. Partout sur noir montagnes serpentaient des chenilles aux lumières clignotantes traçaient dans la nuit signes reconnaissance autour la croix. Deux de mes tantes étaient religieuses. L'une d'elles, Catherine, avait une foi douloureuse, inquiète, en quête d'un absolu qu'elle ne pouvait trouver dans un monde de compromis. Elle m'entraîna un jour à la chapelle des Missions rue du Bac où elle me donna une médaille miraculeuse. Cette Vierge en fer-blanc entourée de rayons m'inspirait une grande dévotion. J'avais l'impression qu'elle me protégeait. Ce sentiment de quiétude, de paix si douce, fut hélas bouleversé par une autre visite à l'exposition des missions étrangères : le musée où les Pères Blancs avaient conservé les témoignages de massacre de leurs frères au service de la foi. Ces missionnaires dont on lisait le récit des tortures qu'ils avaient subies au Japon, en Orient, en Afrique, dévorés par les cannibales, éviscérés, éventrés, m'inspiraient des cauchemars. Ils provoquaient en moi une aspiration contraire : le bonheur du dépaysement et l'horreur des atrocités. Ils me faisaient aussi réfléchir. Quelle force y avait-il chez ces martyrs, qui donnait à leur mort tant de lumière ?

Extrait de Adieu à la France qui s'en va . Jean Marie ROUART ( Grasset 2003) 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de maxime nemo
  • : La biographie détaillée de Maxime NEMo (1888-1975) secrétaire général de l'Association JJ Rousseau de 1947 à 1975 . Nombreux textes inédits.
  • Contact

Recherche

Liens