MAXIME NEMO ESSAYISTE
Il a présenté à ses auditeurs de la RIVISTA, appartenant souvent à l'élite universitaire, au cours de cinq lustres d'une activité ininterrompue, une image de la Tragédie humaine. Ceci à l'aide de conférences, accompagnées de lectures dramatiques, d'Eschyle à Paul Valéry en passant par les grandes figures touchant au patrimoine de la littérature française.
En particulier, de 1930 à 1933, il consacre des études et des manifestations à la Tétralogie de Richard Wagner. Comme écrivain (1), il prépare trois ouvrages : « Occident, terre de l'Homme », « L'héritage de Rousseau » et « Aphorismes momentanés ».
Il est, depuis plusieurs années, le secrétaire général de
l'Association Rousseau de Paris ; et, l'année dernière, il publia « L'homme nouveau.JJRousseau » aux Ed. de la Colombe, Paris.
Cette année, lors de sa venue en Italie. ce sont des cours sur le rousseauisme qu'il présente à Naples Rome Milan. Bologne Turin et Verone, avec le thème : « Actualité de Rousseau » qui résume l'humanisme actuel.
Son oeuvre de 1957. sur Rousseau, se trouve aussi en Italie et fixe l'attention des amateurs, car s'il existait de nombreuses et remarquables études sur l'influence exercée par les ouvrages de Rousseau sur l'évolution des idées et la morale contemporaine. on n'avait toutefois insuffisamment insisté sur l'influence de : l'homme Rousseau sur cette évolution même.
Un Dieu sous le tunnel (Rieder 1929)
Julot. gosse de rêve » (Rieder 1931)
MAXIME NEMO ESSAYISTE (Saggista)
Extrait de la " NUOVA RIV1STA " de ROME Décembre 1958
VIIIè Année Numéro 5 - 6 DE GIUSEPPE SORGE
LUÇON Imprimerie H. REZEAU 1959
L'auteur (Maxime Nemo) « établit dans ce livre la liaison intime qui existe entre la sensibilité de Rousseau, soumise à de douloureuses et secrètes particularités, et celle de l'époque qui est le produit de ce que Maxime Nemo appelle «la désintégration du type gréco-romain ». On comprend alors pourquoi Rousseau, incarnant cet état nouveau de sensibilité, est devenu pour ses contemporains le libérateur de leurs antagonismes inconscients, et pour le XIX' et le XX' siècles. une sorte d'archétype de la sensibilité moderne ».
Dans l'agonie d'un ordre apparaît l'Orphée du monde nouveau. par le « retour à la Nature ». c'est à dire la profonde connaissance que l'homme acquiert de lui-même. L'effort humain consiste à dominer le « Moi », de sorte que l'homme arrive à découvrir ses propres ressources et à rejeter le mal qui le. déchire. L'intégrité du « Moi » augmente l'infériorité de la vie. Rousseau a quitté Paris parce que «dans le tourbillon de la grande société, dans la sensualité des soupers, dans l'éclat des spectacles, dans la fumée de la gloire... » (Conf., livre IX) la connaissance plus profonde de soi-même lui était rendue impossible. Au contraire, les sollicitations de la méditation donnent naissance à une source d'énergie à laquelle il est impossible de résister, et qui veut que le « Moi » tende à s'affranchir des formes diverses d'oppression. L'homme, face à la connaissance de son soi ». se développe ; tout semble s'épanouir par l'effet du retour à la nature. Dans l'ivresse de la vie, celle-ci s'abrite dans une généreuse solitude de forces nouvelles et salutaires. Et, dans cette solitude, l'individu est un être qui pense à autrui. C'est de cette manière que Nemo interpréte la vie de Rousseau qui tente d'intensifier l'existence en l'amalgamant à celle des autres. Par son retour à la nature, pur l'affranchissement des conventions et la connaissance intime de soi-même ; J.-J. Rousseau, en effet, écrit l'Emile et le Contrat Social. Son souci est continuel, qui l'incite à frayer la voie à un plus grand développement du « Moi » et révèle son intention la plus profonde : l'accroissement du sens collectif se subordonne> à une constante amélioration de l'individu. Donc. c'est par la connaissance plus profonde de soi-même que peut s'obtenir une amélioration de la société,
Alors. le pivot de toute activité humaine devient, pour Rousseau, une vocation. Le « Moi » découvert, il convient de développer la vigueur profonde et pure, susceptible de procurer à l'homme la possession parfaite de son affirmation et de sa capacité. Seule, par conséquent, l'intensité du « Moi » peut donner sa mesure à la nouvelle humanité, en lui conférant la force du développement de la vie. Et, pour réaliser la grandeur de ce principe, l'homme se doit de n'accepter aucune forme de servitude, estimée superflue. Voilà qui lui fournira la jouissance d'une liberté qui, sur certains points, est remarquable. Quiconque se laisse écraser par les conventions, en imposant des bornes à son « Moi ». est certain de devenir l'esclave de la plus abjecte des servitudes ; alors que l'approfondissement du « Moi » personnel permet d'affronter les remous du « Moi » social et d'en développer ses ressources. L'édification progressive de notre personne procède de celle base et incarne fie nouvelles positions.
Par ailleurs, la présence en Rousseau de passions multiples et de toutes espèces donne leur sens aux grands ouvrages qui naquirent dans la solitude de Montmorency. Rousseau représente cette « révolution permanente » qui sera la condition de l'homme du XIXe el du XX' siècles. En lui repose le sentiment de l'humanité future. Il découvre en lui la prodigieuse force qui le porte vers cet homme « futur » qui s'efforce de naître ; c'est en lui que germe le sens de l'avenir. Son « Moi » replié sur lui seul, désormais domine son problème, afin d'embrasser « l'homme général » tel qu'il apparaissait alors ; et si les puissances dogmatiques accablent l'auteur du Contrat Social, c'est qu'il incarne l'âge de la révolte. dont il est le premier porte-étendard. En lui réside la conscience de ce que sera la pensée humaine, Nemo découvre enfin que le nom de Rousseau. théoricien d'un équilibre social dont notre époque est loin d'avoir saisi le sens, s'effacera probablement de la mémoire des boulines quand l'individu se sera acheminé de l'affranchissement intérieur. aux soucis de sa condition existentielle. A la page 176. on lit :
« Si l'Existentialisme est, dirai-je, le résultat pensé de l'existence. sa source est en ce point, et non en Kierkegaard qui ne peut être que disciple. Jean Jacques va plus loin que celui-ci, car la solitude, loin de l'inquiéter. le réjouit : il sait qu'en elle tout réside ; et n'écrirait certainement pas
« Combien se serait affreux, au jour du Jugement, quand toutes les âmes reviendront à la vie. de me tenir là tout seui. solitaire et inconnu de tous, de tous... (Kierkegaard)
Combien est plus totale l'attitude de Jean Jacques L'expérience lui a fait tracer un sillon qui ne conduit qu'il ce bol soi ; le soi-même devenant instantanément le tout : sans rien d'autre et sans la plus infime appréhension qu'une telle solitude pourrait engendrer. Au contraire, on ne sait quel ravissement puissant surgit au moment même où la perception du Moi » enfin donné à sa dimension possible, est atteinte ou réalisée ». Ie maximum d'existence se concrétise en ce pouvoir qui la contient ; que rien ne peut :atteindre ni éteindre.lorsqu'il est institué. La plénitude obtenue produit sa consequence, dont il convient, encore une fois, de signaler la divergence avec l'idéal de l'homme précédent :« Le sentiment de l'existence dépouillé de toute notre affection est par lui-même un sentiment précieux de contentement et de paix qui suffirait, seul, à rendre celle existence chère et douce à qui saurait écarter de soi toutes les impressions sensuelles et terrestres qui viennent sans cesse nous en distraire et en troubler ici-bas la douceur » (J.-J Rousseau).
Donc, une vision existentielle de la vie individuelle, qui pénètre, de sa sphère d'action, dans la société ; voici l'interprétation de Rousseau que nous donne Maxime Nemo. Mais sentir la plénitude de sa propre existence, de sa propre activité, est un élément positif de la vie ainsi que nous la comprenons aujourd'hui, et comme la considèrent la plupart des pédagogues contemporains, attentifs à l'observation du dynamisme qui pousse l'individu à surmonter l'inconscient, pour qu'il parvienne à l'authenticité de ses propres actions ; de même qu'ils veulent établir la vie des peuples sur des bases nouvelles. Bien loin de nous déplaire, cette vision, vibrante de lyrisme, est l'un des problèmes humains touchant directement à la pédagogie
Traduction française de l'auteur
Giuseppe SORGE