La biographie détaillée de Maxime NEMo (1888-1975) secrétaire général de l'Association JJ Rousseau de 1947 à 1975 . Nombreux textes inédits.
LE JEUNE NEMO
Le jeune Nemo n’a que douze ans ; et j’ajouterai, si je ne craignais de rappeler M. de la Palisse : puisqu’il est né en 1888. En dépit du pseudonyme impersonnel et vague dont il a été gratifié, on peut dire que, grâce à son talent aussi admirable que précoce, cet enfant est déjà quelqu’un.
Pendant près de deux heures, interrompues à peine par de courts entr’actes, il nous a littéralement charmés. Figure intelligente, voix nette et claire, ton naturel se prêtant avec une aisance inouïe à toutes les formes de la pensée, geste expressif et sobre mettant en relief la valeur et les nuances des mots, il possède, à un étonnant degré, le talent voulu pour interpréter tous les genres :
Emu et charmant dans Grand-Mère, gracieux et fort dans l’Orpheline de Bazeilles, comique dans la Vieille Anglaise, et tour à tour désopilant, spirituel, tragique, dans les Nez-Non, Merci et la scène finale de Cyrano de Bergerac.
Les applaudissements éclataient vigoureux dans la salle ; et c’était justice. Mais le triomphe du petit prodige a été l’Aiglon. Sarah Bernhardt, n’en sera pas jalouse ; mais qui sait ? l’avenir lui réserve peut-être dans cet enfant un glorieux rival.
On connaît le chef d’œuvre de Rostand, où les beaux vers fourmillent dans des scènes, très variées de ton, où passe parfois comme un souffle d’épopée.
Les quatre scènes de ce drame choisies par Nemo ont mis admirablement en relief les ressources de son jeune talent, qu’envierait plus d’un maître.
Il a été vraiment superbe lorsque, interrompant le professeur d’histoire qui passe à dessein sous silence les victoires de son père, le jeune duc se lève brusquement et rappelle, à la stupéfaction du pauvre homme, les récits épiques dont on voulait lui cacher les gloires.
Superbe aussi, et fièrement curieux, et se montrant de plus en plus le fils de l’Aigle, quand Flambeau, le vieux grognard qui s’est fait laquais par amour pour son prince. , lui fait dans un dialogue tour à tour héroïque, familier, trivial et sublime, le récit de ses campagnes, quand il jette sur la table tout son baluchon de vieux et touchants souvenirs. Alors, l’interprète passionné, avide, anxieux, faisait vraiment revivre l’Aiglon.
Les spectateurs, enthousiasmés, applaudissaient à tout rompre, étonnés et charmés à la fois des qualités éminentes que l’interprétation de scènes si variées et si difficiles à rendre, révélaient dans un enfant.
Nemo s’appelle de son vrai nom, Maxime Baugey-Dally. Avec nos vœux nous lui adressons nos félicitations les plus vives, sans oublier son père qui lui a donné la réplique et doit avoir une part des applaudissements qu’on lui a si justement prodigués. C.P
L’Arvor du 10 mars 1901
Journal catholique, politique, littéraire et agricole. VANNES
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