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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 14:18

Chapitre VII

Nemo et la Musique

 

Voilà certainement le chapitre le plus difficile à écrire car lorsque j’ai connu mon parrain Maxime Nemo de 1950 à 1975, le tourne disque apparaît tardivement dans l’appartement parisien et à peine dans la  maison familiale des bords de Loire.Je me souviens cependant avoir conservé le souvenir des écoutes dans le salon des Symphonies de Beethoven par Furtwängler ou Bruno Walter, de Quatuors du même Beethoven, de la tétralogie de Wagner et parfois de Pélléas et Mélisande Debussy ou du Requiem de Mozart. C’est plus tard que j’introduirai ma discothèque personnelle avec Bach par Wanda Landowska et Chopin par Alfred Cortot avant que n’entre le piano à queue Blüthner de Leipzig de 1910  acheté chez Harrod’s à Londres et parvenu par de mystérieux marchandages dans une famille nantaise.

Les discussions qui suivaient ces écoutes attentives, en général les yeux fermés ou  parfois avec le livret original se déroulaient lors du dîner entre amis. Parmi ceux-ci une place à part doit être faite à Gilbert Houel violon solo de l’Orchestre national futur orchestre de l’ORTF puis Orchestre de Radio France qui apportait avec la famille Stoll la part d’humour et de sensibilité à ces causeries musicales.  C’était l’époque la Tribune des Critiques de disques avec le musicologue d’origine roumaine Antoine Goléa de son vrai nom Siegfried Goldman) né en 1906 à Vienne (Autriche) et mort le 12 octobre 1980 à Paris, Il fut l'un des membres fondateurs de l'Académie Charles-Cros et je me souviens toujours que résonnaient ses éclats de voix avec ceux de son compatriote EM Cioran. Plus tard ce furent les échos de Jean Louis Bory dans le « Masque et la plume » qui égayaient nos soirées.   

Mais revenons en arrière et passons sur les vaudevilles et fantaisies de salle de garde que l’avant guerre a dû offrir aux oreilles du jeune prodige. Bien sûr il aura entendu ici ou là les chansons de Théodore Botrel dont Charles Le Goffic pourtant partial envers ses compatriotes, disait, que son œuvre sonnait creux à maints endroits, que sa langue était pauvre, qu'il avait une certaine prétention à l'élégance littéraire. - Il ajoute cependant qu'il était la chanson faite homme, que sa chanson était mâle, patriote, fortifiante, nostalgique.

On passera aussi sur les refrains cocardiers « L’air est pur, la route est large, le clairon sonne la charge . . .  » qui ouvre  « Le Clairon » la chanson la plus célèbre de Paul Déroulède. Extraite du recueil  « Les chants du soldat » paru en 1872 (mise en musique par Emile André) et qui connut un immense succès populaire. A quelle occasion le jeune Nemo fut présenté à Paul Déroulède, l’histoire ne le dit pas et aucune archive ne semble nous mettre sur la piste sinon la biographie laissée par le père de l’enfant qui assure la promotion de son fils et aussi sa légende dorée ? Les recueils de Botrel et de Déroulède figurent toujours en bonne place dans la bibliothèque musicale de la famille à laquelle s’est ajoutée celle du Commandant Habillon locataire du logis Chamborant de 1920 à 1945 et lui aussi féru de musique germanique .

C’est beaucoup plus tard qu’au contact d’Henri Barbusse dans la Revue « Monde » où ce dernier tenait la rubrique musicale, puis Henry Poulaille qui lui tiendra celle d’ « A Contre courant » et enfin et surtout avec Jean Richard Bloch dans « l’œil de Paris » et dans « Marianne » de 1930 à 1934  que Maxime Nemo participera aux discussions sur la musique de son temps avant de s’éprendre de celle de Jean Jacques Rousseau et de l’Orchestre de Paris dirigé par Roger Cotte. C’est Maxime Nemo qui inscrira « le Devin du Village » dans les manifestations du 250è anniversaire à Ermenonville, Paris, Florence et Rome en 1962.

Jean Richard Bloch qui dédicacera son destin du siècle (Ed Rieder) en 1931 à Nemo évoque l’orgue de la cathédrale de Chartres pour célébrer un lieu exceptionnel, beau et grandiose à la mesure d’une communion mystique et à la fois laïque. Rappelons que celui-ci dans son opéra populaire « Naissance d’une cité » mit en œuvre une véritable partition musicale. dans la lignée d’un Désormières , Wiener, Honneger ou Milhaud. « Quarante morceaux originaux furent ainsi exécutés par une trentaine de musiciens, des fanfares, des pastorales, mais aussi des intermèdes d’accordéon, des fragments d’hymnes nationaux, des coups de sifflets. Un ensemble musical éclectique, qui juxtaposait orchestre et chœurs, musique moderne, variétés ».(Etudes JR Bloch Regards sur le Théâtre fév.2007)

Je renvoie à cette critique parue dans Marianne le 2 novembre 1932 et titrée : « A Fernand Divoire »  sous la plume de JR Bloch pour rappeler les liens fraternels qui unissaient ces trois hommes et la silhouette encore présente de Louise Lara comme en filigrane dans son studio de la rue Lepic.

Marianne, 2 Novembre 1932

Un disque étonnant. Un disque de collection et d’étude. Il constituera une révélation pour beaucoup d’auditeurs. -

Je connaissais, depuis 1911 ou 1912, la « La Naissance du Poème », de ce charmant et profond esprit qu’est Fernand Divoire. Mme Autant Lara nous l’avait fait entendre, dans son studio « d’Art et d’Action » Sur les flancs de la Butte. Le souvenir ne m’en avait jamais quitté. Je souhaitais assister à une nouvelle présentation. « Gramophone » nous en fournit l’occasion dans un enregistrement excellent. Conseillons-en l’emplette à tous les amoureux de la poésie et du rêve. Thème : Un poète, taquiné par le démon de l’invention, cherche le sujet sur lequel va s’exercer son art. Des mots en liberté rôdent autour de lui. Il leur propose un point de cristallisation. Autrement dit, un sujet. Ce sujet sera La Forêt. Aussitôt, les voix intérieures s’éveillent, les unes persiflent, les autres approuvent. L’une est pointue et gavroche, une autre grave et lyrique, une autre moyenne et bourgeoise. Débat confus et obsédant. Une des « Muses » y met fin en énonçant un vers qui servira de début et d’accrochage au poème. Les autres voix s’y rallient. Le poète est encore froid. Il est au point zéro. Il accueille ces suggestions avec une moue sceptique. Mais les inventions se pressent. Chaque « Muse » apporte ses trouvailles, critiquées par les autres. Ainsi, tour à tour. A ce jeu, le poète s’échauffe.

Si Gilbert Houel a laissé de nombreux fascicules et manuscrits inédits de ses poèmes ainsi que ses clichés en noir et blanc  comme d’autres laissent des aquarelles ou des gouaches en souvenir de leur passage à « la Crétinière », je dispose de peu de lettres sur la musique elle-même sinon une anecdote de la fin des  années 60 quand le musicien furieux, de retour d’un festival de musique contemporaine à Royan  fondé en 1964 par Claude Samuel , n’avait pas apprécié d’avoir été le jouet d’un compositeur fantasque promis à un bel avenir au sein de l’IRCAM qui avait jugé bon d’enfermer les musiciens du National pour sa création mondiale dans des cages pour jouer de façon aléatoire sa partition qui n’en n’ était pas une. Il avait fallu calmer notre violon solo pris d’une violente montée d‘adrénaline et d’évoquer le scandale lors de la création du Sacre en 1913 et nous en fûmes quitte pour une belle partie de rire sur la liberté d’expression face à la tyrannie des courants sérialistes post-weberniens… Le Festival de Royan, avant de se déplacer vers la Rochelle, en connaîtra d’autres en 1977 avec Gorecki.  

Il semble difficile d’évoquer Jean Richard Bloch sans parler à présent de Georges Duhamel, « par ses amitiés littéraires et artistiques - Jean-Jacques Corriol, Charles Schuller qui le convertira au culte de Richard Wagner, et Albert Doyen - s'adonnera, sur le tard et avec passion, à la musique en autodidacte éclairé. Il apprend le solfège et la flûte tardivement, et dirigera, pour son plaisir et entre amis, des concerts hebdomadaires à son domicile. À partir de 1939, il écrira des critiques musicales, notamment dans Le Figaro. Lui-même non initié dans sa jeunesse à la musique, il fera bénéficier son fils, dès le plus jeune âge, d'une solide formation musicale conditionnant certainement la future carrière de compositeur d'Antoine Duhamel ».(Source Wikipedia). Si Nemo n’a pas eu non plus de formation musicale, il va sans dire qu’il plaçait ses espoirs dans ma formation au Conservatoire et ensuite dans la direction chorale mais il est parti trop tôt pour la voir se développer à son contact.

C’est en revisitant le bibliothèque familiale que je découvre récemment « une vie ardente de Wagner » par Louis Barthou de 1925, un « Wagner » par Henri Lichtenberger publié chez Alcan en 1925, Une étude annotée par Maurice Emmanuel du Pelleas et Mélisande de Claude Debussy chez Mellottée de 1929, deux  précieux ouvrages : «  Chopin ou le Poète » par Guy de Pourtalès paru à la NRF en 1932  et « Chopin » par Elie Poirée dans la collection des musiciens célèbres chez Henry Laurens éditeur de  1931 enfin quelques curiosités sans doute laissées par le Commandant suite à son séjour, comme les Béatitudes de César Franck aux Editions Joubert et des  livrets du Tristan et Yseult de Wagner dans la version française de Victor Wilder chez Breitkopf & HärteL ou un Lohengrin en 3 actes dans des paroles françaises de Charles Nuitter aux Editions Tresse et Stock au palais Royal en 1893 et enfin La Damnation de Faust de Berlioz parue en 1903 dans la Bibliothèque des concerts chez Costallat et Ci°.

Résolument ancré musicalement dans le XIXème siècle, les sources d’inspiration esthétiques  de Maxime Nemo semblent plus rétives à la musique moderne même si les six quatuors de Bartok,  Honegger, Prokofiev ou Satie avaient droit de cité dans la maison au même titre que les danseurs les plus contemporains de Noureev à Béjart .


Pavane

A l’Infante défunte

« en souvenir de Maurice Ravel »

Spectre dormant au soir d’un tableau qui s’ignore

Image morfondue de toute grâce innée,

Enfant, dont le regard accablé de vestige

Descend du cadre d’or où seule, inanimée

Tu restes sans espoir dans sa dorure fanée

Qui, d’une lueur unique avive le portrait

Si, dans la nuit entière, son pur éclat ne sombre.

 

Pavane, épanouissez la langueur d’un tel songe !

Et si je dis : » madame » à ces deux pas de danse

Et que l’Enfant, drapée de velours héraldique

Qui la rend insensible au sensuel où je plonge

Passe…repasse en vain, plus pâle qu’Ophélie

Sans mirage d’amour, ou plutôt de folie !

Qui la nimberait d’eau et de fleurs inactuelles.

 

Ma main frôle sa main dont la splendeur incite

A redouter l’éclat de tels attouchements

Comme si tant de Mort ajournée un instant

Assurait leur stupeur aux timbres assourdis…

Enfant ! Ô triste, et qu’on dirait morose si

La Mort jointe à l’Amour te concernait toujours

Hors la cadre fatal où tu poses, infinie.

 

Enfant, l’espoir n’est plus qui se languit d’absence

Irraisonnée, d’un bal éternel et futur.

Il faut être et mourir à l’instant, pour être

Une existence au faste inanimé qui dort

En cette glaciation dont l’Histoire te recouvre…

Donc, passe où ma main passe au chaste enchantement

Du jeu qui, pour finir, te destine à mourir.

 

Et  pour qu’un cadre ouvert, instant démesuré !

Je reconduis ta taille inflexible, qui va,

Sans plus trébucher au firmament des sons

Redonner à ta vie ce sourire défunt

Dont nul Velasquez n’éclaircira la « suite »…

O toi, qui vis et meurs aux confins de l’énigme,

Si près du cœur où gronde un éternel sanglot…

Maxime NEMO


 

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