La biographie détaillée de Maxime NEMo (1888-1975) secrétaire général de l'Association JJ Rousseau de 1947 à 1975 . Nombreux textes inédits.
Le dialogue interrompu en 1975 à la mort de Maxime NEMO portait sur son rapport à la science et ses interrogations humanistes sur le progrès.
40 ans plus tard, une émission "Répliques" d'Alain Finkelkraut de Février 2021 sur France Culture vient fort à propos reposer les questions de philosophie politique et les enjeux autour des sciences et des humanités.
Maxime NEMO ayant lu le Hasard et la Nécessité de Jacques Monod et échangé avec les professeurs René Gosse (1883-1943) le théologien RP Teilhard de Chardin (1881-1955) et les scientifiques Jean Rostand (1894- 1977) Vladimir Jankelevitch, Jacques Borel (1925 -2002) , Jacques Ménétrier (1908 - 1986) et Ernest Kahane (1903 - 1996) posait déjà la question qui le taraudait au terme d'une vie de poète, acteur et philosophe : la technologie est-elle une promesse ou une menace ? Dans les dernières années de sa vie il entretenait une correspondance avec un écologiste suisse sur l'avenir de la planète.
"Nous croyons à l'histoire en extrapolant ce qui se fait dans les sciences" écrit Michel Serres, car nous n'avons la preuve qu'il y ait vraiment de l'histoire que parce qu'il y a une histoire des sciences. La science, stock et fonction de raison, garantie seule désormais par ses résultats, ses conquêtes et ses triomphes qu'il y ait quelques progrès. La science progresse et fonde les croyances dans l'avancée générale de l'esprit.
A Vincent Le Biez, ancien et très brillant élève de l'Ecole polytechnique, qui publie Platon a rendez-vous avec Darwin et au docteur Laurent Alexandre, dont le dernier livre s'intitule Jouissez jeunesse ! petit manuel à l'intention de ceux qui choisiraient de ne pas croire à la fin du monde, Alain Finkielkraut demande d'abord si cette alliance des sciences et du progrès tient toujours. Les spectaculaires innovations scientifiques qui pleuvent sans discontinuer et qui changent notre vie nous font-elles vivre encore, aujourd'hui plus que jamais, dans la perspective d'un temps prometteur ?
"La science a servi de matrice au progressisme avec l'idée que ce progrès des connaissances et des techniques devait irrémédiablement conduire et se transposer à un progrès social et politique. Parallèlement, la science sert aussi de matrice à l'écologie politique et à ceux qui vont se définir comme collapsologues et qui vont aussi s'appuyer sur des données scientifiques pour dire que le monde va au contraire vers une catastrophe certaine et un épuisement des ressources. [...] Je me méfie de manière générale de toute forme de déterminisme, peut-être, y compris technologiques. [...] Il faut penser l'articulation entre la philosophie et la science, entre la technique et le politique". Vincent Le Biez
"Homo Deus est totalement immature ! Il ne sait pas gérer ses pouvoirs démiurgiques, ne sait pas gérer sa testostérone ! Homo Deus a des pouvoirs en matière spatiale, nucléaire, des nanobiotechnologies [...] on pourrait multiplier les exemples des technologies extraordinaires depuis 1945. Ce décalage entre les pouvoirs de Homo Deus et les sciences humaines, c'est-à-dire la réflexion et l'encadrement de la technologie. Il y a un retard énorme des sciences humaines pour théoriser ce que Homo Deus peut faire de ses pouvoirs démiurgiques, et ceci depuis les années 1850. [...] Je voudrais que les sciences humaines et la philosophie s'intéressent à ce sujet et réfléchissent à ce que va être le régime de l'historicité dans un futur proche du fait de la technologie". Laurent Alexandre

L'académicien Alain Finkielkraut a ensuite posé la question :"Vous définissez vous plutôt comme progressiste ou comme conservateur ? le conservatisme n'est-il pas l'ennemi à abattre ou du moins à convaincre" à Laurent Alexandre chirurgien et à Vincent Le Biez Haut fonctionnaire.
"Je ne me définis pas comme un conservateur mais plutôt comme un techo progressiste lucide et notamment J'essaie d'intégrer les leçons de l'Histoire même s'il n'y a pas de philosophie de l'Histoire,
J'écris un livre avec mon fils Thomas Alexandre sur l'Histoire etla Technologie.
Je pense qu'il est important aujourd'hui de prendre de la profondeur pour voir comment l'homme depuis toujours a géré la technique au sens large, et les enseignements que demain on peut en tirer pour fonder une idéologie des lumières Je pense qu'Erasme et l'Encyclopédie nous ont ouvert une voie extraordinaire de tolérance même si l'idéologie de Rousseau a pu être considérée à la base comme une certaine violence politique mais Erasme et les Lumières sont un cadre important, ce n'est pas un cadre transhumaniste mais un cadre humaniste et progressiste donc je me définirai plus comme un humaniste qui veut réfléchir de façon
très précoce aux conséquences des technologies sur l'histoire du monde sur notre histoire et notre fin au sens large du terme plutôt que comme un transhumaniste. je pense qu'aujourd"hui au moment où le monde est devenu immense, notre passé est immense,notre univers est immense, notre futur est immense, au moment où nous cassons plein de barrières, les barrières du passé puisque nous commençons à comprendre le monde depuis le Big Bang, la barrière du temps, de l'espace, de la puissance, de l'infiniment petit, des frontières très troublantes comme l'ADN et notre cerveau, il est absolument fondamental d'avoir une réflexion historique et philosophique.
Je ne suis pas un transhumaniste béat mais nous devons davantage réfléchir à ce que Homo Deus ressemble à Erasme qu'à certaines des horreurs que nous avons connues au XXè siècle du goulag jusqu'à Auschwitz".
Laurent Alexandre
Chirurgien, expert en nouvelles technologies et intelligence artificielle.
Pour aller plus loin
Laurent Alexandre : "L’intelligence artificielle lamine les classes moyennes avant de guérir le cancer", Le Figaro, 15/04/2019.
Laurent Alexandre : "La France est prête pour adorer les tyrans verts", Le Point, 16/09/2020.
"Ce que montre Jacques Monod dans Hasard et la Nécessité, c'est que ce qui permet l'évolution c'est qu'il y a quelque chose qui se conserve exactement à l'identique, on ne peut pas parler de mutation s'il n'y a pas de r^plique à l'identique, et donc on ne pourrait pas parler d'évolution de même c'est la conservation qui va permettre l'innovation et donc le progrès, Il y a une évidence à penser que c'est l'articulation du hasard et de la nécessité qui permet d'expliquer sans finalisme l'évolution dans la biosphère et on peut penser qu'il y a une fécondation profonde de l'ordre et la liberté pour faire avancer mais pas au sens d'un processus inéluctable, au sens d'un projet qui nécessite d'être pensé politiquement; Je pense là aussi que la théorie de l'évolution matrice d'un certain progressisme peut servir et Monod au premier chef d'une réflexion plus subtile entre la conservation et le progrès".
Vincent Le Biez
Haut fonctionnaire au Ministère de l'Économie et des Finances
Platon a rendez-vous avec Darwin Vincent Le Biez (Belles lettres, 2021)
La notion de progrès
Vincent Le Biez évoque la science de l'évolution des systèmes vivants faite conjointement de progrès, de régression et également de risque.
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