Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

La biographie détaillée de Maxime NEMo (1888-1975) secrétaire général de l'Association JJ Rousseau de 1947 à 1975 . Nombreux textes inédits.

Publicité

Une prestation de Nemo à Saint Armel de Ploërmel en 1904

Maxime NEMO & Georges Albert BAUGEY à Ploermel et à Lorient
Le Morbihannais Catholique et Royaliste du 1 janvier 1904.


A la salle Saint Armel, dimanche dernier, très intéressante soirée, vrai régal artistique, public nombreux, choisi, attentif - Maxime Nemo n'est plus aujourd'hui le "Petit Prodige" qu'il était sans doute il y a trois ou quatre ans; il a grandi, et la précocité du talent étonne moins chez un jeune homme même imberbe que chez un tout enfant ; car vous croiriez qu'il a dix sept ans: détrompez-vous: il en a quinze seulement , et l'on vous dira si vous en doutez le jour et l'heure de sa naissance. Au fait, la chose importe peu ; et si au cours de la séance, vous éprouvez quelque peine à dissiper l'obsédante illusion, faites un acte de foi  en la déclaration paternelle et soyez tout oreilles. Maxime Nemo a, quoi qu'il en soit, un talent remarquable: le geste rapide, toujours juste trop abondant peut-être, la physionomie sinon très agréable du moins très mobile, reflétant les moindres nuances du sentiment et les traduisant avec relief, la voix douce et sympathique quoique faible, le jeu surtout aisé, vivant et savant du professionnel. Avec son père il a occupé ou plutôt "rempli" la scène pendant près de trois heures, je ne dis pas sans fatiguer le public , mais sans cesser un instant de le tenir sous son charme.
Après des monologues de genre divers , comme la grand mère de Théodore Botrel dit avec un accent très intense, "la bouteille de liqueur", d'un goût plus douteux, "la mort du uhlan" récit tragique bien mimé, "l'Heure", où l'opposition des sentiments fournissait au jeune artiste l'occasion de mettre en valeur la souplesse de son génie et son talent d'interprétation, Maxime Nemo a donné avec son père une comédie en un acte "le célèbre Baluchard" qui, disons le , n'a pas été le meilleur numéro du programme; mais voici la belle scène du 1er acte de Ruy Blas. Ici le jeune homme s'efface devant son père à qui semble-t-il, il doit sa vocation d'acteur. Faible pourtant dans la première partie, don César rappelait par trop le personnage de Tardiveau. On l'eût aimé entendre dire avec plus de nuances des vers comme ceux-ci:
"Souvent, pauvre, amoureux, n'ayant rien sous la dent,
J'avise une cuisine au soupirail ardent
D'où la vapeur des mets aux narines me monte ;
Je m'assieds là, j'y lis les billets doux du comte,
Et, trompant l'estomac et le coeur tour à tour,
J'ai l'odeur du festin et l'ombre de l'amour. "
En revanche, qu'il a été supetrbe d'indignation, quand le contraste des deux caractères de Don Salluste et de don Cesar s'accentuant, et l'antithèse des vices et des vertus dans chacun d'eux s'affirmait de plus en plus, il s'est écrié, fier, chevaleresque :
"Mon cousin, en ceci voilà mon sentiment:
Celui qui, bassement et tortueusement ,
Se venge, ayant le droit de porter une lame,
Noble,par une intrigue, homme sur une femme,
Et qui, né gentilhomme, agit en alguazil,
Celui là  n'est pour moi qu'un maraud sinistre et ténébreux
Que je voudrais pour prix de sa lâcheté vile,
Voir pendre à quatre clous au gibet de la ville!
-Adieu donc - de nous deux Dieu sait quel est le juste;
Avec les gens de cour, vos pareils, don Salluste,
Je vous laisse, et je reste avec mes chenapans:
Je vis avec les loups, non avec les serpents
."
Pose, gestes, voix, débit, tout était au point; tout concourait au plus saisissant effet; on ne pouvait mieux dire et d'une façon plus artistique!
Quelques scènes comiques prises au roman de Jules Verne "Michel Strogoff" et adaptées au théâtre par Monsieur Beaugey-Dally ont révélé les inépuisables ressources du talent de l'auteur. Un flegme plein de dignité, un sens pratique qui ne se trahit pas et qui sait même calmer les accès de colère; un orgueil national qui cache, sans l'étouffer toutefois un coeur sensible et capable d'affection dévouée, c'est sous ces traits que se montre à nous le "reporter" anglais M. Blount.
Ce rôle a été tenu avec une correction parfaite et une impeccable pureté de diction par M. Baugey-Dally qui décidément éclipse le jeune talent du "Petit Prodige". Disons cependant que le français, enjoué, spirituel avec une pointe d'ironie (pas méchante) a été bien mis en relief par Maxime Nemo.
Pendant les entr'actes l'Harmonie St Armel a exécuté avec brio un pas redoutable, deux jolies marches, une ouverture "Une chasse dans les Ardennes".

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article