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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 20:59

Dans le savoir encore, le grand souffle de la lucidité vitale habitait mes velléités, ce souffle caractéristique dont, si j’ose dire, l’homme a pris conscience, lorsque, délaissant les habitudes des passivités premières, une volonté d’être, par la Connaissance a visité son esprit, fondant une faculté que l’homme, évidemment, portait en lui, depuis toujours, et que les nécessités de discernement obligent à nommer : l’occidentalisme.

 L’amour, la chose la plus claire et la plus compréhensible qui soit au monde. La chose la plus immédiate ; au point d’être commune à chacun, et comme telle qui se voit insultée parce que la plus méconnue. Je regarde autour de moi les êtres ; je compte sur les doigts d’une seule main ceux qui peuvent revendiquer leur filiation avec la passion-mère. Je crois me trouver parmi les deux ou trois que j’ai rencontrés. Ma vie a tourné autour de ce centre. Rien ne se comprend et rien ne se justifie de mes quelques actes possibles, hors de ce postulat de tous les autres postulats. A un moment où la piste des chemins parcourus s’allonge sous le regard, je puis dire, en considérant la route dépassée,  ayant trop bien ou trop vite réussi, que j’ai été fidèle à ce principe des principes ; à cette loi fondamentale. Non pas, bien entendu, à sa loi morale, ou même éthique, mais à l’amour seul, conséquence et efficience de la vie. Ce qui fait que mes actes sont restés illogiques pour ceux qui ignorent cette logique.

L’amour, s’il justifie tout, demeure inexplicable ! C’est l’altruisme inévitable, et, comme tel, déconcertant. Celui qui se trouve, si l’on peut dire : en dehors de l’amour, ne peut comprendre celui qui est à l’intérieur de la barricade ou la limite. L’abîme sépare alors celui qui sait de celui qui ignore. Tout vient du dedans pour l’un ; tout se juge de l’extérieur dès qu’il s’agit de l’autre. Il n’est, entre ces deux positions, que le silence de l’être : mystère initial – qui sépare Zeus, de Prométhée.

Je crois bien que sous le nom de Prométhée, j’assemble plus de doses qu’Eschyle n’en a montrées. Mais lui-même n’a-t-il pas enrichi le mythe qui frissonne à peine dans Hésiode d’un soupçon de vie supérieure. Et puis, Eschyle s’adressait à une foule, au théâtre, alors que je ne divague que pour moi seul. Cet auditoire, d’ailleurs, suffit à mon exaltation.

Tout de même, lorsque Zeus, dieu des dieux, considère Prométhée, simple dieu (et encore à venir !) des hommes, il ne peut pas douloureusement ne pas songer à l’inexplicable du conflit constaté.

Zeus a été éduqué selon les principes d’une pédagogie quelque peu dérisoire. Lorsqu’autrefois, les Poètes créaient les dieux, leur ignorance des nécessités biologiques et autres, les voulait éternels. Parce qu’ils les avaient inventés, ils affirmaient qu’ils avaient toujours existé. A ce moment là, l’évolution était inconnue autant que la désintégration de la matière. Zeus est à l’image de cette pérennité orientale. L’esprit occidental apparaît avec Prométhée, c'est-à-dire avec la conscience de la relativité des choses et des êtres, seraient-ils divins. Voltaire est né de Prométhée, mais ceci est une autre affaire !   

Donc, Zeus a été mal éduqué ; et pour cette raison, il ne comprend pas. Or Zeus n’est pas, comme le paraît être Jéhovah ou Jahvé, un dieu parfaitement idiot ; il est même intelligent. Seulement, comme pour beaucoup de parvenus, l’élégance du doute lui fait défaut. Il a conquis et organisé l’Olympe et si Prométhée lui a affirmé qu’il devait jouir de tout cela en bon locataire, c'est-à-dire en passager ; Zeus pense certainement qu’il se sent une âme de propriétaire et qu’il se sentait assis sur son trône en sédentaire de l’éternité.

Or, l’amour est une conséquence de la relativité. Il est de toute évidence qu’un être éternel n’a pas besoin de créer. Pourquoi le ferait-il ? On ne crée qu’afin de perpétuer ; or l’éternel est immobile ; au sens profond et bouleversant du terme : il est sans acte. Or, qu’il l’ait voulu ou non, parallèlement à l’Olympe, le monde existait. Il était même l’on ne sait de combien de milliers de millénaires antérieurs à Zeus, fils de Cronos, dont la stupidité est demeurée proverbiale, depuis qu’il trouva au caillou qu’on lui fit avaler, à la place de Zeus qu’il devait dévorer, le même goût qu’à la chaire de l’enfant.

Cette cuisine semi divine nous conduit à un Zeus relatif, ignorant, ou voulant méconnaître la relativité. Il a pris comme chef d’état major « le souple et subtil » Prométhée, et c’est grâce à ses plans qu’il parvint à vaincre les Titans. Puis Zeus s’endort dans la jouissance, tandis qu’on ne sait pour quelle raison, Prométhée continue à réfléchir. Il pense l’avenir devançant tout. Il voit la fugacité des dieux, leur chute, leur disparition dans la poussière de l’invraisemblable ; il voit surtout que le mystère confiné à lui seul, restera éternellement le mystère ; et ce dieu, Grec par excellence, a horreur du mystère, c'est-à-dire de l’incompréhensible.

Peut-être, en ce moment, convient-il  d’indiquer que Prométhée est le premier et le seul dieu-artiste de l’humanité. Comme tel, il juge le Chaos tévolu et la Confusion dépassée. Le génie de la Vie, dont les dieux ne sont que la garde prétorienne, veut que les forces soient et que leur énergie combine ses possibilités en s’acheminant progressivement, vers l’exclusion des inutiles et le rejet des incompatibles.

Cela ne se fait pas en un jour ni du premier coup. Il faut fracasser le crâne à pas mal de Géants stupides pour parvenir à un semblant d’harmonie, c'est-à-dire, à une première respiration, moins épouvantée, des êtres et des choses. Enfin, un vague principe de sécurité circule et la vie cesse d’être, simplement vécue, on commence à la contempler en se pensant. L’être, perdu dans le confus des choses regarde et, de sa vision extérieure, descend à cette autre, toute intérieure, qui demande « pourquoi » ? La trahison de Prométhée date de cet instant.

Zeus et les dieux incarnent le mystère qui se veut imperméable. Possèdent-ils, avec la clef des songes, celle du mystère des choses ? On peut le supposer. Oui, on peut imaginer qu’une science des choses habite le cerveau du grand Zeus ; mais, ce sens du mystère, il le garde pour lui, et l’homme, en particulier, vit parmi les bêtes obscures, ignorant la vie, la mort, qu’il éprouve sans les comprendre.

Et c’est ici que la fable revêt des aspects émouvants. Si les dieux ont la Connaissance et qu’ils ne sont pas éternels, la Connaissance expierera avec eux : il faut aux dieux, un successeur intellectuel ! au mystère initial, il convient d’attribuer un témoin ; et puisque les choses doivent aller vers des formes, c'est-à-dire, des assemblages logiques, il faut, qu’un « pourquoi » existe au monde, avec une perspicacité qui réponde à la question posée. Relatif, temporaire, tout étant à ce plan dans le discernable, il faut transmettre à autrui en même temps qu’un pouvoir d’exister, celui de comprendre, l’existence, et, par là, de la justifier.

Mais, seul, l’Amour est capable de s’élever à ce degré de compréhension du rôle des êtres – sans doute par ce qu’il est l’existence elle-même : seule, l’émotion, même, de la vie peut ordonner la générosité qui procure à un être, le sens de sa limité et de son étendue. L’Individu n’est rien ; que la conscience de sa parcelle. C’est par là qu’il est immense ; par cette humilité qu’il est fort. Il possède le feu ; c’est pour le transmettre. Tout tourne autour de cette auguste participation de chacun pour le out, où le mystère est à l’origine ; et , peut-être, la compréhension pour fin. Le divin n’est pas dans celui qui croit, mais bien dans celui qui sait, ou, du moins, qui tente de soupçonner – la cause, hypothétique, et ses effets possibles.

L’esprit de Prométhée est rongé par cette angoisse : il n’est, autour de lui que des positions de croyance ou d’affirmations péremptoires. La connaissance aura cette limite pour fin, si elle se limite à cette certitude; il lui faut un être qui, ne sachant rien, espère tout recevoir de la Connaissance.

Qu’importe que l’homme ou le buffle ait été choisi ; l’essentiel est que le témoin existe. C’est dans son cœur que Prométhée le découvre et par son sacrifice qu’il l’institue.

Ce geste demeure incompréhensible à Zeus. Tout se limite, légitimement (pense-t-il) à lui seul. Il est déjà l’immobile ; donc,la mort –sans le savoir. Et, lorsque ce geste de la vie vivante se produit, il demeure au dessous de l’atteinte de ses sens. Et c’est pourquoi, expliquant l’intention prométhéenne par une cause qu’il pourrait concevoir, Zeus pense à un des mobiles qu’il peut atteindre : passion de soi, jalousie – qui sait quoi d’immédiat. Descendant donc un jour et se plaçant en présence du supplicié, il lui demande : « Prométhée pourquoi fis-tu cela ? »

 Prométhée relève le front, essuie la sueur que la souffrance fait couler sur ses traits ; il voit Zeus, son angoisse, et perçoit l’étendue de l’incompréhension qui désormais les sépare, eux qui furent tellement unis ! Alors, d’une voix incroyablement douce, il demande à son tour : « Zeus, sais-tu ce qu’est l’amour ? »

Zeus qui ne le sait pas et ne peut pas le savoir ; interroge encore :« Qu’entends-tu par ce mot ? »

Alors le supplicié réplique : « Tu ne peux pas deviner la somme de mes jouissances…» 

Entre ces deux puissances, le dialogue est impossible. Faire admettre qu’une mission commence, qui aura non la possession du mystère pour principe, mais l’élucidation, même, de cette puissance, est impossible. Il faut savoir souffrir pour ce qu’on pense et ce qu’on fait, en se disant qu’une postérité existera-peut-être à votre image donc elle aussi, fière, sinon heureuse, de vous ressembler. Car la lucidité est un devoir, même si l’opacité de tout l’antérieur s’oppose à ses accents. C’est cette posture mentale qu’a choisi Prométhée et qui ne peut pas demeurer inexplicable à l’autre. Peut-être Zeus le pressent-il, lui qui en présence du silence de son ami supplicié, il pousse un profond soupir et se retire accablé par un sentiment d’angoisse de ne pouvoir élucider la cause d’un tel acte.

 Si nous allons au fond des choses – ce qui est un moyen bien commode de demeurer superficiel, parfois ! Prométhée est le personnage le plus empoisonnant que l’homme soit parvenu à extraire de ses concepts de lui-même.

Il eût été si simple de rester passif dans l’apparente passivité des choses. L’embêtant est que la passivité, si elle est désirée par tous, n’est ressentie par rien. Le sommeil, lui-même, est le berceau du rêve ; c’est bien notre veine !

Au fond, j’ai joui de la passivité autant que faire se peut. Mes parents légèrement prévoyants, auraient pensé à « ma carrière ». C’est vraiment un reproche que je ne puis faire aux miens. Ils ont dû s’estimer libérés dès l’instant où ils créèrent dans un moment qui, je l’espère pour eux, dût être un moment de jouissance. Mon germe a eu la mauvaise ou heureuse idée de vouloir progresser ; ce ne fut tout de même pas de leur faute ! et je suis venu au monde, à peu près automatiquement, sans, en dehors de l’acte premier, qu’ils y fussent pour quoi que se soit. Ensuite, mon Dieu, ils se sont arrangés avec mon existence autant qu’ils l’ont pu ; encore ce qui n’empêchait nullement mon père de m’adorer. Ensuite, autant qu’ils ont pu, ils se sont tenus à l’écart des responsabilités ordinaires, me laissant, autant que possible, à moi-même. Si bien que peu d’êtres se sont trouvés libres autant que moi. Je puis dire que j’ai intensément profité de cette liberté. Pas un compagnon, pas une ombre autre que celle des Rêves. Mon Dieu, qu’ai-je eu comme amis. Mais chose étrange, ectte passivité n’a jamais confiné à l’inertie. Il faut vraiment que cette faculté n’existe pas ; car, autant que le Premier homme, je l’aurais rencontrée. Va te faire fiche, ma pensée était active. L’Amie, les Choses, l’Amour ! tout ça résumé dans un désir de gloire que je ne voulais, évidemment réaliser qu’afin de jouir des autres. Savoir si j’ai eu ma gloire ne regarde que moi.

Je  n’aurais pas l’outrecuidance de considérer mon expérience comme probante ; il me suffit qu’elle soit palpable ; je n’ai fait que répéter l’Homme et cela me suffit. D’où je conclus que la passivité est un leurre. Elle est comme la névrose des gens par trop privilégiés, la preuve de son contraire ; la névrose demeurant celle du bonheur possible – à la condition, lui aussi, qu’il se veuille relatif.

Prométhée, c’est le Rêve au sein du sommeil, la pensée latente, le concept de soi, et, a dit Spinoza : « je nomme concept ce qui se conçoit par soi même »,mais l’admirable phrase est connue. Nous ne pouvions pas échapper à ce dieu ;il durera autant que l’Homme, dont il est le sur-Homme ; ou l’orgueil ; ou la grandeur. C’est le seul qui ne soit pas ridicule ! et c’est le seul qui demeure écrasant. Il exige un colloque avec le Mystère et que nous le vainquions à force de perspicacité.

Lorsqu’on compare les dimensions, on ne se prend à penser que ce dieu est fou. Comme toute grandeur, il l’est un peu, évidemment ! Je vous demande de mesurer l’homme et son adversaire. Quel petit David en présence d’on ne sait quel incommensurable Goliath. Et l’idée de Connaissance est la fronde qui doit frapper l’énorme géant en plein front. Seulement, il arrive souvent que le front du Mystère soit élastique et que la pierre retourne, si j’ose dire, à son auteur ; c’est l’homme qui reçoit le projectile dans l’œil. Il arrive que l’œil éclate et que la cervelle suive, par la fente ouverte. L’homme est vaincu. Bizarre conséquence du prométhéisme, l’homme ne maudit pas son initiateur pour si peu. Un autre reprend la recherche, la lutte, comme ignorant des dangers ;et le jeu recommence –peut-être jusqu’à la fin de l’Espèce. Des gens trouveront le combat inégal et l’enjeu stupide. Je ne suis pas loin d’être de leur avis, mais nos appréciations ne changent rien à la réalité des choses ; nous sommes faits pour être cela. Les métaphysiques orientales se brisent devant l’objectivité du fait. Et c’est pourquoi l’étude du fait est passionnante.

Nous sommes embarqués sur la galère : « Connaissance » et pas près de n’en être plus ses rameurs : C’est notre bagne, à perpétuité. Je pense d’ailleurs que le bagnard, doit, à la longue, aimer la rame sur laquelle il geint et forcément le banc de bois où il use sa culotte patiemment. Le tout finit par être sa raison d’être.

Les moralistes à priori soutiendront que, pour soutenir, l’effet d’une telle peine, il faut qu’il ait eu, à un moment quelconque de l’existence, Faute, et majeure encore ! Les moralistes me font toujours sourire. Le but, pour eux, n‘est pas la vie, mais la thèse à soutenir. Ce qui les intéresse, c’est le jeu de l’esprit. Le moraliste est, en somme, ce théologien que la preuve de Dieu passionne, plus que l’existence réelle de ce même être… Ils partent de l’affirmation préalable et passent leur temps à établir, dialectiquement, la démonstration de l’affirmation faite pour établir sa preuve, ce qui est le comble du coq à l’âne. Or, on peut-être théologien partout et surtout en Sorbonne. On se doute qu’avec  ma vie et son style un peu particulier, j’ai peu fréquenté l’établissement, ni tout autre genre d’Institut…Aussi je ne sais pas ce que c’est que prendre des notes ou meubler sa mémoire  de faits ou de papiers soigneusement étiquetés ; je préfère d’autres émerveillements. Ce qui ne m’empêche pas de ramer à la galère commune avec le rythme, si possible, des autres copains, et de participer à la manœuvre des voiles, lorsque le moindre coup de sifflet du quartier-maître fait tressaillir les membres de l’équipage. Il ne s’agit pas toujours de manœuvre ; non ! il arrive qu’on soit appelé au pont pour ce que nous appellerons des cérémonies, celle par exemple du jet d’un homme mort à la mer qui nous roule.

Il arrive également que l’homme ait été tué par le retour d’une pierre lancée par lui au front du Mystère. On s’assemble bonnet à la main. N’importe qui dit les paroles symboliques, suffisantes pour qu’une identité se fonde entre le geste du mort et les survivants. Car l’essentiel est là : que le geste ne soit pas enseveli, lui ! Après quatre hommes balancent le corps, un instant, juste ce qu’il faut pour qu’il prenne son élan vers l’éternité (et à la condition préalable que la mort ouvre sur cette perspective !) puis, avec un « houp » assez retentissant, le mort est projeté vers la grande houle qui glisse puissamment sous les flancs du vaisseau. Un moment ; des ondes entre les vagues ; puis, le lisse de l’eau qui nous soulève tous ; il ne reste qu’un souvenir ! Mais : « c’est toi qui dort dans l’ombre… ; «  Le voyage continue.

La vie de l’Espèce est jalonnée de ces morts, quelquefois puissants qui ont osé viser le Mystère entre les deux yeux. Tout n’est pas vil dans le troupeau de l’homme ; voilà ce qu’oublient les détracteurs superficiels. Prométhée, ce premier homme vraiment homme  peut-être fier, tout de même, de la filiation qu’il a laissée. La foule est l’immense réserve d’énergie où éclot la justification du type humain –un, par génération, ou même, par siècle. Ici, à l’inverse de la démocratie, ce n’est pas le nombre qui compte, mais l’unité significatrice.

(à suivre)

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Published by maximenemo
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