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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 14:07

Le moins qu’on puisse prétendre lorsqu’on se penche sur cette époque « moderne », c’est qu’elle est un amas d’incohérence. Au fur et à mesure que les vieilles valeurs morales et sociales se sont éteintes, elles n’ont été remplacées que par dissolutions hasardeuses, l’esprit de continuité faisant atrocement défaut à ce monde, il est vrai, en perpétuel changement, parce qu’ne perpétuelle pulsation. La vie sociale, au lieu de se tisser de génération en génération s’est lentement disloquée. L’état de division dans lequel se trouve le français moyen ou supérieur en 1940 est le résultat logique des lentes dissociations que la facilité à vivre recouvrait dangereusement, depuis longtemps.

Le souci du bien général, qui n’est le plus souvent que celui du lien collectif, s’est trouvé comme dilué dans l’esprit de chacun ou, ce qui revient au même, il n’en restait plus que la phraséologie imprécise parce qu’appliquée seulement à l’irréel. Il était entendu que ces valeurs étaient considérées comme nécessaires, mais cette existence demeurait sous entendue, et chacun s’avisait de la faire intervenir dans ses propos parlés ou écrits, sans, le moins du monde, y soumettre la conduite de sa vie. C’était la forme la plus courante de ce resquillage en train de devenir le deus ex machina du monde contemporain.

 

Deux puissances ont polarisé les fonctions humaines depuis un siècle : l’intérêt politique ; l’intérêt des grandes entreprises. Aucune des deux ne tourne ou n’oriente l’esprit dans le sens de la fonction générale. Au contraire elles ont tendance à substituer des valeurs particulières, chacune se concevant indépendante de l’autre, en même temps qu’elle se juge capable d’absorber l’activité totale de l’individu ou de la collectivité correspondant à ses nécessités.

Comme en science, tout se concrétise sur l’infiniment petit qui devient le centre d’intérêt en qui la curiosité s’enferme. Et de même que l’esprit qui reste seulement scientifique perd la notion des relations qui doivent unir l’être vivant, en le rattachant, du point infime observé, quelle que soit sa dimension,  à un système universel qui seul donne à la particularité sa signification constante ; de même dans les formes sociales nées de ce hasard industriel, financier ou politique, la particularité intéressée est devenue le but des préoccupations. Et là encore, aucune relation n’a été véritablement esquissée, qui aurait permis l’acheminement de l’instinct personnel vers le collectif. Il en est né cette forme de découragement dont la défaite française a fourni le spectacle. Le vide qui n’avait jamais été discerné, est apparu soudain ; la griserie d’une vie facile et facilement acceptée s’étant d’un seul coup dissipée.

Le coup porté par la guerre a eu pour effet de frapper chacun dans cette partie de son être encore sensible à l’effet du désarroi : le bien être légèrement accepté. Brusquement, un être, auquel certes, on pensait de temps à autre, aux rares moments d’exaltation factices, est apparu : le pays, solidaire à notre être en dépit de notre indifférence se souviendrait.

On a subitement autant que vaguement d’ailleurs aperçu, l’intimité de ce terme jusque là prononcé, si j’ose dire : rituellement. On a senti qu’il devait y avoir un lien entre les diverses positions respectives et, jusque là, si profondément antagonistes : le sol sur lequel s’écoulait l’aisé de cette vie paresseuse.

Ce n’est pas, d’ailleurs, que pour la plupart, l’amour du sol se soit éveillé, tel un sentiment de fraîcheur, dans l’âme de chacun. Il y avait trop longtemps que le mot était devenu livresque pour qu’il eut, si vite, un sens émotionnel. Mais on découvrait qu’il est infiniment facile à une force, rendue cohérente par la volonté, d’envahir le sol, et de rompre, par conséquent, le lien qui unissait invisiblement peut-on dire, ces jouissance particulières.

Dès lors elles se disloquaient ; la facilité qui était devenu leur halo, se trouvait dissipée, et peut-être sentait-on, avec un commencement d’effroi, que les notions puissantes avec lesquelles ont fait, seulement, un tout, étaient absentes de la vie reçue jusqu’au moment de la révélation.

A quelle réalité précise et concrète ramener le mot : France ? si ce n’est à une fonction purement géographique. La France n’existait plus parce que sa chance de cohésion n’était inscrite dans aucune de ses réalités politiques, financières ou sociales. Il y avait dans les consciences les plus éprises encore, une sentimentalité qui rôdait, - pareille, en tout point, au fantôme d’Elseneur ! – car à la moindre contraction du réel, le fantôme s’évanouissait comme s’il avait entendu les trois appels du coq annonçant que le jour, c’est à dire : la vérité. Ceux là consentaient à mourir pour l’énoncé de ces deux syllabes, qui pourtant contiennent tant de choses ! Mais en réalité, la mort pour un pays qui est le vôtre, est un geste facile, encore ! Ce qui est difficile, ce n’est pas ce rapide divorce que la mort prononce par la disparition d’un des deux conjoints, c’est la vie commune. Là seulement, est l’œuvre de durée que toute vie nationale rend obligatoire. Et cette vie en commun, pareille aux gens dont la dispute est devenue la constance, les Français ne pouvaient plus la subir : trop d’intérêts les divisaient, trop de compréhension particulière de ces intérêts les écartaient du minimum de communauté. Il sen étaient exactement arrivés à ce degré de mésentente qui fait qu’on ne parvient à supporter le contact « de l’autre » qu’à l’unique condition de demeurer muets l’un en face de l’autre, le moindre mot prononcé faisant éclater le désaccord que le silence recouvre et maintient inopérant.

Mais il arrive cependant qu’un accident fait que, pour un instant, la vie redevient commune. Il se peut que, dans la maison habitée par le couple dont l’incompatibilité est foncière, un incendie se déclare. Il faut bien dans la communauté  du danger prendre les mesures qu’il rend indispensable. Est-ce à dire que l’entente momentanée va subsister ? C’est improbable. Le foyer d’incendie éteint ou éloigné, les deux êtres trouveront de nouvelles raisons pour se reprocher mutuellement le désastre qui vient de les atteindre. La pensée critique découvre toujours des aperçus péremptoires capables d’alimenter le besoin d’hostilité qui anime la rancœur secrète des deux êtres. A plus forte raison si le dissentiment est général, imprécis et violent à la fois et si ses causes s’étendent sur un siècle de vie collective abandonnée à l’anarchie du hasard. Il existe toujours une circonstance particulière – et même bien des circonstances de ce genre !- dans un alibi social échelonnant son désordre sur un siècle d’existence. Et surtout si les fautes ont été égales et réciproques.  

Nous retombons sur cette  forme si spéciale de notre malheur moderne : rien, de ce qui préexistait, ne pourrait être logiquement employé à l’ordonnance de son destin ! Il fallait penser, comme à vide, l’évolution ayant été imprévisible et celle qui s’est accomplie constituant  une immense rupture – comme artérielle – entre les fonctions du passé et du présent. Les valeurs anciennes se sont trouvées contredites par la violence novatrice des formes nouvelles d’existence, au point qu’elles se sont progressivement, amenuisées, pour enfin, ne plus correspondre à la vie qui se fait.

Mais alors qu’elles rentraient dans l’ombre, aucune autre fonction régulatrice des impulsions individuelles ne prenait la place des valeurs en voie de disparition ; les activités modernes ne créaient aucune représentation idéale capable de rallier les aspirations  en les unissant à des intérêts légitimes… Dès lors, il ne pouvait subsister que ce sentiment de rancœur, né, lui-même, de la découverte, ou plutôt, d’une impression de faiblesse, subitement apparue, et dont on ne discernait encore pas les causes profondes.

La peur des classes

C’est que l’imagination entrainée par le seul accent des intérêts privés, se trouvait incapable de spéculations, à un moment où il fallait précisément s’évader de la contemplation du cas individuel pour étreindre la réalité des intérêts collectifs ou sociaux.

Incapable de ce redressement, le premier que nécessitait l’étendue du désastre, le français s’est mis à vaticiner, trouvant, dans cette fonction, l‘emploi de la seule forme d’énergie créatrice dont il se trouvait encore capable. Il tombait, il est vrai de toute sa hauteur, et si celle-ci n’était pas considérable, la souplesse musculaire faisait défaut à l’individu et rendait les ruptures de membres redoutables.

Encore que de faibles indices se puisse, sinon percevoir encore, au moins, espérer ! C’est toujours dans cette posture qu’un an après le désastre subi, nous le trouvons, cet étrange nationaliste dénationalisé ! Sa confiance était à ce point aveugle, sa pusillanimité vaniteuse à ce point affirmée qu’on peut dire qu’il n’a pas encore compris  pour quelle raison il s’est trouvé avec une telle rapidité étendu sur le sol de son pays qui heureusement, se trouvait encore là…

Sa pusillanimité n’est point défunte, au contraire ! Elle a changé de forme ou d’orientation. Ne pouvant, décemment plus rien espérer de son propre effort militaire - encore que l’avenir lui semble moins incertain que le présent ! –Le Français grégaire comme le Faune du poète attend :

«  le visible et serein souffle artificiel de l’Inspiration… »

Certain que le miracle vainement escompté jusqu’ici, bien que sa certitude ait été défrichée dans maintes prédictions rassurantes de saints et de saintes auxquels il pensait ne plus avoir besoin de croire !  - se produira en sa faveur et sans qu’il ait à entreprendre d’autre effort que le mouvement lui permettant de rompre le contact avec le sol dont, pour la première fois, il a perçu la réalité, bien que celle-ci, et ainsi que cela se devait, l’ait quelque peu meurtri.

Le grand reproche, l’ultime anathème que la pensée peut adresser à cette époque réside dans l’abondance d’une médiocrité qu’elle parait vouloir favoriser comme elle la propulse.

Sans doute a-t-elle toujours été présente dans l’organisme social, mais elle se trouvait être moins évidente. Aujourd’hui elle envahit les premières places, portée jusque là par les deux formes de facilités que nous avons vues sévir avec une admirable constance : facilité des affaires et facilité politique.

Il existe certainement dans les deux mondes en présence, une infime minorité d’esprits excellents, capables de hautes réalisations, mais les tendances ambiantes sont hostiles à des affirmations susceptibles d’élever le niveau commun et puisque par là même capables de faire retomber les autres natures de l’emplacement où elles ont pu se hisser. Notre époque, parce qu’elle est sans choix véritable, abandonnant tout à n’importe quelle forme de réussite, du moment que la consécration politique – disons même électorale – ou financière, joue en sa faveur, notre époque ne classe rien. Si je n’hésitais pas à me servir d’une image, je dirais qu’elle n’engrange jamais, se fiant, pour assurer les besoins de l’alimentation de ses organes , aux ressources d’une production elle-même abondante et aisée quoique non prévoyante du possible.

Tant que dure le régime, le recours à cette improvisation parait suffisant. Malheureusement, la vie a ses lois où la rigueur éternelle fait de tragiques apparitions. A la plus infime défaillance de ce bien être, de cette existence accidentelle, la rupture se montrer et d’autant plus effroyable qu’elle se prolonge dans l’inaptitude  mentale de l’être. Celui-ci est non point formé, mais bien, au contraire déformé par cette expérience à rebours de la vie même. Comme les  êtres dont les muscles n’ont pas été éduqués, il se trouve soudain « mou » devant l’effort à accomplir, sa première réaction nerveuse ayant été rapidement épuisée car cette opposition imprévue et plus durable que sa propre résistance.

« C’est en eux-mêmes d’abord, dit l’écrivain combattant de la NRF (N° de Mai 1941) que les Français ayant refusé le corps à corps avec l’étranger, doivent trouver leur ennemi. Ils ont à rompre avec les mœurs de leurs hommes pour retrouver les lois de leur nature. »

Le problème est, en effet en ce terme et c’est l’intimité de la cellule humaine, sociale, qu’il convient de transformer. Cette cellule était parvenue à un degré de désagrégation qui la faisait retourner au néant. Le défaut de culte commun voulait que la matière sociale, matière essentiellement périssable, fût en train de se décomposer totalement. On peut donc dire aujourd’hui  que si la masse physique française était encore une réalité, elle était une masse sans forme, une réalité non incarnée en idée, en conscience de soi.

Le même auteur dit avec raison encore : «  Les choses en sont venues à ce point en France que, sous peine de mort, le pédagogique doit y prévaloir sur la politique immédiate. »

Et pour indiquer à quel point les ravages sont considérables, l’écrivain ajoute ces lignes : « Partout où l’ancien état de choses survit à la débâcle, ayons le courage de le dire, là où les cadres familiaux, scolaires, sportifs, militaires et ceux du travail restent intacts : les jeunes atteignent un degré de corruption que leurs aînés eux-mêmes ne connaissaient pas. »

 

 

 

 

 La libération de Paris sera évoquée dans les années 50 par les amis qui se succéderont à « la Crétinière » à commencer par EM Cioran qui arrive en 1937 de sa Roumanie natale et que Nemo a  croisé au Café de Flore mais écoutons la compagne de Cioran, Simone Boué, jeune agrégée d’anglais et collègue d’Yvonne Bretonnière qui évoque la rencontre :

« II y avait aussi un certain Maxime Nemo, c'était son nom de plume, qui était très séduisant, très beau parleur, qu'on a présenté à Cioran, au Flore. Sa compagne. qui était professeur de mathématiques, avait un manoir dans les environs de Nantes, extraordinaire, complètement isolé, entouré de très hauts murs, au milieu de vignes. On y allait assez souvent l’été, passer huit jours. Cioran était parfaitement heureux, il passait son temps à élaguer les arbres à réparer les murs. II adorait travailler avec ses mains. Pour lui, jardin égalait bonheur. Le revers de la médaille, c'était les conversations. Ce Nemo avait des dons mais aussi des admirations qui heurtaient Cioran ».

Il est probable que Nemo a introduit Cioran dans les cercles littéraires parisiens où il est déjà très introduit et  que  leur commune passion pour Baudelaire, Proust, Shakespeare qu’Emile a lus  à Brasov et surtout pour la philosophie allemande qu’il a étudié à la faculté de Philosophie de Bucarest  de Kant, Fichte, Husserl, à Bergson, ont soudé ces deux hommes qui ne se quitteront jamais. Pour ma part j’ai connu Cioran à la Crétinière lors des vacances d’été à partir des années 52 et ce fut surtout des ballades à bicyclette dont Cioran raffolait puisqu’il avait déjà fait en 1945 un tour de France puis d'Espagne, de Suisse et même l'Angleterre pour satisfaire Simone qu’il connaît depuis leur repas au restaurant universitaire le 18 novembre 1942. J’ai gardé de ce voyage en Angleterre cet instantané plein de fraîcheur et de d’acrimonie dont  Cioran avait le secret :

« Paris le 4 septembre 1948

Mes chers amis,

Je vous croyais quelque part en Provence ! C’est pourquoi je ne vous ai pas écrit pour vous communiquer nos impressions sur cette emmerdante Angleterre. Pour être juste, il faut reconnaître que l’Ecosse est tout de même autre chose. Edimbourg ne manque pas de caractère et d’allure..une ville bâtie en pierre noire où l’on peut être heureux tout un après midi…Nous sommes allés très loin, jusque dans le nord de l’Ecosse. Le paysage, rien à dire. Partout des lacs et des montagnes dénudées, du brouillard et de la pluie et parfois une lumière étrange qui nous donnait l’idée de ce que peut être la Norvège ou la Finlande. Jamais je n’ai autant pratiqué l’adjectif sinistre. Inutile de vous donner des détails. Vous comprendrez le succès de notre voyage quand je vous dirai que de retour, comme nous nous sommes arrêtés une journée à Cambridge, Simone m’a accusée de l’avoir amenée en Angleterre. Et pourtant Cambridge est une très belle ville. Il n’y a rien à faire quand on vit en France et qu’on connaît un peu l’Italie et l’Espagne, le Nord même extraordinaire, n’offre que les surprises de la déception. Le seul souvenir vraiment émouvant de notre entreprise, nous le devons au pays des sœurs Brontë, dans le Yorshire. On y vit toute l’atmosphère des Hauts de Hurlevent. Ces landes sauvages, je ne peux y songer sans un frisson lyrique. Et voilà comment la folie de notre voyage se trouve finalement rachetée.

Nous sommes rentrés le 20 aout. Simone est repartie chez elle il y aura bientôt une semaine. Le 10 septembre nous nous sommes donné rendez-vous à Tarascon, d’où nous entreprendrons à bicyclette l’exploration de la Provence. Je quitte Paris le 9 au soir. Si d’ici là vous êtes de retour, faites moi signe. Votre fidélité à la Cré, combien je la comprends ! Et combien je m’en veux de ne pouvoir rester sur place nulle part plus d’une journée !

Avec toute mon affection.

Votre   Emil CIORAN  

Il eut aussi mes visites d’enfant au studio de Cioran du Panthéon et les inlassables causeries des aînés tandis que je contemplais les toits de Paris par la tabatière entr’ouverte et surtout ce voyage en Italie que nous fîmes les « Nemo » et les « Cioran » comme on disait alors. Il y avait à Lierna au bord du lac de Côme les deux couples, ma mère et moi sans oublier la fidèle Cathou, chatte noire aux yeux de jade un peu fugueuse à ses heures. J’acceptais avec ravissement  une traversée en canot à rames sur le lac mais le retour me semblait interminable et je crois même que Cioran n’en menait pas plus large que moi quand il fallut supporter la brise et les vagues qui grossissaient alors que le rivage semblait s’éloigner de nous… Il faudra un bon dîner à la pension du lac pour retrouver le sourire et raconter notre  intrépide traversée. Comment étions nous arrivés là bas, ma mémoire fait défaut était-ce dans la petite Simca 5 c’est peu probable, alors dans la nouvelle Aronde noire de chez Simca à moins que les Cioran nous aient rejoints à bicyclette… !  Chaque carte des Cioran évoque les paysages, les petits maux de l’hypocondriaque qui faisaient sourire les habitants des villages traversés et à chaque fois une anecdote savoureuse venait agrémenter les récits de ce grand voyageur. Je m’en voudrais de ne pas vous en relater celles-ci au hasard : «  Grâce au grille pain, qui fonctionne à merveille, ma gastrite recule. Une année qui commence bien… Avec toute ma gratitude et tous mes vœux ». « Paris,  le 10 juin 1975 Depuis des mois nous n’avons pas remis les pieds à la campagne. J’en ai si honte que, depuis trois jours, je me lève tous les matins de bonne heure pour me promener au Luxembourg avant l’arrivée de la foule. J’espère que j’aurai la force morale de continuer et d’éviter aussi un complet avachissement ».  De Mirbish, Nieusiedlersee  Osterreich, ce 11 aout 1962, Nous sommes à moins d’un kilomètre du Rideau de fer et à quelques heures de mon pays. D’ailleurs tout ici me rappelle la Transylvanie. Affectueuses Amitiés à vous tous. Il y eut aussi les longues lettres depuis Dieppe où le couple avait un appartement tandis qu’Yvonne Boué allait voir sa mère à St Gilles Croix de Vie en Vendée puis repassait par Nantes.

Le couple ami sera là le jour du mariage des « Nemo » dans la mairie du XIè et voici comment l’intéressé de 80 ans raconte cet événement : « L'acte s'est passé d'abord dans une absence d'intimité qui énervait quelque peu la conjointe - Une grande salle du XIè où s'entassaient les mariages à célébrer - dont le nôtre était le neuvième ce qui nous permit de voir défiler pas mal de Lopez, Gimenez Deratchi et autres Guilioni à tendance ibériques ou latines dont l'apparence attestait une élégance un peu disparate.
Enfin à notre heure si j'ose dire, notre tour est arrivé et en 3 minutes exactement ! Yvonne est passée de son état civil au mien et nous avons signé sur le grand registre en compagnie de nos deux témoins EM Cioran et son amie (Simone Boué)
Après quoi nous avons quitté en douce le reste de l'assistance pour revenir ici commenter l'événement or ! le déjeuner qui nous réunissait à la Tour d'Argent dans une salle et à une table d'où nous jouissions de la perspective de la Seine avec la vue sur l'Ile de la Cité et surtout de la majesté de Notre Dame au milieu de gens qui n'étaient pas là pour nous mais qui nous restituaient ce qui subsiste d'aristocratie sociale - A quelques mètres se trouvait  André Malraux qui ne saura jamais qu'il fut indirectement le témoin de notre mariage. Repas succulent - un peu d'errance ensuite à travers les vieux quartiers de Saint Séverin pour, jusqu'à la fin de la journée passée chez nos amis au 21 rue de l'Odéon au 6è avec comme voyage de noces une vue admirable sur les toits de Paris.
Ainsi ce qui illégalement a débuté il y a 33 ans dans la douce splendeur de la Mayenne arrêta sa consécration légale à la mairie voisine avec pour principaux intéressés : une jeune fille dont vous connaissez l'aspect et un gitan qui a eu la fâcheuse idée de passer de ses cheveux blonds antérieurs aux blancs qu'il affecte à présent
".  

 

Parmi les amis qui furent les plus fidèles, il faut aussi parler du coupe de  Gilbert et Yvonne  Houel, lui le Premier violon  de l’Orchestre National  poète et photographe qui décrit « sa » libération de Paris par des scènes à la fois de liesse et de frayeur depuis les toits et avait son profil à la Camus avait un sens inné pour de conteur et d’humoriste. Ils succédaient souvent aux  « Cioran » ou aux « Brunher » de Soissons ou les « Ravalec » montés de Fès. Tous des collègues enseignants d’Yvonne Bretonnière qui peignirent, réparèrent, photographièrent ou plantèrent  sur le Domaine de « la Crétinière » qu’ils affectionnaient autant que leurs hôtes.

 

 

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