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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 13:58

Un texte énigmatique surgit au cours de ma recherche paru dans A CONTRE - COURANT Revue mensuelle de Littérature et de Doctrine Prolétariennes, R.-G. Fouquin imprimeur-gérant, dans le  numéro 9 exactement de Mars 1936 On peut y lire au sommaire : Questions par Jef Last ( extrait de " Kameraden " traduction par Aygueparse et van de Moortel),  La Victoire ( III) par Marcel Martinet, Voici l'été...par Adrien Gillouin, Salariés (II) par Jean Prugnot, En trimardant par Paul Delesalle, Pages retrouvées : Le Système Taylor par Emile Pouget,  Abrutissement et Capitalisme : la brochure de M. Taylor par Nemo,  La Comédie Grecque par Romagne, Don Quichotte dessin hors-texte par F.M. Salvat, DOCUMENTS SUR LA COMMUNE DE BERLIN : La Commune de Berlin par William Wagner, Discours sur le programme par Rosa Luxembourg, Une dette d'honneur par Rosa Luxembourg, Appel par Rosa Luxembourg, Noël par Karl Liebknecht, et la traditionnelle chronique Disques par Henry Poulaille.

Derrière Nemo est-ce Maxime Nemo qui retrouve là Marcel Martinet et ses compagnons de route de la revue « Monde » de Barbusse, Panaït Israti, Augustin Habaru ? Mais dans un texte et une tonalité anarchisante où on ne l’attend pas vraiment.

Voici ce texte, qui suit celui d’Emile Pouget. « Lorsqu'ils eurent lu les commentaires de M. Faroux sur le système Taylor, les ouvriers de l'usine Renault — quoique non syndiqués, — ont regimbé et, comprenant  enfin que le chronométrage qu'on leur imposait les acheminait vite vers le cimetière, se sont mis en grève.

Peut-on les en blâmer? »  Emile Pouget (Guerre Sociale, 19-25 février 1913.)

A CONTRE COURANT Revue mensuelle de littérature et de doctrine prolétariennes

N° 9 Mars-Avril 1936 - Travail fait en camaraderie R.G Fouquin,imprimeur.

Andréas Latzko : 100 fr... Léon Gerbe : 20 fr. — Teulé . 50 fr. — R. Bonnet : 60 fr. René Dumont :15fr. Romagne 20 fr.-- Alzir Hella :50fr ;  Jean Prugnot, 15 fr.  Lamour : 10 fr_70.—Marius Durand: 40 fr. —A. Borie : 10 fr. — Mme A. Chauvy : 10 fr Pierre Melet : 5 fr. — Henry Poulaille : 60 fr.

 

 

Abrutissement et  Capitalisme    La Brochure de M. Taylor

«Si le système Taylor n'est pas encore appliqué en France, -c'est que nos patrons sont trop écroûtés de routine, trop entichés des longues journées et des bas salaires» écrit Pouget.         ,

«Il faut que, dans l'intérêt général, les industriels français appliquent sans plus tarder le système Taylor dans leurs usines, répond Lambert dans l'Avenir Syndical, organe de la Bourse Libre,

Et la critique de Pouget, connaissant l'esprit esclavagiste tics industriels français, leur tendance aux heures supplémentaires, sans rendement sérieux, est qualifiée de tendancieuse par les syndicalistes grégoriens.

Et c'est la brochure en mains qu'ils prétendent discuter.

Que ne citent- ils les textes ? Page 100, M. Taylor dit -«…arbitrairement les heures furent réduites de 10 h.30 à 8 h.30 Le salaire resta le même, le rendement augmenta.»

Alors, les jaunes, partisans aujourd'hui d'une méthode de travail qui ne leur est appliquée que pour servir d'étalon, font donc le jeu du patronat français quand ils protestent contre l'agitation de la C.G.T. en faveur de la journée de huit heures.

Car, enfin, il faut s'en rendre compte. On nous vante bienfaits d'un système de travail ne pouvant permettre que huit heures de travail en Amérique, et on nous en préconise l'application en France, sauf cette correction que la journée sera de dix heures au minimum. C'est-à-dire tous les inconvénients sans les avantages.

Jaune, M. Lambert n'a envisagé qu'une chose : l'élévation des hauts salaires pour les siens.

Que lui importe que 75% des ouvriers soient réduits au chômage. Cela l'intéresse-t-il que ce soit justement les plus intelligents, les plus consciencieux qui soient réduits à la misère? (p. 101).

Mais non. Il espère que les rats qui ont adhéré à son syndicat auront toujours du travail, parce qu'ils sont plus, malléables. Il sait bien qu'entre un bon ouvrier Mal noté et un ouvrier très ordinaire, mais présenté par la rue Gré­goire-de-Tours, le patron n'hésitera pas.

S'il préconise le système Taylor, c'est pour que les siens bénéficient des hauts salaires promis. Mais les hauts salaires subsisteront-ils encore quand les trois quarts des ouvriers seront sans travail  -Que fait-il de la loi de l'offre et de la demande?

Les ouvriers évincés des ateliers ne deviendront-ils pas les jaunes des jaunes actuels. Il leur faudra vivre quand même et quand on n'est pas capitaliste, il n'y a que deux moyens d'existence : le travail ou le vol.

Oh comme M. Le Chatelier a eu raison de dire, qu'avec le système Taylor, il n'y aurait plus de grève ! Comme il connaît l'influence du gendarme sur la mentalité des malheureux.

Le problème à résoudre est simple, mais éloquent.

Les  ingénieurs choisiront des ouvriers, soit d'élite, soit de mentalité spéciale, comme on l'entendra. Ces ouvriers, devenus contremaitres, en dresseront d'autres sélectionnés scientifiquement seuls travailleront donc les meilleurs ouvriers et ils devront produire le travail de quatre hommes ordinaires.

Ce sera th«, pour les contremaîtres, un salaire presque égal à celui des ouvriers sous leurs ordres et l'instabilité cati leur emploi, tout ouvrier devant être apte A les remplacer.

Pour les ouvriers ce sera la débride des salaires, l'armée des chômeurs (75% les réduira à l'indispensable, juste de quoi se tenir debout pendant les heures de travail.

M. Taylor n'a qu'un but : Augmenter, augmenter toujours le nombre des chômeurs pour rendre les grèves impossibles, donc permettre l'exploitation intensive de l'homme pur l'homme.

Mais à quoi bon discuter. M. Taylor se condamne lui­ même.

En résumé, son système est celui-ci : II établit un minimum de production et alloue une forte prime à l'ouvrier qui l'accomplit.

Si la production demandée est normale, pourquoi la forte prime?

Si elle n'est pas normale, pourquoi le remplacement des ouvriers n'ayant pu l'accomplir?

M. Taylor n'embauche que des ouvriers accomplis. Tout homme n'ayant pas fait Ses preuves est impitoyablement refusé. Mais avant d'être un ouvrier même très ordinaire, il faut avoir été apprenti. A aucun moment, M. Taylor ne se soucie de cette question pourtant sérieuse. Laisse-t-il à  ses confrères le soin de tirer les-marrons du feu ? Ne serait-il  qu'un rongeur? Mais non c'est un roublard. Il ne fait état de son passé - lointain - d'ouvrier que pour se faire prendre au sérieux. Se cache-t-il d'être au service des grandes Compagnies?            

Sa promesse des hauts salaires n'est qu'un bluff. Son arrière-pensée est, au contraire leur effondrement et c'est pourquoi il s'ingénie à créer une armée de chômeurs, de miséreux prêts à accepter n'importe quels salaires.

Il est possible que M. Taylor croie que ce qu'il appelle pompeusement Principes d'Organisation soit réellement un système de travail.

Des ouvriers nouveaux venus à l'organisation syndicale peuvent croire à sa bonne foi, mais, pour les autres, aucun doute n'est possible. Le système Taylor ne peut nous mener qu'à l'esclavage et, pour s'en rendre compte, il suffit de lire la note finale :

L’auteur reçoit constamment des lettres lui demandant une liste des établissements employant l'organisation scientifique. Il serait peu correct de publier un document de ce genre, car certaines de ces maisons ne tiennent pas à engager une correspondance.

C'est une façon habile de dire qu'elles ne tiennent pas se faire connaître.

Et ce sera ma conclusion.

Nemo Libertaire, 5 avril 1913.

 

NB : Il s’agit donc d’une reprise d’un article paru dans le Libertaire en 1913 et il pourrait alors s’agir derrière ce pseudonyme, de Max Heinrich Hermann Reinhardt Nettlau, (né à Neuwaldegg (aujourd'hui une partie de Vienne, le 30 avril 1865, mort à Amsterdam le 23 juillet 1944) qui fut un important historien du socialisme, et de l'anarchisme prussien ou plutôt allemand.

Nettlau a étudié la langue celtique et la littérature à Vienne. Mais il s'est vite concentré sur la collecte de documents importants de l'histoire du mouvement anarchiste. Pour cela, il a voyagé à travers toute l'Europe et vivait tour à tour à Londres et à Vienne.

De 1885 à 1890, il fut membre de la Socialist League et, à partir de 1895, du Freedom Group.

En 1934, Max Nettlau publie Esbozo de historia de las Utopias[1]. Selon Régis Messac, cette œuvre documentaire, qui recense et commente les utopies réelles et fictives de l'Antiquité à 1934, « de l'infatigable chercheur, vieil historien du socialisme livre une fois de plus une partie des richesses de son érudition ».

Pendant la crise économique qui a suivi la Première Guerre mondiale, l'inflation fit perdre à Nettlau la fortune héritée de ses parents, ce qui l'a obligé à vivre dans des conditions très précaires. Néanmoins, il continuait de collecter et de publier. En 1935, Nettlau a mis en vente son immense collection de livres, journaux, archives et autres documents traitant du socialisme et de l'anarchisme au Internationaal Instituut voor Sociale Geschiedenis (IISG). Nettlau a vécu à Amsterdam de 1938 à sa mort en 1944.

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Published by maximenemo
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