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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 15:04
Maxime NEMO l'enfant prodige
Maxime NEMO l'enfant prodige
Maxime NEMO l'enfant prodige

L’ACTUALITÉ du 20 juillet 1900
Le Moniteur Universel_La Gazette Nationale N°196

Le petit Nemo

._"Napoléon II" dit par  Nemo.

_ Influence de Nemo

_ Un autre enfant prodige:Wolfgang Amadeus Mozart
_Avez-vous vu Nemo ?

-Avez vous entendu Nemo ?

Qui est Nemo ?


Vous ne connaissez pas le petit Nemo, l'enfant prodige de la Comédie Française ? Mais c'est Coquelin des collèges et des lycées de France. Avant deux ans ce bambin sera plus populaire parmi la jeunesse de nos écoles que ne le fut jamais Talma dans la société des théâtres parisiens.
Nemo est un enfant de onze ans et demi et il est déjà attaché à la Comédie Française. Son père l'a appelé de ce nom, qui signifie personne, pour lui rappeler qu'il doit être un jour quelqu'un. Or il n'est déjà pas tout le monde.
Le père de Nemo, ex-sociétaire de la Comédie Française,frappé des prodigieuses dispositions de son fils pour la déclamation, a entrepris avec lui des tournées artistiques en province. Inspiration doublement heureuse, à laquelle eut applaudi Montaigne et dont nous le remercions.
Car en procurant au jeune Nemo l'agrément si instructif des voyages, elle ménage aux élèves de nos collèges le charme peu banal d'apprendre le bien dire  de la bouche d'un enfant comme eux, déjà artiste consommé. Encore ne parlé-je pas des sympathies que le petit blondin cueille à brassées dans ce champ si fécond et si parfumé de la jeunesse écolière. Le jour où il aura parlé devant tous les collégiens de France, il les comptera tous pour amis.
Nemo ne paraît sur aucune scène publique. La Comédie Française à laquelle il est attaché, est trop jalouse de son trésor pour le prodiguer à tout venant. Et nous comprenons cela. Mais en revanche, à son seul nom, lycées et collèges ouvrent leurs portes toutes grandes. La bonne nouvelle court comme un frémissement sur les bancs et par les groupes. Bientôt maîtres et élèves sont rangés au pied de l'estrade. Que dis-je ? notabilités de toute sorte, professionnels de la plume et de la parole, évêques même,veulent avoir leur place au parterre pour entendre l'acteur de 12 ans.

L’interprétation d’une ode


Le voici sur la scène. Un élégant petit habit fait jaillir sa fine silhouette dans la pénombre du théâtre. Sa physionomie ouverte rayonne encore la candeur de l’enfance. Déjà on l'aime. On va l’admirer. Il parle. Et tout parle en lui : la voix, la physionomie, le geste. Sur ses lèvres, que j’allais appeler ioniennes, les mots de la langue française prennent une sonorité, une ampleur, un rythme, qu’on ne leur connaissait presque pas. C'est une musique. Ce que les lèvres dirent, le visage le reflète. Joie, tristesse, crainte, espérance, extase, horreur : vous en lisez toutes les nuances sur ces traits enfantins à mesure que ces sentiments passent dans les paroles. Cependant le geste accompagne le débit comme dans un duo, avec une harmonie continue, tantôt douce, tantôt éclatante, toujours naturelle, parfois d’un effet fulgurant.
Certains acteurs sont pour le geste rare. Ils le traitent à la manière d'un coloris puissant qui ne doit rehausser que les principales valeurs de la parole. Chez Nemo le geste ne se repose pour ainsi dire pas. Avec une souplesse merveilleuse les deux mains tracent, sondent, combinent tous les éléments de l’action pour former un mouvement ininterrompu sans qu’il en résulte ni monotonie ni affadissement. Diction et gestes se mêlent sans aucun silence, à la manière de deux mélodies qui se complètent et se renforcent dans une constante unité.
On peut se figurer, ou plutôt on ne se figure pas, tout ce que la poésie, cette éloquence harmonieuse, comme l’appelait Vauvenargues, gagne à être ainsi interprétée.

Tous les éléments de la pensée poétique vous apparaissent alors avec leur relief relatif et leur coloris naturel Tel mot, tel effet de rythme, qui ne vous avait point frappé dans la lecture silencieuse du cabinet, dans cette déclamation vous éblouit tout à coup comme un éclair ou vous ébranle comme un coup de tonnerre. J’en al particulièrement fait la remarque dans "Napoléon II". Cette ode de notre grand lyrique,dite par Nerus, est comme une sonate de Beethoven jouée par un grand pianiste.
La pièce débute par une espèce de vision apocalyptique : les peuples prosternés sous un nuage, d’où l’Empereur s’élance un nouveau-né dans les mains en s’écriant :

"L’avenir, l’avenir, l’avenir est à moi!"
Il y a dans cette première page quatre ou cinq vers qui jaillissent de leurs strophes comme des éclairs de la nue.

Nemo les traduit avec une animation croissante jusqu’à ce qu’il éclate tout entier dans ce triple cri d’extase:

L’avenir, l’avenir, l’avenir est à moi !
Mais quel coup de théâtre lorsque ce géant de rôle et resserrant la voix en chantant sur un petit ton ironique- il mine, il reprend ;
"Non, l'avenir n’est à personne !
Sire, l’avenir est à Dieu ! A chaque fois que l’heure sonne
Tout ici bas nous dit adieu !
Cependant par une transition insensible, il passe avec le poète de l’ironie à la pitié et de la pitié à l’effroi :
Demain, c’est le cheval qui s'abat blanc d’écume.
Demain ô conquérant, c’est Moscou qui s’allume
               La nuit comme un flambeau !
C’est votre vieille garde au loin jonchant la plaine !

Demain, c’est Waterloo ! demain, c’est Sainte Hélène,

                Demain, c’est le tombeau !
Oh! ce dernier vers ! de quel frisson il vous glace, ainsi amené et dit avec ce frémissement d’horreur !
O revers ! ô leçon ! - Nouveau tableau.

Le déclamateur, épanouissant sa voix, son visage et son geste, se délecte et vous fait délecter A loisir dans l’éblouissant cortège de gloire, de puissance, de tendresse et d’espérance qui entoure le berceau du nouveau-né. C'est un rêve que vous rêvez avec lui, un mirage que ces yeux réfléchissent dans les vôtres, une aubade sublime qui appelle l'héritier de France au jour d’un règne sans exemple. Et avec lui vous oubliez tout dans l'enchantement, lorsque
Un cosaque survint qui prit l’enfant en croupe
Et l'emporta tout effaré !
Je ne sais si un vrai cosaque, pénétrant contre toute vraisemblance dans le palais des Tuileries et aux yeux de la cour stupéfaite enlevant le prince dans son berceau, aurait causé plus d'effarement que ce distique, ainsi déclamé, n’en jette sur la brillante tirade qui précède.
Après ce coup de foudre dans un ciel d'azur, la déclamation devient une sorte de mélopée en deuil où l’histoire, la politique, la pitié, la tendresse, les souvenirs glorieux, l’amour paternel passent successivement, chacun dans un mode nouveau. En voici les derniers rythmes;

Le père alors posait ses coudes sur sa chaise
Son coeur plein de sanglots se dégonflait à l'aise
Il pleurait,d’amour éperdu.
Enfin le poète remonte dans les hautes régions des jugements divins,
Tous deux sont morts. « Seigneur votre droite est terrible».

Et d’une voix ample, émue sous sa sérénité, le déclamateur proclame la justice suprême :
Chaque élément retourne où tout doit redescendre.
L’air reprend la fumée et la terre la cendre.
L’oubli reprend le nom !
                                                                 *.*.*

Le livre et la parole


Combien la poésie est belle, ainsi revêtue du corps qui lui convient. Dans les pages du livre, les plus belles strophes,les vers les plus sublimes, gisent sans vie sous le linceul du papier.Tout au plus, au souffle de l’imagination prennent-ils une apparence de mouvement à la manière des ombres de l'Elysée antique, vains fantômes dans un clair de lune.
Dites par un déclamateur, au contraire, ces mêmes strophes, ces mêmes vers prennent corps et vie.La pensée s’incarne dans la voix, le regard, le geste, et devient la parole. C est le verbe,fils de l’homme ; le verbe pensée et voix,fils de l’homme esprit et corps.
 Mais quand le déclamateur,d'ailleurs artiste consommé, est un enfant, comme Nemo, on trouve à la poésie, surtout à la grande poésie lyrique, un charme inattendu. Il résulte je ne sais quoi de sublime du seul contact entre le génie et 1’enfance. Une parole biblique dit que Dieu se plaît à tirer la vérité de la bouche des enfants. C’est aussi sur leurs lèvres naïves que le génie chante le mieux,
                                           Comme l’oiseau léger sur l’aubépine en fleur.
Si l’étais chef d’établissement,je nommerais le petit Nemo professeur honoraire d’éloquence dans mon collège. Et ce ne serait pas, j’en suis sûr, une vaine marque d’honneur.

Sans doute, tous nos potaches ne sont pas destinés à monter sur les tréteaux, heureusement ! ni même à haranguer la foule des modernes quirites du haut d’une plate-forme électorale, plus heureusement encore ! Il n'en est pas moins vrai que la parole est aussi peu à dédaigner que la plume,que dans notre siècle surtout,elle est l’arme suprême avec laquelle on combat les bons ou les mauvais combats. Si vous ne savez manier la parole de vérité, vous serez tué par la parole du mensonge. Mais l'effet le plus immédiat des séances de Nemo est de découvrir aux élèves la beauté de la parole littéraire, principalement de la poésie. Qu’on me permette un petit trait historique à l’appui de ce que j’avance. Il est tiré des oeuvres de Lamartine. Son stylo vaudra mieux que mes raisonnements.
                
                                                                     *.*.*

Lamartine et la tragédie de "Mérope"
« J’avais dix ans, dit-il,nous vivions à la campagne. Les soirées d'hiver étaient longues; la lecture, eu abrogeait les heures. Pendant que notre mère berçait du pied une de mes petites soeurs dans son berceau et qu' elle allaitait l’autre sur un long canapé de velours d'Utrecht rouge et râpé, à l’angle du salon, mon père, lisait. Moi, je jouais à terre avec «les morceaux de sureau (dont je faisais des flûtes).
«Mon père avait une voix sonore,douce,grave, vibrante comme 1es palpitations d’une corde de harpe, où la vie des entrailles auxquelles on l'a arrachée semble avoir laissé le gémissement d'un nerf animé. Cette voix qu'il avait beaucoup exercée dans sa jeunesse en jouant la tragédie et la comédie dans les loisirs de ses garnisons, n'était point déclamatoire mais pathétique. Il lisait dans un grand et beau volume relié en peau et à tranche dorée, la tragédie de Mérope. Sa voix changeait d'accent avec le rôle. C'était tantôt le tyran cruel, tantôt la mère tremblante, tantôt le fils errant et persécuté; puis les larmes de la reconnaissance, puis les soupçons de l'usurpateur, puis les fureurs, la désolation, le coup de poignard, les larmes, les sanglots, la mort, le livre qui se refermait, le long silence qui suit les fortes commotions du coeur.
Tout en creusant mes flûtes de sureau, j'écoutais, je comprenais, je sentais. je me figurais Mérope dans ma mère, moi dans le fils disparu et reconnu retombant dans ses bras arraché de son sein. De plus, ce langage cadencé comme une danse de mots dans l'oreille, ces belles images qui font voir ce qu'on entend , ces hémistiches qui reposent, le son pour le précipiter ensuite plus rapide, ces consonances de la fin des vers qui sont comme l'écho répercuté où le même sentiment se prolonge dans le même son; enfin cette solennité de voix de mon père qui transfigurait sa parole ordinairement simple; tout cela suscitait vivement mon attention, ma curiosité, mon émotion même. je me disais intérieurement :" Voilà une langue que je voudrais bien savoir, que je voudrais bien parler quand je serais grand".

(Lamartine - Préface des Premières Méditations)
Qui sait ce que le père de Lamartine fut pour le grand poète, le petit Nemo ne le sera pas pour plus d'un de mes collégiens ?
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Un souvenir

 L’enfant Nemo me rappelle un autre enfant, né à Salzbourg, celui-ci d’un maître de chapelle de la cour du prince-évêque, vers le milieu du siècle dernier. A six ans il composa un concerto pour clavecin, et à la vue de cet essai de génie, son père embrassa l’auteur avec un transport mêlé d’effroi. Bientôt après il l'emmenait en tournées artistiques à travers l’Autriche, la France, l’Italie; et les princes, les évêques, les rois, les reines se disputaient la joie de fêler le petit Wolfgang. Pour lui, il allait les cheveux frisés et |es joues roses ; il allait avec son habit lilas brodé d’or et sa petite épée en verrouil, présent d’un empereur; il allait, gracieux et candide, jouant du violon et du clavecin, jetant aux échos des salons et des églises fugues et sonates, opéras el symphonies, comme, l’oiseau fait son chant.
Or un jour - c’était, je crois, au palais de. Versailles - comme il se levait du piano et que. les dames de la cour le croquaient de baisers :
« Mais c’est trop ! Je n’en mérite pas tant, s’écria-t-il.Que serait ce si vous aviez entendu ma soeur ? Elle est bien plus forte que moi! »
Et le petit Wolfgang devint le grand Mozart.
Puisse le petit Nemo devenir le Mozart de l’art dramatique !

Henri BELHIERRE

Napoléon II (1811 - 1832)

La triste vie de Napoléon II a inspiré un drame célèbre à Edmond Rostand : L'Aiglon (1900) qui a triomphé avec la « divine Sarah » dans le rôle éponyme (on peut entendre ci-dessous un enregistrement audio de Sarah Bernhardt en 1910 - 65 ans - dans le rôle de L'Aiglon). Arthur Honegger et Jacques Ibert ont consacré à l'Aiglon, en 1937, un opéra qui, lui, n'a guère laissé de souvenir.

 

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  • : La biographie détaillée de Maxime NEMo (1888-1975) secrétaire général de l'Association JJ Rousseau de 1947 à 1975 . Nombreux textes inédits.
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