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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 18:59
Grand Hôtel du Sahara
Grand Hôtel du Sahara

LES ROLES DE MAXIME NEMO SUR SCENE :

Débuts avec son père l’acteur Georges Albert BAUGEY-DAILLY (1864-1908) qualifié par la presse de l’époque de « artiste dramatique des grandes scènes parisiennes » ou dans le Quotidien de Saint Brieuc du 15 mars 1901 de « membre de la Comédie Française ». Pas de traces d’enregistrement ni de rôles à son nom. Il y avait bien eu à la même époque un autre Joseph François DAILLY 1839 1897 acteur au Palais Royal mais une usurpation d’identité semble peu probable

Peut-être avait-il un pseudo tout comme son fils adoptif Maxime lequel écrivait en 1898 « Ma vie première a dû se rôder à des contacts musicaux, la Poésie étant une musique des vers, pour son plaisir ; ce qui est la seule façon de les dire, et peut-être de les bien dire.Il avait une déclamation exacte encore qu’un peu romantique, ainsi qu’il se devait à un homme qui avait assisté à l’enterrement de Victor Hugo (ndlr :1juin1885) Et dans mon coin j’écoutais trouvant sans doute cette cadence agréable, si agréable que je la répétais, également pour mon propre plaisir. »

« Puis le monde s’est mêlé de ma formation, le monde n’est pas plein de littérature, il est même la littérature.J’avais huit ans (ndlr :en 1896) quand mon père nous emmena à Biskra. »

J’ai appris Cyrano de Bergerac, en entier, tout seul à huit ans. J’entendais bruire les syllabes ronflantes.Mon père avait monté une troupe de théâtre au Casino de Biskra et voulait monter l’œuvre d’Edmond Rostand alors dans tout son retentissement. Ce n’était dans la maison ou après un séjour de deux mois à l’Hôtel du Sahara que répliques exaltant le panache , et les coups d’épées. Or, j’adorais les Trois Mousquetaires, je lus Cyrano, j’emportais le livre vert dans les allées du Parc de Landon, un grand espace peuplé de magnifiques palmiers,mais qui ne se trouvait guère sur le chemin de l’école. »

J’ai fait à Biskra de déplorables études. L’instituteur faisait sa classe devant des gosses de mon âge et d’autres grands enfants de 19 ans nègres et arabes, qui nous montraient leur sexe érecté, quand nous étions seuls. L’école faisait plus que de m’ennuyer : elle me dégoûtait.

Alors, le livre de Cyrano dans mon cartable, je filais sous les arbres ou vers les rues aux murs de terre du village nègre, et là, assis, sous un arbre, j’ânonnais, je lisais, apprenais. Je sus le IVè acte d’abord ; tous les rôles, pleurant pour Roxane et pour Cyrano ; très peu pour Christian qui me paraissait un peu bête de ne pas savoir parler aux femmes. Ce fut décisif. Lorsque je n’avais plus le livre, , je récitais les passages que je savais par cœur. Je me les disais à moi seul ou aux amis que je m’étais faits parmi les Bat’d’Aff ».

« Mon père me reprocha ma paresse, disant que mon incapacité au travail voudrait que je soit « bouif ». C’est alors que dans mes larmes je lui criai :

-Je saurai toujours bien faire ce que tu fais !

-Quoi ? répliqua-t-il exaspéré.

-Dire des vers hoquetai-je.

-Imbécile, tu n’en sais pas un seul.

Je lui récitai le commencement du IVe acte de Cyrano : mon père sidéré passa la journée entière avec moi, ce qui n’était à coup sûr jamais arrivé auparavant. Le soir, il m’emmena au casino et me fit dire ce que savais devant ses amis. Le succès fut immense, et je bus tant de choses que le lendemain j’étais malade et trouvai déjà la gloire amère ».

[A notre retour à Marseille], ce que je sais, c’est que le soir, on m’habilla avec un costume marin des jours d’apparat, que je fus introduit dans un grand salon et invité à lire des vers. Après un moment d’intense émotion, sentant le regard de mon père posé sur moi et m’implorant automatiquement, j’ouvris la bouche. Alors ce fut absent du lieu, de la circonstance, emporté par les rythmes qui me ravissaient les oreilles, insensible aux exclamations comme aux applaudissements ; la liaison avec la Littérature était réalisée. »

Le 6 avril 1899, Maxime Nemo est présenté à la Reine Victoria à l’Hotel Exelsior de Cimiez. Ce programme constitue un document rare et exceptionnel puisqu’il nous donne une idée des textes déclamés par celui que la presse qualifie déjà d’enfant prodige alors âgé de 11 ans, devant la souveraine et sa Cour en villégiature hivernale.

Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand

l'Aiglon d'Edmond Rostand

La scène des Nez
La Ballade du duel
La Tirade des "Non merci"
La mort de Cyrano

Acte I - Sc.XII
Acte.II Sc.IX-X-XII
Acte III Sc.II-X

Victor HUGO Napoléon II , poésie
Sur l'enfance
L'Aumône

Edmond ROSTAND Les papillons
François COPPEE Moisson d'épées, poésie de
Paul DEROULEDE Ronde, poésie
Théodore BOTREL Gd maman Fanchon
LA FONTAINE Les animaux malades de la peste de
Alphonse DAUDET Le Croup, poésie
Jules. LE MAITRE Prix de vertu
VILLEMER La morte de Bazeilles
A THEURIET Parce Domine
VILLEMER l'Anglaise monologue .comique
Jules.JOUY l'Alphabet comique
Les bottines id
COQUELIN L'employé du ministère
Georges FEYDEAU Les réformes
Jean RACINE Athalie
G.DELAVIGNE Les enfants d'Edouard
BOUCHARD l'enfant de troupe mon.
Théodore BOTREL la fileuse de lin
HAREL l'horloge

François COPEE L'envoyée de Dieu
CORNEILLE Cinna
Edmond ROSTAND Le secours immédiat
CLOQUEMIN Le ver de terre amoureux
Elle, monologue id
Jules.JOUY Photographe
Jean sans Peur , récit id
G.GRILLET L'avocat des belles mères
Je n'aime plus Noël id
L'ouvreuse id
Mme BIANCA On a souvent besoin d'un plus petit que soi
VILLEMER La poupée tricolore
La mort du Uhlan id R
La petite mère, récit id

On retrouve ensuite Maxime NEMO et son père dans diverses stations touristiques françaises ou dans des établissements religieux entre 1901 et 1909 date du décès prématuré de son père à la Roche sur Yon.

Ainsi voici ce qu’écrivait le Journal de Senslis- Courrier de l'Oise n°22 du 17 mars 1901

« — Nous avons déjà annoncé la matinée musicale qui sera donnée mardi prochain, le 19 courant, à une heure et demie, à l’institution Saint- Vincent.

Le jeune Maxime Baugey-Dailly, dit Maxime Nemo qui tiendra la scène est un enfant de douze ans, dont la précocité et le talent sont innés ,natif de Francueil près de Tours, Maxime Baugey-Dally montra dès l’âge de neuf ans, des dispositions artistiques et un goût pour le théâtre très prononcés. Doué d’une mémoire capable d’emmagasiner vingt-cinq mille vers d’un répertoire des plus variés, sans aucun travail, soulignant de gestes mieux appropriés, encore enfant, mérita bientôt, par sa diction impeccable, son geste sûr, sa mimique expressive, le surnom du "Petit Prodige" que lui a décerné la Presse, bien que son père l’ait baptisé "Nemo". — Les nombreuses attestations décernées au jeune interprète par des personnages d’opinions les plus diverses s’accordent toutes à proclamer non seulement l’étonnement que procure son audition, mais encore l’utilité au point de vue de la formation littéraire des jeunes gens qui voient, dans un sujet de leur âge, un exemple pratique pour l’art si désirable du « bien dire ».

On voit que la matinée de mardi sera l'une des plus attrayantes auxquelles il aura été donné aux Senlisiens d’assister. »

A l’école Saint Charles de Saint Brieuc le 15 mars 1901 on découvre que père et fils interprètent le Misanthrope (Molière) et la Gifle (S.Guitry) puis les Actes II et III de l’Aiglon de Rostand.

Puis c’est à Redon :une soirée à Saint Conwoïon.

« Dimanche dernier à deux heures, MM Baugey-Dally et Maxime Nemo ont donné à une société d'élite, réunie dans la salle Saint Conwoïon, une matinée littéraire qui a été un vrai régal.

Nos meilleurs compliments à ces messieurs dont le talent surpasse encore toute admiration. Au risque de blesser leur modestie, nous dirons que M.Maxime NEMO dans la mort de Cyrano, se montre tout simplement sublime. Dieu a doté ce jeune homme d'une âme délicatement noble que tout sentiment de grandeur ou de chevalerie fait délicieusement vibrer. Quand on l'a entendu, on ne s'étonne plus que le prince de la Comédie Française ait un jour laissé tomber ce magnifique éloge: "Moi, Coquelin, je ne ferais pas mieux !"

« Naturel, aisé, habile dans tous les rôles, il excelle dans les scènes de délicatesse raffinée, de dévouement spontané, de bravoure française et d'enthousiasme lyrique.

Nous souhaitons qu'il entre résolument sur le terrain exclusif du drame et de la tragédie où son étoile, nous semble-t-il, brillera d'un éclat immortel, tout comme le panache de Cyrano de Bergerac.

M. Baugey-Dally qui, cela se voit, est un artiste achevé que l'expérience a rendu maître. Son enrouement passager, nous l'espérons ne servira pas à prouver le contraire. Il jongle avec les difficultés des rôles de Tardiveau, de Don César et de Bleuet. Les transformations de physionomie, de ton, de gestes, d'allures, ne lui coûtent rien ou si peu. Toujours d'une dextérité, d'un naturel et d'une aisance admirables. »

« Dans les scènes trop courtes de Michel Strogoff, il a agréablement ressuscité en notre esprit la galerie typique et désopilante des silhouettes de Mark Twain. Nous avons applaudi de tout coeur la dernière scène, faite de comique effusion et toute d'actualité puisqu'elle symbolisait dans une apothéose de feux de Bengale, hélas !....l'union de la France et de la H...Angleterre !..... »

« Dieu veuille "gater" toujours ces excellents artistes dont l'amabilité n'a d'égal que leur distinction et les ramener de temps en temps dans cette paisible cité de Redon, trop souvent endormie sur ses vilains rêves!.... »

Le 15 mars 1903, le jeune prodige NEMO se présente à La Roche Bernard à la Salle du patronage Saint Joseph. Dans un Vaudeville (« le sursis ?», Ruy Blas de V.Hugo et Extraits de Michel Strogoff de Jules Verne et Adolphe d’Ennery (Pièce en 5 actes Représentée pour la première fois à Paris,sur le théâtre du Châtelet, le 17 novembre 1880). »

L'HUMANITE du 11 Juin 1905 (Numéro 420)

En 1905 au Théâtre Trianon. L'ouverture de la saison d'été s'est annoncée hier très brillante avec la reprise du "Sursis", l'hilarant vaudeville de MM.Sylvane -et Gascogne; Le public a fêté M. Emile André qui, dans le rôle de Lestamboudois, a fait montre d'une extraordinaire fantaisie et d'un remarquable talent de composition. Mme L. Heldër, une capiteuse. Marinette, s'est fait applaudir à maintes reprises ainsi que Mmes Vallier, Liliane, Kelys, Delsol, et MM. Saulieu, Liesse, Wayront et l'étonnant Nemo, qui forment une troupe de premier ordre.

L'HUMANITE du 29 Novembre 1905 (Numéro 591) p 4

Demain jeudi, première représentation. A Trianon. Ce soir, à 8 heures trois quarts,

première représentation (a ce théâtre) de "Claudine à Paris", pièce en quatre actes, de MM. Willy et Luvëy

MM. Laforet, Renaud Liesse, Claude = Nemo, Maria Andreyor, Maugis ~ Desplanque,Marcel Warpont, l'oncle de Luce Belon, l'inspecteur primaire Veilan, premier garçon de café Chariet, le gérant Lannoux, un concierge Flèves, Raoul, ami de Maugis

Mmes Eva Linay, Claudine Brésilly, Luce Odette Mary, Mélie r Lillianne, madame Sergent Sonia, Aimée Russy, Anaïs.

Le mardi 16 octobre 1906 à Villeneuve sur Lot le duo père et fils se produit dans l’ancien établissement des Frères ( la Loi de 1901 de séparation de l’église et de l’état est passée par là…) M. Baugey-Dally « des principaux théâtres parisiens » et son fils reprennent plusieurs scènes de l’Aiglon « avec costumes et accessoires conformes »

Samedi 26 Octobre 1906 Folies-Dramatiques. « Amour et Cie », vaudeville en trois actes de M. Louis Forest.avec Nemo qualifié de « personnage hoffmanesque »

22 Mars 1907 aux Folies Dramatiques « le Coup de Jarnac » Vaudeville en 3 actes de Henry de Gorsse et Maurice de Marsan avec Maxime Nemo dans le rôle de de la Crémone et Mistinguett dans le rôle de Bobinette

.Rappelons que Georges Albert Baugey s’éteint à la Roche sur Yon dans l’anonymat le 8 février 1908 .Le jeune Maxime Nemo âgé alors de 20 ans doit faire seul ses preuves dans un Paris où jusqu’à présent son père lui avait offert l’opportunité de rencontrer la Reine Victoria,PierreLoti, Sarah Bernhardt, Lugné Poe et les Coquelin.

Dans la compétition que se livrent cabarets, théâtres de boulevard, théâtres d’essai, comment Nemo va-t-il être amené à croiser la route des Dullin, Copeau et Jouvet ? .

En 1908 il se déclare « professeur de diction à Rodez » où il rencontre sa jeune épouse Antoinette Pègues institutrice.

Dès le 4 juin 1909 au MOULIN-ROUGE. 9 heures. "En l'Air ! Messieurs !" Revue en trois actes, et vingt tableaux. de Henri Moreau (1868-1942) et Charles Quinel (1864-1936): MM. Gouget, Dambrine M.Nemo. . M.RANSARD Dartès, Caudieux; (Le Bec de Gaz - Le Jeu de l'Amour Cromelynck)

Mlle Lebergy,A Guerra. A.Gillet.L. Dalba, Elynett. L.Darles Andrée DARCY M.G.Liesse, Anthelmine.

(l'Humanité 4 juin 1909 Numéro 1874)

Le 22 décembre il épouse à Dijon Antoinette Caroline Pègues et est toujours déclaré comme « professeur de diction »

Il faudra attendre le 13 Mai 1913 pour retrouver Nemo pour une audition à Montmartre chez Charles Dullin.pour la saison d’été du Théâtre du Château d’eau confiée par Jacques Copeau à Louis Jouvet.

1913

Pièce

Rôle tenu par Nemo

24 mai

Monte Cristo / A. Dumas

Pamphile

5-6 juin

Les Gaietés de l’escadron

Ledru

20-21 juin

Le crime impossible / Gallo et Martin-Valdour

Le bossu

L’Eau de vie de Henri Ghéon Création le 23 avril 1914 : Théâtre du Vieux-Colombier (Paris) Mise en scène Jacques Copeau

Interprétation

Charles Dullin (Fossard)

Antoine Cariffa (Jedu)

Jacques Copeau (Martin) ou Paul Oettly

Ennemond Bourrin (François)

Suzanne Bing (Lucas)

Gina Barbieri (Marie)

Maxime Nemo (Julien)

Jane Lory (La Coint)

Romain Bouquet (Me Ladurée)

Lucien Weber (L'Ouvrier)

Scénographie Francis Jourdain

Production Théâtre du Vieux-Colombier (Paris)

La Nuit des rois ou Ce que vous voudrez de William Shakespeare

Traduction Théodore Lascaris

Création le 19 mai 1914 : Théâtre du Vieux-Colombier (Paris)

Mise en scène Jacques Copeau

Interprétation

Paul Oettly (Orsino)

Aimée Samuel (Sébastien)

Derblay (Antonio)

Paul Ichac (Valentin)

Romain Bouquet (Messire Tobie)

Louis Jouvet (Messire André)

Jacques Copeau (Malvolio)

Antoine Cariffa (Fabien)

Lucien Weber (Un bouffon)

Ennemond Bourrin (Un capitaine)

Durand (un prêtre)

Maxime Nemo (un valet)

Blanche Albane (Olivia)

Suzanne Bing (Viola)

Jane Lory (Maria)

Costumes Duncan Grant

La Guerre de 1914-1918 va interrompre les représentations théâtrales et Nemo est mobilisé à l’Etat Major aux Invalides à Paris (par quel passe droit ou peut-être réformé ? ) On ne le retrouvera qu’en 1920 comme auteur d’une pièce inédite « Rosine au théâtre » sur les rapports public populaire face au répertoire de théâtre dans un langage très parisien.

C’est à partir de cette même année 1920 qu’il crée « l’Ilot » en direction des publics étudiants et universitaires et met à profit son expérience d’acteur pour lancer ces grands Cycles de conférences sur la Tragédie de Sophocle à Ibsen en passant par Molière et Shakespeare, toujours accompagnés d’extraits dramatisés et parfaitement mémorisés. On n’a pas gardé trace des enregistrements de ces Cycles sur « Radio Paris » de 1937 car ils n’ont malheureusement pas été enregistrés. On dispose seulement d’enregistrements plus récents effectués par mes soins en 1970 avec la voix de NEMO qui donnent une idée de son talent exceptionnel de diseur , dernier témoin des grandes heures du théâtre de Sarah Bernhardt, Jouvet, Copeau et Dullin.

Patrick CHEVREL

Biographie « Maxime NEMO 1888-1975 passeur des lettres »

à paraître en 2016

LES ROLES DE MAXIME NEMO  SUR SCENE
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